La 25e Conférence des Nations unies sur le climat s’est conclue sur un accord a minima.

Record battu. Au terme de deux nuits de prolongation, la 25e conférence des Nations unies sur le climat s’est conclue sur un accord a minima, dimanche en fin de matinée. Les représentants des 196 pays présents n’ont pas pu s’entendre sur des points essentiels en raison des réticences de certains États.

Présidée par le Chili, mais délocalisée à Madrid en raison de la crise qui frappe le pays d’Amérique du sud, la conférence a notamment échoué à trouver un accord sur les règles encadrant les mécanismes de marchés du carbone internationaux, dernier volet à régler pour permettre la mise en œuvre de l’accord de Paris de 2015.

Après une année marquée par des catastrophes climatiques tous azimuts, les appels vibrants de millions de jeunes descendus dans la rue derrière la jeune Suédoise Greta Thunberg, et des rapports scientifiques toujours plus glaçants, les textes adoptés dimanche ne reflètent pas cette attente d’actions ambitieuses à la hauteur de l’urgence.

Au rythme actuel des émissions de CO2, le mercure pourrait gagner jusqu’à 4 ou 5° C d’ici la fin du siècle. Et même si les pays signataires de l’accord de Paris respectent leurs engagements, le réchauffement pourrait dépasser les 3° C.

"Les principaux acteurs dont on espérait des avancées n’ont pas répondu aux attentes", a déclaré Laurence Tubiana, architecte de l’accord de Paris, notant toutefois que l’alliance des États insulaires, européens, africains et latino-américains, avait permis "d’arracher le moins mauvais résultat possible, contre la volonté des grands pollueurs".

À peine la réunion terminée, le secrétaire général de l’Onu, Antonio Guterres, déplorait pour sa part que la Cop 25 ait "raté une occasion importante" d’être à la hauteur de la "crise climatique".

Certains observateurs pointaient également la responsabilité de la présidence chilienne dans cet échec, celle-ci provoquant une levée de boucliers en présentant des propositions de conclusions particulièrement médiocres, samedi matin.

Sans surprise, quasiment aucun des grands pays émetteurs n’a fait d’annonce significative pour rehausser ses ambitions, ni donné de signe clair d’une telle intention pour 2020. Pas plus les États-Unis, qui se retireront normalement de l’accord de Paris en novembre prochain, que la Chine ou l’Inde.

Le sabotage de grands pays pollueurs

Ces deux grandes économies insistent, avant d’évoquer leurs propres engagements révisés, sur la responsabilité des pays développés de faire plus et de respecter leur promesse d’aides financières aux pays du Sud. Un retour à une rhétorique ancienne qui traduit la défiance qui s’est réinstallée entre les grandes économies mondiales.

L’Arabie saoudite, le Brésil et l’Australie étaient également pointés du doigt par les défenseurs de l’environnement et plusieurs négociateurs. Les gouvernements brésiliens et australiens sont tous deux accusés de vouloir introduire des dispositions qui affaibliraient notablement l’efficacité des marchés du carbone.

À l’inverse, le rôle positif de l’Union européenne était largement salué. L’UE a endossé cette semaine un objectif de neutralité climatique d’ici à 2050, malgré les réserves de la Pologne. Elle doit maintenant s’atteler à la tâche de présenter en 2020 un relèvement de ses engagements pour 2030. Prendre ce "rôle de leader" lui "donnerait la capacité de travailler avec d’autres gros émetteurs comme la Chine et l’Inde pour qu’ils augmentent leurs ambitions également", a commenté Alden Mayer, de l’Union for Concerned Scientist.

De leur côté, les ministres belges Alain Maron et Philippe Henry estimaient que la Cop 25 était tout juste parvenue "à sauver les meubles", tandis que les ONG membres de la Coalition Climat jugent que l’écart entre le manque d’ambitions de ces négociations et les revendications "de la rue pour plus de justice climatique" n’a jamais été aussi grand.

Toute la pression va désormais se reporter sur le Royaume-Uni, qui pilotera la Cop 26, en novembre prochain à Glasgow. D’ici là, les pays signataires de l’accord de Paris devraient avoir déposé une version révisée à la hausse de leurs plans de réduction d’émissions. Les Britanniques ont promis de tout faire pour que ce sommet soit un succès.