A la tribune de la Cop, Alexander De Croo évoque les "premiers Belges morts du changement climatique"

Le Premier ministre belge Alexander De Croo a pris la parole un peu après 16 heures (heure belge) à la tribune de la Cop 26 à Glasgow, lors du sommet des chefs d'Etat. Dans son allocution en anglais, il a commencé par évoquer les 41 victimes des inondations de juillet dans notre pays, les qualifiant de "premiers citoyens belges qui sont morts victimes du changement climatique". On se souvient en effet que l'étude dite d'attribution réalisée par des scientifiques spécialisés avait déterminé que l'intensité de ces précipitations ainsi la probabilité d'un évènement aussi extrême en Europe occidentale avait augmenté à cause du réchauffement climatique global.

Et le Premier ministre de souligner : “d’autres continents et d’autres pays ont déjà payé un prix bien plus haut. Mais pour nous, c’était quelque chose de lointain. Une chose qui passait à la TV. Plus maintenant. Le changement climatique frappe à la maison, aussi en Europe.” Alexander De Croo a aussi évoqué le dernier rapport du Giec, "qui ne nous offre qu’une conclusion : une réduction large et rapide des émissions de CO2, afin d’atteindre l’objectif de maintenir la hausse des températures globales à 1,5°C. Nous sommes en retard, et nous devons accélérer le rythme. On ne peut pas se permettre de ne pas agir.”

Action belge

Il a aussi mis en évidence les actions prises par l'Europe et la Belgique. Au niveau belge, il a rappelé que notre pays, selon sa décision prise le 15 octobre en Conseil des ministres, triplera sa capacité de production d'énergie éolienne off-shore d'ici la fin de la décennie – "de quoi couvrir le besoin en électricité de chaque foyer dans mon pays" – et a aussi décrit la future construction d'une île énergétique destinée à connecter ces sites maritimes, "une sorte de prise connectant (la Belgique) à la production d'énergie renouvelable dans la mer du Nord". Il a également ajouté que la Belgique avait l'ambition de devenir un des "hubs les plus importants en fourniture d'hydrogène propre", stratégie approuvée par le gouvernement fédéral ce vendredi 29 octobre. Cette stratégie vise à verdir l'approvisionnement en énergie de l'industrie lourde, responsable de 30% des émissions de CO2 en Belgique. Cette technologie est issue du solaire et l'éolien.

Déforestation

Le Premier ministre belge a également souligné dans son discours, à l'occasion du "sommet des dirigeants mondiaux" en ouverture de la COP26, que la Belgique avait augmenté de 60% son financement climat à destination des pays pauvres et des plus vulnérables aux changements climatiques. Le montant versé par le fédéral sera porté de 100 millions d'euros en 2021 à 112,5 millions d'euros en 2022. En 2020, le montant était encore de 70 millions d'euros annuels.

Enfin , “nous contribuerons avec 200 millions d’euros au combat contre la déforestation”, a annoncé le Premier ministre belge. Une partie de ces financements sera déployée dans la protection du bassin du Congo. Plus précisément, cette somme de 200 millions d'euros sera versée sur une période de cinq ans et proviendra du budget de la coopération au développement. Une partie du montant sera consacré à un programme international qui mobilisera au moins 1,5 milliard de dollars sur la période 2021-2025 pour protéger les forêts, tourbières et puits du carbone du bassin du Congo.

Préserver les forêts pour sauver le climat, c’est en effet l’engagement qu’une centaine de pays, dont certains pointés du doigt pour une déforestation intense comme le Brésil, ont pris mardi à la Cop 26. Afin d’enrayer leur dégradation et restaurer ces “cathédrales de la nature”, les dirigeants de plus de 100 pays abritant 85 % des forêts mondiales, dont la forêt boréale du Canada, la forêt amazonienne au Brésil ou encore la forêt tropicale du bassin du Congo, ont adopté une déclaration sur les forêts dans le cadre de la conférence climatique de l’ONU à Glasgow. L’initiative bénéficiera d’un financement public et privé de 19,2 milliards de dollars (16,5 milliards d’euros) sur plusieurs années. Mais pour des ONG comme Greenpeace, l’objectif de 2030 mis en exergue mardi reste beaucoup trop lointain et donne le feu vert à “une décennie supplémentaire de déforestation”.

La Belgique fait également partie des quelque 80 pays, dont l'UE et les Etats-Unis, qui se sont engagés mardi pendant la Cop à réduire leurs émissions de méthane, puissant gaz à effet de serre, de 30% d'ici 2030 par rapport à 2020.

"Le méthane est l'un des gaz que nous pouvons réduire le plus vite", a souligné Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, aux côtés du président américain Joe Biden, rappelant que ce gaz est responsable d'"environ 30%" du réchauffement de la planète depuis la Révolution industrielle.

Responsabilité historique

Dans la suite de son discours Alexander De Croo a aussi rappelé les objectifs européens en matière de climat : neutralité climatique en 2050 et réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. "L'Europe a une responsabilité historique du changement climatique. C'est pour cette raison que nous prenons la main. Mais nous ne sommes pas les seuls à porter cette responsabilité, donc les autres grandes économies devraient prendre urgemment une action similaire." Dans son discours, il n'a cependant pas évoqué les difficultés intrabelges à partager entre Régions les efforts demandés pour atteindre ces objectifs européens, et l'absence d'un accord sur ce sujet avant son arrivée à la Cop. Il a préféré insister sur les opportunités qu'apporte aussi cette crise climatique : "Être durable c'est aussi protéger nos ressources, créer une nouvelle économie, de nouveaux jobs, retrouver une croissance économique verte. Une nouvelle économie qui doit être inclusive. Cette transition climatique n'est pas seulement pour les riches dans les pays riches. Sinon, nous échouerons."

Il a affirmé sa confiance dans le fait que l’on peut encore atteindre les objectifs de l’accord de Paris : “On a l’analyse scientifique, on a les solutions technologiques en main, nous sommes en train de rassembler l’argent nécessaire. Maintenant, nous devons montrer la volonté politique. C’est pour cela que nous sommes là."

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