L’écoanxiété suscitée par l’urgence climatique entrave le bien-être de 12 % de la population

Une personne sur 10 est fortement impactée psychologiquement par l'urgence climatique et souffre d'éco-anxiété, montre lundi une étude menée dans huit pays d'Europe - dont la Belgique - et d'Afrique par des scientifiques de l'UCLouvain.

L’écoanxiété suscitée par l’urgence climatique entrave le bien-être de 12 % de la population
©Shutterstock

La Cop 26 qui vient de se clôturer va-t-elle faire augmenter ou, au contraire, diminuer le phénomène d'écoanxiété dont souffrent plus de citoyens qu'on pourrait le penser ? Difficile à dire. Toujours est-il qu'aujourd'hui, d'après une étude menée par des scientifiques de l'UCLouvain dans huit pays d'Europe - dont la Belgique - et d'Afrique, un répondant sur dix se dit fortement impacté psychologiquement par l'urgence climatique, au point de manifester des symptômes d'éco- anxiété. Trouble qui peut être défini comme "l'appréhension et les inquiétudes ressenties quant à l'étendue potentielle des impacts du changement climatique et à l'incertitude de leur nature spécifique, de leur calendrier et de leur localisation précise".

De cette première phase de l'étude réalisée en ligne auprès de 2080 personnes francophones, il ressort en effet qu'environ 12 % d'entre elles sont en proie à des troubles du sommeil, des syndromes dépressifs des pleurs, cela à des degrés et à une fréquence variables. Ce qui fait dire aux auteurs de l'étude que "l'éco- anxiété entrave le bien-être psychologique d'une proportion importante de la population" et qu'elle "constitue une menace pour l'adaptation comportementale au changement climatique". Lorsqu'elle est trop intense, l'éco- anxiété "coupe toutes capacités d'action", notent-ils, tout en admettant que ces différentes observations doivent être confirmées par des recherches ultérieures.

À la question de savoir qui sont plus précisément les personnes qui souffrent de ce phénomène relativement nouveau et encore peu étudié, il semble que les femmes et les personnes jeunes (moins de 40 ans) soient davantage impactées par l’éco- anxiété. En revanche, aucun lien avec le niveau d’éducation et aucune différence entre les pays d’Europe et d’Afrique n’ont été observés dans le cadre de cette étude.

Quant à savoir comment les personnes réagissent, celles qui présentent des niveaux de stress plus faibles ont une réaction plus souvent positive. Si, d’un côté, l’écoanxiété génère des peurs, elle peut, d’un autre côté, être associée positivement à la mise en place de comportements écoresponsables.

"C'est une superbe chose pour 90 % des personnes qui, de ce fait, font des choix plus écoresponsables, mais cela peut inhiber, voire paralyser, les 10 % qui en souffrent de manière très intense ou de façon chronique", nous dit Alexandre Heeren, principal auteur de l'étude, épaulé par Camille Mouguima Daouda et Alba Contreras.

Après avoir déterminé l'ampleur de l'écoanxiété au sein de la population, poursuit-il, "nous allons étudier plus à fond, dans une deuxième phase, l'impact de ce stress sur la capacité de la population à agir et à s'adapter face aux changements climatiques ainsi que les mécanismes associés, cérébraux notamment. Et aussi voir dans quelle mesure ce phénomène d'écoanxiété augmentera - ou non - dans le futur".