L'accord signé à l'été 2019 entre l'Union européenne et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) "représente une occasion manquée pour l'UE d'utiliser son pouvoir de négociation pour obtenir des garanties solides répondant aux attentes environnementales, sanitaires et plus généralement sociétales de ses concitoyens", conclut la Commission d'évaluation dans son rapport de 184 pages dont l'AFP a pris connaissance jeudi.

Présidée par l'économiste de l'environnement Stefan Ambec, elle a été chargée en juillet 2019 de conduire une évaluation indépendante sur les "effets potentiels (...) en matière de développement durable" de cet accord qui doit encore être ratifié par tous les parlements nationaux pour être définitivement validé.

Mais deux parlements l'ont rejeté sous sa forme actuelle et la chancelière allemande Angela Merkel a, pour la première fois le 21 août, émis de "sérieux doutes" à son sujet, emboîtant le pas au président français Emmanuel Macron qui avait menacé de ne pas ratifier l'accord si le gouvernement brésilien ne prenait pas les mesures nécessaires pour protéger la plus grande forêt tropicale du monde.

Les incendies y ont progressé de 28% en un an. La commission Ambec a calculé que la hausse de 2 à 3% de la production de viande bovine qui résulterait d'une plus grande ouverture des marchés des deux continents devrait conduire, en mobilisant des pâturages supplémentaires, à une "accélération de la déforestation annuelle de l'ordre de 5%" pendant les six années suivant l'application de l'accord.

En démultipliant les émissions de CO2, cette déforestation rend le coût environnemental de l'accord trop élevé par rapport à ses bénéfices économiques, souligne le rapport.

En outre, le futur traité UE-Mercosur se contente de faire référence à l'Accord de Paris, mais ne comprend "aucune mesure effective pour la mise en œuvre des engagements climatiques". Seul une instance de dialogue est prévue.

"C'est mieux que rien, mais il s'agit là encore d'une occasion manquée de mettre toutes les parties contractuelles, de part et d'autre de l'Atlantique, face à leurs responsabilités vis-à-vis des générations futures", note le rapport.

Sur le plan commercial, la mise en oeuvre de l'accord aura des effets contrastés, entre les gagnants - essentiellement l'industrie (automobile) et les services, ainsi que les vins et fromage - et les perdants - volaille, viande bovine, miel et éthanol.

Pour autant, il serait faux de dire que cet accord, fruit de vingt ans de négociations et très détaillé, est "bâclé", a nuancé Yann Laurans, l'un des membres de la commission, lors d'une conférence de presse.

Simplement, "on peut regretter que l'Union européenne n'ait pas mieux utilisé son pouvoir diplomatique pour que les importations agricoles soient assorties de garanties plus importantes" en ce qui concerne, par exemple, l'utilisation des antibiotiques, le respect du bien-être animal ou l'usage des pesticides.

La commission Ambec formule onze recommandations. La plus importante, pour Stefan Ambec, est que la Commission européenne "inscrive dans son mandat de négociation commerciale la réflexion sur une taxe carbone aux frontières" de l'UE, afin que le prix des produits importés intègre le coût environnemental.