En 50 ans, la date des vendanges s’est avancée d’un mois

"Le temps presse !" Face au changement climatique qui se confirme d’année en année, les viticulteurs français veulent passer à l’action pour adapter leurs vignes et leurs pratiques à la nouvelle donne.

VENDANGES
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AFP

"Nous sommes à un moment charnière. Le changement climatique est là, on le voit, on le subit", s'inquiète Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire.

L'avancée de la date des vendanges en est le premier signe : "Un mois en 50 ans", selon Christophe Riou, directeur adjoint de l'Institut français de la vigne et du vin (IFV). S'y ajoute la tendance au bourgeonnement précoce de la vigne, qui la rend plus vulnérable au gel tardif, comme cela a été le cas en avril. Mais aussi les chaleurs estivales intenses qui brûlent les feuilles dans le Sud, les épisodes de sécheresse…

Après un travail de réflexion mené depuis 2017, la filière vitivinicole française va proposer "7 orientations et 40 actions" pour lutter contre le réchauffement du climat.

L’enjeu économique est de taille. La France est le deuxième producteur de vin au monde (46,6 millions d’hectolitres en 2020) juste derrière l’Italie. Et le premier exportateur en valeur avec 8,7 milliards d’euros de ventes en 2020.

Quatre scénarios possibles ont été soumis aux professionnels : ne pas faire grand-chose, innover pour rester sur les territoires actuels, relocaliser les vignes dans des endroits plus frais, ou encore tout déréguler.

"Nous nous sommes positionnés sur le scénario où l'innovation permettrait de conserver la valeur de la filière vitivinicole française", déclare Jérôme Despey.

Car le réchauffement climatique donne des vins plus lourds, plus riches en alcool et moins subtils.

Dans le Bordelais, les chercheurs étudient une cinquantaine de cépages non plantés qui pourraient regagner en intérêt en permettant aux vins de Bordeaux de garder leur profil. Dans le Languedoc, ce sont des cépages grecs et italiens qui sont expérimentés car plus tardifs et résistants à la sécheresse.

Autre levier d’adaptation possible, le choix des porte-greffe (plante sur laquelle on vient greffer le cépage) qui peuvent permettre un enracinement plus en profondeur et une meilleure captation de l’eau.

Car l’accès à l’eau constitue l’autre enjeu majeur pour la survie du vignoble en cas de températures élevées.

Mais, sans attendre, les viticulteurs peuvent déjà commencer à modifier leurs pratiques : gestion des sols, de l’enherbement, de la taille, replantation d’arbres. Et analyser finement leur terroir pour rechercher les zones plus fraîches.