Le secrétaire d’État, Mike Pompeo, a officialisé le retrait des États-Unis. Qui ne deviendra effectif qu’en novembre 2020.

On le savait depuis deux ans, c’est désormais officiel. Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a annoncé lundi soir avoir formellement enclenché le processus de retrait des États-Unis de l’accord de Paris. Conclu en décembre 2015, ce traité consacre la mobilisation de la communauté internationale dans la lutte contre les dérèglements climatiques, afin de limiter la hausse de la température moyenne mondiale nettement en deçà de 2°C.

Dans ce contexte, même si elle était attendue, la confirmation du départ de la première puissance économique mondiale n’en demeure pas moins "un très mauvais signal", estime Romain Weikmans, chargé de recherches FNRS à l’Université libre de Bruxelles. "On peut se dire que les États-Unis ne représentent que 15 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, ce qui démontre que le réchauffement climatique est un problème global qu’un pays ne peut résoudre à lui seul. Mais le fait que le deuxième plus gros pollueur de la planète refuse de s’engager à réduire ses propres émissions ne va pas inciter les autres États à faire des efforts, poursuit-il. Pourquoi des pays qui ont une responsabilité historique moindre et moins de moyens financiers que les États-Unis devraient-ils s’engager à faire un boulot que Washington ne veut pas faire ? On peut aussi craindre que d’autres pays comme le Brésil (dirigé par le président climatosceptique Jair Bolsonaro) ou l’Australie (dont le chef de gouvernement Scott Morrison est également climatosceptique et proche de l’industrie charbonnière) y trouvent une bonne excuse pour ne pas en faire davantage, voire pour faire de l’obstruction."

Pas du jour au lendemain

Dans l’immédiat, la mise en œuvre de l’accord n’est pas vraiment menacée dans la mesure où "les modalités de celles-ci, à l’exception du volet sur les marchés du carbone internationaux, sont quasiment déjà bouclées", explique encore notre interlocuteur. "Le texte du traité prévoit aussi divers mécanismes légaux qui lui donnent une certaine inertie, de telle manière qu’il ne peut pas disparaître du jour au lendemain." C’est d’ailleurs en raison de telles dispositions que le retrait des États-Unis ne pourra être effectif que le 4 novembre 2020, soit très précisément au lendemain du prochain scrutin présidentiel américain. Si un(e) autre président(e) que Donald Trump émerge des urnes, rien n’empêcherait les États-Unis de réintégrer le processus.

Le fait que la moitié des États américains, de nombreuses villes ainsi que certaines institutions et grandes entreprises ont fait part de leur volonté de concrétiser les objectifs de l’accord de Paris laisse aussi la porte ouverte à un retournement. Mais en attendant, la politique de Donald Trump, qui a vidé de leur substance toute une série de législations mises en place sous l’ère Obama "a déjà fait beaucoup de tort", déplore Romain Weikmans.

De son côté, la Chine affiche jusqu’ici sa volonté de rester patrie du traité, tandis que l’Union européenne ambitionne de constituer un nouvel axe climatique fort avec Pékin. "Mais il faut regarder les faits et pour l’instant, ceux-ci ne montrent pas un très fort ralentissement des émissions chinoises, au contraire. En outre, après une période de stabilisation, la tendance mondiale montre que les émissions repartent à la hausse. C’est très problématique."