"L'industrie de la mode traditionnelle repose sur l'exploitation de la main-d'œuvre et des ressources naturelles"

La Fashion Revolution Week, organisée du 18 au 24 avril, commémore la catastrophe du Rana Plaza. Plusieurs événements sont organisés, y compris en Belgique, pour alerter sur les atteintes aux droits humains, environnementaux et sociaux commises par les entreprises.

"L'industrie de la mode traditionnelle repose sur l'exploitation de la main-d'œuvre et des ressources naturelles"
©Armedangels / The National Garment Workers Federation (NGWF)

Ce lundi 18 avril a débuté la Fashion Revolution Week, une semaine de mobilisation pour questionner et révolutionner l’industrie de la mode. L’initiative a été lancée il y a 9 ans, à la suite de la catastrophe du Rana Plaza. Cette usine textile du Bangladesh s'est effondrée le 24 avril 2013. L’accident avait provoqué la mort de 1134 travailleurs et blessé près de 2 500 personnes.

Cette année, l'organisation Fashion Revolution a choisi le thème "argent, mode et pouvoir". Les organisateurs espèrent ainsi mettre l'accent sur les dysfonctionnements liés à ce milieu, qu'ils soient sociaux ou environnementaux. "L'industrie de la mode traditionnelle repose sur l'exploitation de la main-d'œuvre et des ressources naturelles", peut-on lire dans un communiqué de l'association. "Les grandes marques et les détaillants produisent trop, trop vite, et nous manipulent dans un cycle toxique de surconsommation. Pendant ce temps, la majorité des personnes qui fabriquent nos vêtements ne sont pas suffisamment payées pour répondre à leurs besoins de base et ressentent déjà les effets de la crise climatique, que l'industrie de la mode alimente."

Des événements à travers le monde

Pendant une semaine, les organisateurs invitent donc à questionner la mode et à mettre en avant les modèles alternatifs. Des événements sont prévus à travers le monde, ainsi qu'en ligne (voir l'agenda ici). En Belgique, la Fair Fashion Fest aura par exemple lieu du 22 au 24 avril, à Gand. Cet événement a pour but de mettre la mode équitable à l'honneur et propose des ateliers, des conférences avec des experts issus du monde de la mode ainsi qu'un marché où sont proposés des vêtements durables.

Plusieurs marques ont aussi décidé de s'impliquer. C'est le cas d'Armedangels, une enseigne de mode équitable allemande, qui lance pour l'occasion consécutive un t-shirt en édition limitée. Tous les bénéfices seront intégralement reversés à The National Garment Workers Federation (NGWF), une organisation qui soutient les ouvriers textiles en entreprenant des actions juridiques contre les rémunérations tardives et les licenciements abusifs et milite pour plus de droits à l'égard des femmes au Bangladesh. C'est la cinquième année consécutive que la marque s'implique. L'action avait remporté un franc succès l'année dernière, puisque 25 000 euros avaient été récoltés grâce à Armedangels.

"L'industrie de la mode traditionnelle repose sur l'exploitation de la main-d'œuvre et des ressources naturelles"
©Armedangels

Au fil des années, l'association a pu reverser plus de 430 000 euros de dommages et intérêts aux ouvriers du Bangladesh. "J'ai été contrainte de remettre ma démission pour pouvoir m'occuper de mes parents. Au lieu de percevoir le congé et les indemnités que je méritais, j'ai été traitée comme une simple pièce de rechange d'une machine textile", témoigne Moyri, une ancienne ouvrière qui a bénéficié de l'aide de l'association. "Avec l'aide de la NGWF et de l'assistance juridique, j'ai pu payer le traitement dont mes parents avaient cruellement besoin. J'ai pu ensuite retourner au travail. Vive les droits humains pour les ouvriers textiles!"

Les droits sociaux au cœur d'une campagne

La Fashion Revolution Week coïncide également avec le lancement de la campagne nationale "Les droits humains n'ont pas de prix". Lancée en mars 2022, cette campagne entend attirer l'attention sur les atteintes aux droits humains, environnementaux et sociaux commises par les entreprises, faire prendre conscience des solutions législatives avancées par la société civile et faire bouger les lignes politiques pour les adopter.

Une action, organisée par plusieurs ONG et syndicats et coordonnés par la coalition Corporate Accountability et les plateformes achACT et la Schone Kleren Campagne, doit avoir lieu ce jeudi 21 avril à 10h, Place Surlet de Chokier à Bruxelles. Les militants doivent se réunir pour interpeller le gouvernement belge sur la lenteur de son action relative au devoir de vigilance des entreprises et la nécessité de mettre en place rapidement une législation en la matière afin d'éviter des catastrophes comme celle du Rana Plaza.