"Agir maintenant pour assurer notre avenir" : le Giec enfonce une nouvelle fois le clou

Le Giec a dévoilé ce lundi le deuxième volet de son sixième rapport de synthèse. Un exercice qui dresse l’état des connaissances actuelles sur les impacts déjà perceptibles des dérèglements du climat, les risques encourus et les mesures d’adaptation qui ont commencé à voir le jour pour faire face à cette nouvelle réalité. Conclusion : une dangereuse impréparation.

"Agir maintenant pour assurer notre avenir" : le Giec enfonce une nouvelle fois le clou
©AFP

Et un rapport de plus… Le Giec a dévoilé ce lundi le deuxième volet de son sixième rapport de synthèse. Un exercice qui dresse l’état des connaissances actuelles sur les impacts déjà perceptibles des dérèglements du climat, les risques encourus et les mesures d’adaptation qui ont commencé à voir le jour pour faire face à cette nouvelle réalité.

Ses conclusions ? Elles sont sans surprise.

Oui, le réchauffement climatique est bien réel et il est d’ores et déjà à l’origine de perturbations dangereuses et généralisées des écosystèmes, affectant la vie de milliards de personnes dans le monde.

Les plus fragiles davantage menacés

Oui, ces conséquences sont désormais inévitables, même si l'on parvient à limiter la hausse de la température moyenne mondiale à 1,5°C, comme la communauté internationale s'y est engagée dans le cadre de l'accord de Paris. Elles prendront de plus en plus d'ampleur, seront de plus en plus dévastatrices et parfois irréversibles si rien n'est fait pour réduire urgemment les émissions de gaz à effet de serre produites par les activités humaines. Des impacts qui varieront selon les régions, générant des pertes et des préjudices qui frapperont d'autant plus durement les populations déjà les plus précarisées et pourtant les moins responsables de cette mécanique infernale, accroissant encore les inégalités.
Si les populations et les infrastructures des régions côtières sont en première ligne, personne n'y échappera, des îles Tuvalu à la Belgique.

Les événements météorologiques extrêmes et leur cortège de répercussions se ressentent déjà dans la vie de millions de personnes en Afrique, en Asie, en Amérique centrale et du Sud, dans les petites îles et même dans l'Arctique. Ce sont les conditions dont dépendent le bien-être et la qualité de vie des sociétés humaines dans leur ensemble qui sont menacées. Ils mettent en danger la sécurité alimentaire et hydrique, la santé, et nuisent à l’économie. Combinés à d’autres facteurs comme la pollution, l’urbanisation galopante et la fragmentation des habitats naturels, entre autres, les effets en cascade du réchauffement sapent tous les efforts de développement actuels et futurs.

L'augmentation des vagues de chaleur, des sécheresses et des inondations dépasse déjà les seuils de tolérance de nombreuses variétés de plantes et espèces animales. Le changement climatique entraîne une redistribution des stocks de poissons des basses vers les hautes latitudes, accentuant le risque de conflits entre pêcheurs et populations qui dépendent de ces ressources.

Les pénuries d’eau et leurs conséquences pour différents secteurs économiques, notamment les pertes de rendements agricoles, se font ressentir y compris en Europe.

Dans toutes les régions, les épisodes de chaleur extrême se traduisent également par une hausse de la mortalité et de la morbidité humaine. La hausse des pluies et des inondations a augmenté l'apparition de maladies comme le choléra et d'autres infections gastro-intestinales. La santé mentale des populations victimes de tels événements n’est pas épargnée.

L’adaptation est un enjeu clef

Non, nous ne sommes pas du tout prêts à faire face à ces chamboulements de grande ampleur.

S’adapter de manière anticipée n’est pourtant plus une option mais une obligation qui s’ajoute à celle de réduire drastiquement les émissions de CO2. Si ce processus est entamé dans certains pays, les progrès restent inégaux et les écarts se creusent entre les mesures prises et ce qu’il est nécessaire de faire. Les coûts économiques des dommages directs et indirects des changements climatiques sont pourtant beaucoup plus élevés que les efforts d’adaptation à réaliser pour minimiser ces impacts, martèlent une fois de plus les auteurs du rapport.

Les solutions pour s’adapter existent, mais encore faut-il agir de manière à ne pas aggraver les problèmes ou à en créer de nouveau. Alors que la moitié de la population mondiale vit désormais dans des villes, la tendance à l'urbanisation offre par exemple l’opportunité de faire progresser la résilience climatique et de réduire les fractures sociales, relèvent notamment les scientifiques, mais elle porte aussi en elle les germes d’une aggravation des vulnérabilités matérielles et humaines si elle est mal planifiée.

Répondre sans plus attendre à l’urgence climatique

Protéger et restaurer les écosystèmes est sans nul doute l'investissement qui a le meilleur rapport qualité-prix, avance le Giec, qui met en avant le potentiel de la nature non seulement pour réduire les risques climatiques, mais aussi pour améliorer la vie des gens. « Des écosystèmes sains sont plus résistants au changement climatique et fournissent des services essentiels à la vie tels quela nourriture et l'eau potable », mais aussi l'absorption et le stockage de dioxyde de carbone, souligne Hans-Otto Pörtner, coprésident du groupe de travail qui a réalisé ce rapport, appelant à conserver 30 à 50 % des terres de la planète, habitats d'eau douce et océaniques.

En attendant l’heure tourne. Plus nous attendons pour agir, plus l’aggravation du réchauffement limitera notre champ et notre capacité d’action. Au-delà d’une hausse de 2°C, certaines régions du monde deviendront tout simplement invivables. Les réponses ne peuvent donc plus attendre et doivent être axées sur les principes d'équité et de justice, conclut le Giec.