Intempéries: un impact sur les cultures encore difficile à mesurer

Quel sera l'impact des inondations sur les cultures?

placeholder
© Shutterstock

Sécheresse carabinée une année, pluies diluviennes l’autre. Face à un climat déboussolé, les agriculteurs et les maraîchers ne savent plus sur quel pied danser. S’il est encore trop tôt pour mesurer précisément quel sera l’impact des précipitations et des inondations de ces derniers jours sur les cultures, il est certain que celui-ci ne sera pas nul. D’autant que la météo détestable de ces derniers jours s’ajoute à celle déjà défavorable des semaines précédentes.

"On était déjà en retard dans la production en raison du froid et des pluies incessantes que nous avons connues ces derniers temps. On n’a pas pu planter comme il fallait, alors que, normalement, nous plantons toutes les semaines", commente Alain Delvigne, conseiller technique au Centre interprofessionnel maraîcher wallon.

Choux divers, courgettes, brocolis, fenouil… Contrairement à la Flandre, la culture de légumes se fait principalement en pleine terre dans le Sud du pays. "En temps normal, les produits arrivent déjà fin juin-début juillet. Or ici, nous commençons seulement à récolter. Et avec les quantités d’eau qui viennent de tomber, les champs sont impraticables, il y a donc des légumes que l’on risque de ne pas pouvoir récolter. Le risque est aussi d’avoir une production très fluctuante. Le bio va souffrir davantage car on ne peut pas traiter d’éventuelles maladies fongiques, contrairement à la production conventionnelle."

Inévitablement, la qualité de certains légumes sera aussi affectée. Leur aspect visuel, notamment. Et même si ceux-ci conservent leurs qualités nutritives et gustatives, "les criées et les supermarchés n’en veulent pas", déplore notre interlocuteur. Quant à l’impact sur les prix, il dépendra comme d’habitude de la loi de l’offre et de la demande.

Du côté de la firme Hesbaye Frost, spécialisée dans les légumes surgelés, on s’attend principalement à un impact sur les pois et les haricots. Là encore, les semis sont en retard. La croissance des pois qui ont les pieds dans l’eau risque de ne pas être bonne et les récoltes de haricots, repoussées tard à l’automne, pourraient être exposées aux gelées, nous explique-t-on.

Pertes de rendement

En ce qui concerne les grandes cultures, de façon générale, c’est la qualité du grain qui va être affectée, souligne Walter Rodrigo Meza Morales, attaché à l’unité Productions végétales du Centre wallon de recherches agronomiques. "On va avoir un poids par hectolitre beaucoup plus faible avec des pertes lors de la récolte. On peut s’attendre à 20 à 30 % de rendement en moins voire davantage, selon les cas."

Déjà en retard d’une dizaine de jours, la récolte des orges risque, par endroits, d’être compliquée un peu plus par l’impossibilité de travailler avec les moissonneuses sur des sols boueux. Ployant sous la densité des précipitations, les céréales ont aussi été en contact avec le sol voire temporairement noyées (le phénomène de verse). Ce qui aura une influence sur la qualité du grain, mais présente également un risque de moisissures et de germination. Cela pourrait nuire au froment (blé) dont la moisson sera probablement trois à quatre semaines en retard. "Un engorgement en eau dans la durée provoque une asphyxie racinaire. La sensibilité des cultures à ce phénomène est variable mais impacte toujours négativement la croissance", précise son collègue Yannick Curnel.

Les pommes de terre et les betteraves vont assurément souffrir dans certaines zones, tout comme la qualité de fibres du lin. Les maïs, quant à eux, devraient encore avoir la possibilité de récupérer. Si la météo se montre plus clémente…

Sur le même sujet