La COP26 joue les prolongations et va se poursuivre samedi

Le rush final des rounds de négociations climatiques internationales est toujours un exercice d’équilibrisme qui comporte une dose de schizophrénie. La COP26, censée toucher à son terme ce vendredi à 18 h à Glasgow, n’échappe pas à la règle.

La COP26 joue les prolongations et va se poursuivre samedi
©AP
Gilles Toussaint et agences

Vendredi au petit matin, les représentants des 197 pays impliqués dans ces débats ont découvert une version actualisée ( La Libre du 12/11) des projets de conclusions du sommet, fruit des consultations intenses menées au cours des dernières heures par la présidence britannique pour tenter de rapprocher les positions. Censé synthétiser l'essentiel des décisions politiques, un texte "coupole" était plus particulièrement décortiqué par chacun des participants.L'enjeu est de parvenir à refléter dans celle-ci les attentes de toutes les parties.

Réduction d’émissions vs argent

D'un côté, de nombreux pays - dont l'UE - souhaitent voir renforcer les références à la nécessité de relever les efforts de réduction d'émissions de gaz à effet de serre afin de les mettre en ligne avec l'objectif consistant à éviter que le réchauffement global ne dépasse le seuil de + 1,5°C. Le nouveau projet de texte souligne ainsi la nécessité d'une action rapide et en profondeur au cours des dix prochaines années etinvite tous les pays à soumettre des plans plus ambitieux pour 2030 dès l'année prochaine, mais reconnaît la possibilité d'aménagements pour "circonstances nationales particulières". Une formulation jugée trop faible par certaines parties. "Cela ne reflète pas encore le sentiment que l'on est dans l'urgence climatique", commente un expert européen.

Le passage sur la nécessité de tourner rapidement le dos non seulement au charbon, mais aussi au pétrole et au gaz, a quant à lui été amoindri. Il n'est désormais question d'éliminer progressivement les centrales au charbon que si celles-ci ne sont pas accompagnées de dispositifs de capture et stockage du CO2 ; et de mettre un terme uniquement aux subsides "inefficaces" aux énergies fossiles. Ce qui permettrait de conserver les mesures de soutien aux populations pauvres, notamment pour le chauffage en période hivernale. Cette référence est néanmoins toujours présente et défendue par l'émissaire américain, John Kerry, pour qui subventionner la principale source d'émissions de gaz à effet de serre constitue "la définition même de la folie".

De leur côté, les pays en développement déploraient toujours les insuffisances du texte sur les questions de financement. L'accent est certes davantage mis sur le volet du renforcement de l'aide à l'adaptation, mais le mécanisme envisagé pour aider les pays victimes de dommages irréversibles est jugé trop évasif. Échaudés par la promesse non tenue par les pays riches de mobiliser 100 milliards de dollars annuels pour les soutenir, ceux-ci veulent des garanties et de la prévisibilité sur les moyens de financement futurs et les canaux pour y accéder. Ce que le Premier ministre britannique, Boris Johnson, a sobrement résumé vendredi soir sur la BBC : "Il faut mettre l'argent sur la table pour les pays pauvres." Le grand marchandage final pouvait commencer.

Suite ce samedi

La conférence sur le climat se poursuivra donc samedi après une nouvelle nuit de consultations, a annoncé son président Alok Sharma dans un message aux délégations publié par l'ONU.

Une troisième version du texte de la déclaration finale, dont de nombreux points restent contestés, doit être publiée vers 08H00 GMT, avant une nouvelle session plénière "pas avant 10h" GMT pour entendre les positions des divers groupes, précise le président qui "compte" terminer cette COP dans la journée de samedi.