Des Indiens d’Amérique brûlent volontairement leur forêt

Chaque année, dans l’Ouest américain, d’immenses feux de forêts se déclenchent, transformant la Californie en brasier géant. Quand la logique pousserait à limiter le plus possible l’apparition de foyers, les Indiens d’Amérique ont pour tradition de brûler volontairement la forêt pour la préserver.

Des Indiens d’Amérique brûlent volontairement leur forêt
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Lola Buscemi

La Californie se souvient encore de 2020. En raison de l’air sec et d’une végétation particulièrement inflammable sur fond de réchauffement climatique, une série d'incendies de forêts majeurs s’était déclenchée en mai. Au total, 1,6 million d’hectares sont partis en fumée, soit l’équivalent de la moitié de la Belgique.

Une autre raison est mise en cause : la mauvaise gestion des forêts. Depuis les dévastateurs “Great Fires” de 1910, l’USFS (United States Forest Service), l’agence fédérale en charge de 57% des forêts californiennes, a pour politique de supprimer tous les brasiers, même les plus petits. Cela mène à une augmentation de la matière morte au sol. Autrefois brûlée au fur et à mesure par des petits brasiers, elle s’accumule et se transforme en une véritable poudrière lorsque l’été arrive.

Les Indiens d’Amérique ont pour habitude de pratiquer des feux culturels depuis des milliers d’années. Brûler la forêt pour mieux la préserver peut paraître paradoxal, c’est pourtant une tradition pour les tribus Mono et Miwok de la vallée de Yosemite, en Californie. En trois jours, 30 hectares de forêt vont être brûlés pour mieux préparer la forêt et limiter la gravité des incendies. Ces feux traditionnels suivent un rituel très précis, c’est un processus spirituel et écologique pour ces tribus très proches de la nature.

L’objectif principal est donc de supprimer cette “végétation-combustible” et que la forêt se régénère. Certaines espèces, comme le séquoia géant, arbre emblématique de la Californie, ont même besoin du feu dans leur cycle de vie. La chaleur du feu permet de libérer les graines qui tombent sur le sol et poussent après l’incendie. De cette manière, l’écosystème est préservé. Souvent, le nombre d’espèces animales et végétales présentes sur le territoire incendié après recolonisation dépasse celui d’une forêt intacte.

Devant l’urgence de la situation, les pompiers de la région s’inspirent de plus en plus de ces pratiques ancestrales. En août 2020, l’Etat de Californie a signé un protocole visant à brûler davantage d’hectares préventivement. Des associations ont été créées pour soutenir et défendre l’initiative, notamment auprès des particuliers (qui possèdent 40% des forêts de l’Etat) mais les mentalités ont dû mal à évoluer. Dans nos sociétés occidentales, le feu est perçu comme mauvais et dangereux, rarement comme une solution.

Depuis 1980, la taille et la durée des incendies californiens ne cessent d’augmenter. D’après le service européen Copernicus sur le changement climatique, les incendies sont si puissants que les fumées se propagent en Europe. Des quantités importantes de carbones ont été relâchées dans l’atmosphère.

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