Un moratoire sur les métaux des océans ?

L’Union pour la conservation de la nature en discute cette semaine.

AFP
Un moratoire sur les métaux des océans ?
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Faut-il aller chercher des métaux à 5 000 mètres sous les mers pour répondre aux besoins croissants de l'industrie ? L'idée de plutôt temporiser est dans l'air. Les membres de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) examineront à partir de mercredi en assemblée générale à Marseille une motion défendant l'idée d'un "moratoire sur l'exploitation minière des grands fonds marins", en attendant d'avoir "des évaluations d'impact rigoureuses" et que "la protection efficace du milieu marin soit garantie".

Les fonds marins contiennent des métaux sous plusieurs formes, dont des nodules polymétalliques. Ces petits cailloux sont riches notamment en manganèse, cobalt ou nickel, de plus en plus demandés car utilisés dans les batteries de véhicules électriques. Ces nodules se trouvent entre 4 000 et 6 000 mètres sous la surface des océans.

L'exploitation minière en haute mer n'existe pas actuellement. En revanche, des instituts de recherche comme l'Ifremer en France ou des entreprises privées mènent des opérations d'exploration, à condition d'être parrainés par un pays. L'Autorité internationale des fonds marins, mandatée par l'Onu pour réguler les activités liées aux minéraux en haute mer "dans l'intérêt de l'humanité dans son ensemble", a approuvé 30 licences d'exploration de ressources minérales. Entre autres, pour une entreprise belge, Global Mineral Sea Ressources, filiale de Deme.

Lent rétablissement

Selon les recherches du consortium européen JPI Ocean, les zones des fonds marins comprenant des nodules sont plus riches en biodiversité que celles sans. Et en cas de perturbations, le rétablissement est très lent. Quel serait l'impact d'une exploitation minière ? Pour le chimiste Pierre-Marie Sarradin (Ifremer), "il est compliqué de quantifier les impacts sur les cycles biochimiques tels que la fixation du carbone par l'océan", les impacts sur des zones avoisinantes, ou encore les perturbations liées au bruit et à la lumière des engins utilisés. D'autant "que nous ne connaissons pas les techniques qui seraient utilisées" par ces entreprises. "Nous commençons à connaître les écosystèmes sur place mais nous avons du mal à comprendre comme ils fonctionnent. […] À partir du moment où les industriels auront décidé qu'il faut y aller, nous serons complètement dépassés", faute de moyens financiers équivalents. Mais l'exploitation n'a pas encore commencé, tempère-t-il, réclamant plus de recherche pour évaluer les impacts.

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