Le président brésilien Jair Bolsonaro a affirmé dimanche que "le pire est à venir" concernant la mystérieuse marée noire qui a déjà souillé depuis trois mois plus de 200 plages dans le pays. 

"Ce qui est arrivé et a été ramassé jusqu’à présent est une petite quantité de ce qui a été déversé", a-t-il déclaré, ajoutant que "tous les indices" désignaient le pétrolier grec Bouboulina. Un tel pétrolier est capable de transporter plus de cent mille tonnes de brut. Ces dernières semaines, ce sont 2 000 tonnes de galettes et de boulettes noires et visqueuses qui ont été ramassées sur des plages jusqu’ici paradisiaques.

Les autorités brésiliennes avaient déjà accusé vendredi le Bouboulina d’être "le principal suspect" de ce désastre écologique après l’analyse de données satellitaires. La société grecque gérante du pétrolier, Delta Tankers, avait démenti.

Selon des documents de la police fédérale brésilienne obtenus par l’agence Reuters, le tanker a apparemment déversé le pétrole brut à peu près 700 km des côtes brésiliennes autour des 28-29 juillet, après avoir pris sa cargaison au terminal pétrolier José au Venezuela. La police ajoute que les données de géolocalisation et océanographiques montrent que le bateau grec était le seul navigant près de l’origine de la fuite entre le 28 et le 29 juillet. "Il y a de fortes preuves que la compagnie, le capitaine et l’équipage du vaisseau n’ont pas communiqué avec les autorités sur la perte de pétrole dans l’océan Atlantique", a dit le parquet brésilien. Selon l’agence Keplr, qui a tracé la trajectoire du navire pour la BBC, celui-ci est bien resté proche des côtes brésiliennes jusqu’au 30 juillet.

Des perquisitions ont aussi eu lieu dans une compagnie maritime à Rio de Janeiro. Delta Tankers a indiqué qu’elle ne travaillait pas avec cette société. Et selon elle, "il n’y a aucune preuve de fuite ou de transfert de navire à navire (STS) ou de retard du Bouboulina lors de son voyage entre le Venezuela et le port malaisien de Melaka". Samedi, la police portuaire grecque avait aussi fait savoir que cinq navires dont un grec étaient considérés comme suspects dans cette marée noire. Ces dernières semaines, a souvent été avancée l’hypothèse d’un problème sur un bateau "fantôme" qui aurait exporté illégalement du pétrole vénézuélien, frappé par un embargo américain.

Les autorités très critiquées

Le pétrole a en tout cas commencé à apparaître le 30 août sur les côtes du Nordeste, progressant ensuite vers le sud, jusqu’à Bahia. Selon l’Université de Bahia qui a examiné les échantillons, le brut proviendrait des bassins pétrolifères vénézuéliens - il possède les caractéristiques typiques des roches de la région -, et aurait passé deux mois dans l’eau avant d’arriver sur les côtes.

En effet, il s’agit ici de pétrole brut lourd, qui ne flotte pas sur l’océan comme souvent dans les marées noires, mais qui, lourd et visqueux, coule puis se déplace en profondeur. Ce qui a fait dire aux autorités que les méthodes traditionnelles de recherche et de protection des côtes n’ont pas fonctionné. La lenteur (41 jours) à mettre en place un plan national d’urgence et le peu d’effectifs employés par les autorités pour le nettoyage - pris en charge par des citoyens bénévoles - ainsi que les incertitudes sur les causes de la marée ont soulevé les critiques.

Quelque 2 000 km de côtes ont jusqu’ici été touchés. Samedi, de petits fragments de pétrole ont atteint dans les eaux du parc national marin des Abrolhos, sanctuaire pour les baleines à bosse et pour des formations coralliennes uniques au monde.