"A la Cop 26, la délégation belge est de temps en temps taquinée"

Ce mardi matin, Maxime Binet recevait Jean-Pascal van Ypersele dans "Il faut qu’on parle".

Jean-Pascal van Ypersele, climatologue belge et professeur de climatologie et de sciences de l'environnement à l'UCLouvain, est à Glasgow ce mardi matin. Pour DH Radio, il a pris le temps de répondre aux questions de Maxime Binet.

"Nous sommes malheureusement dans l'impossibilité d'aboutir à un accord intra-belge suffisamment ambitieux à court terme sur le partage des efforts en matière de politique climatique. Trop de distance subsiste entre les ambitions des uns et des autres" , tweetait hier Philippe Henry, le ministre du Climat, de l'Energie et de la Mobilité wallon. La Cop 26 bat son plein, les jeunes prennent la rue pour réclamer des mesures fortes face aux réchauffement climatique, et la Belgique bloque sur sa lasagne institutionnelle.

Une honte pour notre pays ? La Belgique est-elle encore crédible sur le climat ? Pour Jean-Pascal van Ypersele, "effectivement ce n'est pas très glorieux, surtout pour la Flandre."

C'est au nord du pays que les ambitions sont moindres face à cette crise. Le gouvernement flamand s'est récemment mis d'accord pour relever de 35 à 40% l'objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la Flandre d'ici 2030. L'Union européenne donne, elle, l'objectif de 47% de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

"C'est très étonnant car la Flandre est la région la plus menacée par la levée des mers, et c'est elle qui bloque l'accord. Il y a peu de temps, j'ai montré une carte au Premier ministre, Alexander De Croo, on y voyait Vilvorde, sa ville natale. Vilvorde est à 15 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ces 15 mètres, ça pourrait être l'élévation de la mer d'ici 2300" , répète le climatologue.

Au final, c'est la Belgique qui perd sa crédibilité. Et toute la Belgique qui paiera le prix de ce retard. Faut-il refédéraliser certaines compétences, dont celle du climat ? "C'est facile de répondre oui, mais pour le faire il faudrait aussi un accord de la Flandre", souligne l'invité. "On ne peut pas nier qu'il y a pour le moment en Belgique deux politiques climatiques différentes. J'espère que c'est un désaccord temporaire et que la Flandre va comprendre que c'est aussi dans son intérêt. Je crois que les entreprises flamandes seront aussi perdantes, et bien avant 2300, si elles ne se mettent pas au niveau de leurs concurrents qui sont pour la plupart engagés dans ces accords."


La Flandre va in fine probablement devoir suivre l'allure du train de la lutte contre le changement climatique. "L'espoir vient de l'Union européenne" , selon le professeur belge. "L'UE va finir par imposer à la Belgique ce qu'il doit se passer, et la Flandre va devoir s'aligner. Ce qui est dommage, c'est que s'il elle s'y préparait dès maintenant, ce serait beaucoup plus facile de mettre en oeuvre les politiques nécessaires. En menant ce combat d'arrière-garde, elle va rendre le boulot plus compliqué."

La Belgique traîne. L'Europe a l'habitude mais est-ce que ça surprend les dirigeants du reste du monde ? "Je pense que la situation institutionnelle est connue en effet, en tout cas au niveau européen. Le plan de la Belgique n'est pas au centre des discussions de la Cop 26, mais c'est l'occasion de taquiner la délégation belge sur le sujet de temps en temps."

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