"La Belgique ne respecte pas les engagements de l’accord de Paris"

Le gouvernement fédéral est bloqué quant à un nouvel accord de coopération sur la répartition des efforts climatiques entre les différentes entités du pays.

"La Belgique ne respecte pas les engagements de l’accord de Paris"
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Alors que de nouveaux débats budgétaires sont amorcés au sein du gouvernement fédéral, la question du financement de l’aide climatique internationale est toujours dans un cul-de-sac, faute de nouvel accord de coopération sur la répartition des efforts climatiques entre les différentes entités du pays. Une situation qui place la Belgique en porte-à-faux par rapport à ses engagements internationaux, souligne Rebecca Thissen, chargée de ce dossier au CNCD 11.11.11.

L’accord de coopération précédent est arrivé à son terme en décembre 2020. Pourquoi la situation est-elle toujours bloquée aujourd’hui ?

Le financement climat est captif des autres dossiers climatiques. L’accord de coopération est devenu un enjeu et un bric-à-brac extrêmement compliqué avec les objectifs européens revus à la hausse, le retard pris par notre pays dans les énergies renouvelables, etc. Politiquement, il devient quasiment impossible d’en sortir par le haut. En raison de ses querelles internes, la Belgique n’est toujours pas capable de s’engager pour la solidarité internationale.

Est-ce tellement problématique ? Notre pays continue malgré tout à mobiliser de l’argent pour l’aide climatique internationale chaque année. Des annonces dans ce sens ont eu lieu lors de la COP 26 de Glasgow…

C’est vrai que le fédéral et les Régions - sauf la Flandre - avancent dans leur coin. Si on juxtapose toutes les mesures, il y a toujours un petit mieux. En 2020, on a versé au total 100,6 millions. Ce n’est pas rien mais cela représente néanmoins beaucoup moins que ce que nos voisins font. Et cela représente beaucoup moins que ce qui devrait être fait si on regarde le PIB de notre pays et sa responsabilité historique dans le phénomène du réchauffement.

En pratique, tout cela devient complètement illisible. Chaque année, les gouvernements de chaque Région doivent se concerter en catastrophe, en amont ou très souvent pendant le sommet climat de l’Onu, pour sortir quelques millions en plus de leur chapeau. C’est toujours dans le désordre et après c’est la galère pour savoir comment ils vont utiliser cet argent parce que l’on n’a pas une vision pluriannuelle de ce budget. Cela varie un peu d’une Région à l’autre, mais c’est la cacophonie totale. Aujourd’hui, malgré nos efforts, il est impossible de savoir ce que représente le financement climatique belge, à quoi il sert et ce qui va réellement vers les bénéficiaires. Alors que l’idée même du mécanisme de financement climat, c’est d’avoir un engagement et de la prévisibilité pour établir une réelle confiance vis-à-vis des pays bénéficiaires. Même si de petits efforts sont réalisés, la Belgique ne respecte pas les engagements pris dans l’accord de Paris.

Que demandez-vous ?

La première chose, c’est que la Belgique conclue enfin un accord de coopération, que l’on fixe un montant national et une répartition entre les différentes entités du pays, quitte à ce qu’il y ait une trajectoire de croissance. C’est quelque chose que l’on sait faire pour l’Otan, pourquoi ne saurait-on pas le faire pour le climat ? Pour nous, l’objectif final, qui devrait être atteint avant 2025, est de 500 millions par an.

Le fédéral doit faire l’effort le plus important parce qu’il a plus de moyens. En outre, il recycle toujours son budget de la coopération au développement pour le comptabiliser dans son financement climatique international. Cela revient à du double comptage.On utilise deux fois les mêmes financements pour deux engagements différents.

Nous demandons également que chaque Région fasse aussi son devoir au sein de son propre budget pour contribuer à cet objectif national avec des perspectives claires. Souvent, on a tendance à se cacher derrière le fait qu’il n’y a pas d’accord de coopération, le fait que la Flandre bloque… Du coup, personne ne fait ses devoirs à son propre niveau.

Cinq cents millions d’euros par an, n’est-ce pas beaucoup dans le contexte budgétaire actuel ?

C’est relatif. On investit quand même 13 milliards par an dans les subsides aux énergies fossiles de manière directe et indirecte. On pourrait déjà repenser à allouer cet argent à des objectifs un peu plus justes et plus durables. Les 100 millions annuels actuellement consacrés au financement climat international représentent 0,02 % du PIB national.Quand on voit les moyens qui vont être mobilisés pour les politiques de Défense, on peut se dire que c’est pas tant que ça…

Le moyen le plus simple de trouver de l’argent, c’est d’utiliser les revenus issus du marché carbone européen. Ce fonds est alimenté chaque année et il y a actuellement plus de 700 millions d’euros qui sont bloqués depuis un an et demi parce qu’il n’y a toujours pas d’accord de coopération. C’est absurde. D’autant que nous ne disons pas que l’intégralité devrait aller au financement international, cet argent qui dort sur un compte pourrait aussi servir à des mesures climatiques nationales. On peut par ailleurs innover et trouver d’autres méthodes de financement additionnelles, en utilisant une partie de revenus de la taxation sur les parkings, par exemple. Ce qu’il faut, c’est du courage politique. Sur la scène internationale, la Belgique aime montrer à quel point elle est un acteur engagé dans la diplomatie, attachée au multilatéralisme, etc. Dans les faits, si on n’est pas capable de respecter nos engagements internationaux, ça devient de moins en moins crédible.

A Glasgow, la Wallonie a entrouvert la porte au dédommagement des pertes subies par certains pays du Sud en raison du réchauffement climatique. Faut-il dédier un canal spécifique à cette fin à côté de ceux consacrés à l’adaptation et à la réduction des émissions de CO2 ?

C’est encore un peu tôt pour demander ça, même si cela va devenir un élément incontournable des négociations climatiques dans le futur. Ouvrir un tel canal sans avoir de structures internationales, à ce stade-ci, me semble politiquement très très compliqué. Et je ne pense pas que cela construirait vraiment une dynamique positive. Par contre, la Belgique en tant que pays pourrait s’engager, comme la Wallonie, sur le financement de petits projets très très spécifiques pour faire avancer ce débat sur la définition de ce que sont les "pertes et préjudices climatiques" et comment on fait pour y répondre.