Les nouvelles menaces qui pèsent sur la biodiversité marine

Une équipe internationale d'experts a dressé une liste de quinze problèmes qui ne font actuellement pas l'objet d'une grande attention mais qui sont susceptibles d'avoir un impact important sur la biodiversité marine et côtière au cours de la prochaine décennie, indique mercredi un communiqué de l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique (IRSNB) qui a participé à l'étude.

Belga
Les nouvelles menaces qui pèsent sur la biodiversité marine
©Shutterstock

La combinaison de différentes activités marines, l'extraction du lithium des grands fonds, la surpêche des espèces d'eaux profondes et l'impact océanique inattendu des feux de forêts et des nouveaux matériaux biodégradables font partie des sujets d'inquiétude de cette trentaine d'experts des systèmes marins et côtiers de onze pays situés au sud et au nord de la planète et impliqués dans l'analyse "Horizon Scan".

Parmi les problèmes émergents, l'étude pointe notamment les effets des nouveaux matériaux biodégradables sur l'environnement marin, les effets des feux de forêt sur les écosystèmes côtiers et une zone "vide" près de l'équateur, les espèces migrant de cette partie de l'océan qui se réchauffe.

Les nouveaux matériaux biodégradables, par exemple, sont, selon l'analyse, plus toxiques pour les animaux marins que les plastiques traditionnels. Quant aux incendies de forêt, ils peuvent entraîner une pollution de l'eau par les cendres, des débris, des sédiments et des nutriments affectant la vie marine, ainsi que la prolifération d'algues nuisibles.

Outre le fait que de plus en plus d'espèces de poissons s'éloignent de l'équateur en raison du réchauffement, les experts avertissent également que la valeur nutritionnelle du poisson diminue en raison du changement climatique. Les acides gras essentiels sont principalement produits par les espèces de poissons d'eau froide. Si le changement climatique entraîne une augmentation de la température des océans, la production de ces molécules nutritives diminuera.

Plusieurs des problèmes identifiés sont liés à l'exploitation des ressources océaniques. Notamment celle des "bassins hyper-salines" en eaux profondes, ces environnements marins qui abritent une grande diversité de vie et contiennent de fortes concentrations de sels de lithium. La demande croissante de lithium pour les batteries des véhicules électriques pourrait menacer ces environnements à risque, estiment les scientifiques.

"Il y a des domaines où nous pensons que des changements immédiats pourraient prévenir d'énormes problèmes au cours de la prochaine décennie, comme la surpêche dans la zone mésopélagique de l'océan", déclare le Dr Ann Thornton, du département de zoologie de l'université de Cambridge. "Enrayer ce phénomène permettrait non seulement de mettre fin à la surpêche de ces stocks de poissons, mais aussi de réduire la perturbation du cycle du carbone océanique, car ces espèces constituent une pompe océanique qui élimine le carbone de notre atmosphère".

L'étude met en lumière des éléments pertinents aussi pour la côte belge. "Des questions telles que la bonne gestion des activités humaines spatiales en mer ou la modification éventuelle de la valeur nutritionnelle du poisson en raison du changement climatique sont également d'un intérêt direct pour des zones bien étudiées comme le sud de la mer du Nord", précise Steven Degraer, de l'IRSNB. C'est, par ailleurs, un défi constant de concilier toutes les activités dans une zone limitée afin que les effets cumulatifs restent gérables. En outre, les effets du changement climatique ne se limitent pas aux zones tropicales.

Tous les effets prévus ne sont pas négatifs. Les auteurs estiment que le développement de nouvelles technologies, telles que la robotique douce et de meilleurs systèmes de détection sous-marine, permettra aux scientifiques d'en savoir plus sur les espèces marines et leur répartition. Cela conduira à son tour au développement de zones marines protégées plus efficaces. Mais ils préviennent également que l'impact de ces technologies sur la biodiversité doit être évalué avant qu'elles ne soient utilisées à grande échelle.

"En mettant en évidence les problèmes à venir, nous indiquons où des changements doivent être apportés aujourd'hui, tant en termes de surveillance que de politique", conclut le Dr James Herbert-Read, du département de zoologie de l'université de Cambridge.