"Vous n'êtes pas notre cible, c'est votre véhicule": quand des activistes du climat s'en prennent aux SUV

Un groupe d'activistes climat a décidé de s'en prendre aux SUV.

"Vous n'êtes pas notre cible, c'est votre véhicule": quand des activistes du climat s'en prennent aux SUV
©Shutterstock

"Nous sommes The Tyre Extinguishers. Nous rendrons impossible la possession d'un SUV dans les zones urbaines du monde. Pour le climat, la santé, la sécurité publique." Sur les réseaux sociaux, ce groupe d'activistes annonce la couleur. Ils se battent contre les SUV, ces véhicules combinant un côté sportif et utilitaire, qui gagnent en popularité ces dernières années.

Ils ont choisi de déclarer la guerre aux SUV, estimant leur impact écologique bien trop important. Une analyse, publiée en 2020 par l'agence internationale de l'énergie (IEA), estimait en effet que les SUV étaient la deuxième source la plus importante liée à l'augmentation des émissions mondiales de carbone entre 2010 et 2018, derrière le secteur de l'énergie et devant l'industrie lourde (comprenant en outre le fer, l'acier, le ciment et l'aluminium), l'aviation et le transport maritime.

Le mouvement a été lancé au Royaume-Uni, en mars 2022, et est désormais présent dans plusieurs pays, comme les Etats-Unis ou la Suède. "Nous utilisons une tactique simple : dégonfler les pneus de ces véhicules massifs et inutiles qui causent des désagréments et des dépenses à leurs propriétaires. En dégonflant les pneus à plusieurs reprises et en encourageant les autres à faire de même, nous transformerons le petit inconvénient d'un pneu crevé en un obstacle géant à la conduite de véhicules massifs et meurtriers dans nos rues", expliquent-ils sur les réseaux sociaux. "Nous voulons vivre dans des villes où l'air est pur et les rues sûres. Demander poliment et protester pour ces choses a échoué. Il est temps d'agir", ajoutent-ils, invitant d'autres citoyens à les rejoindre.

Pas d'exceptions pour les voitures électriques

Le 19 juillet dernier, en pleine canicule et alors que le Royaume-Uni subissait sa nuit la plus chaude jamais enregistrée, une action avait ciblé 65 voitures à Bristol et à Dundee. "Alors que les incendies et les maisons brûlaient à travers le Royaume-Uni lors de la journée la plus chaude jamais enregistrée, les TX ont frappé la nuit dernière, mettant en évidence la pollution massive causée par les SUV qui contribue à cette crise climatique", écrivaient-ils sur Twitter.

Après avoir dégonflé les pneus des voitures, les "Tyre Extinguishers" laissent un prospectus sur les véhicules visés. "Attention, votre SUV tue", peut-on lire en grand sur celui-ci. "Ne le prenez pas personnellement. Vous n'êtes pas notre cible, c'est votre véhicule", débute le texte avant de détailler le "désastre" climatique que représentent ces voitures.

À noter que pour les activistes, les véhicules hybrides et électriques ne doivent pas être épargnés. "L'électrification ne peut pas nous sortir de la crise climatique", estiment-ils. Seuls les véhicules 'clairement utilisés pour les personnes handicapées, les voitures des commerçants (même si elles sont grandes), les minibus et les voitures de taille normale' échappent à leur colère.

Souvenirs des "Flagadas"

Ce n'est pas la première fois que des voitures jugées trop polluantes sont la cible d'activistes. En février 2022, plusieurs voitures avaient subi le même sort à Gand. Le collectif militant TOON et le groupe local anti-SUV était à l'origine de ces actes de vandalisme. Ils avaient revendiqué l'action après avoir visé 200 véhicules en une nuit. Cette fois-là, les pneus étaient restés intacts mais ils avaient lancé du "faux sang" sur les voitures et y avaient apposé des autocollants, rapportaient nos confrères de Het Laatste Nieuws. Des faits similaires avaient également eu lieu à Glasgow, en marge de la COP26.

Dans le passé, des 'gangs' avaient également sévi au début des années 2000. Les "Dégonflés" français et les "Flagadas" belges s'en prenaient à l'époque aux 4x4. La question des peines encourues par les membres de ces 'commandos' avait été soulevée par un sénateur CDH, Christian Brotcorne. Des policiers avaient en effet, à l'époque, refusé d'enregistrer les plaintes de plaignant estimant qu'aucun dommage n'avait été occasionné aux véhicules. La ministre de la Justice Laurette Onkelinx avait, dans sa réponse, assuré que le dégonflement volontaire des pneus d'un véhicule n'était pas une infraction. Elle avait ajouté que des sanctions administratives communales étaient toutefois possibles.

Soulignons toutefois que si le fait de dégonfler des pneus ne constitue pas une "mise hors d'usage à dessein de nuire", sanctionnée par le Code pénal, il n'est pas impossible que d'autres bases soient utilisées pour punir cet acte de vandalisme. Le principal problème empêchant la prise de sanction reste l'identité des auteurs, souvent inconnue.