Après une nuit de négociations à la COP25 à Madrid, la présidence chilienne a produit plusieurs brouillons de décisions (drafts) samedi matin. Des textes qui semblent faire l'unanimité contre eux et laissent présager d'une poursuite des négociations une bonne partie de la journée samedi.

La 25e conférence de l'Onu sur le climat (COP25) a débuté le 2 décembre et devait initialement s'achever vendredi. Mais comme beaucoup de COP avant elle, la COP25 joue les prolongations. "La présidence chilienne a tenu une plénière informelle pour prendre le pouls et la tonalité générale est à la déception", résume le ministre bruxellois de la Transition climatique et de l'Environnement, Alain Maron, évoquant "un texte de compromis qui semble trop faible et pas assez équilibré". Un point de blocage tourne autour de l'article 6 de l'accord de Paris, qui prévoit la mise en place de mécanismes de marché de crédits carbone. La COP24 à Katowice n'avait pas réussi à convenir de règles de mise en œuvre et le sujet avait été renvoyé à la COP25, dont c'est l'un des plats de résistance. La question de l'ambition climatique divise également. Il y a ceux, Union européenne et pays les plus vulnérables en tête, qui veulent un appel clair à un rehaussement en 2020 des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, d'une part, et les pays qui freinent des quatre fers, d'autre part. Le niveau des engagements pris jusqu'à présent par les Etats conduit la planète sur la voie d'un réchauffement de plus de 3°C d'ici la fin du siècle et est a fortiori insuffisant pour atteindre l'objectif de l'accord de Paris de contenir ce réchauffement bien en-deça de 2°C et si possible à 1,5°C. Ce que le texte actuellement sur la table contient sur l'ambition représente un recul inadmissible aux yeux des Européens par rapport à des brouillons qui avaient précédemment circulé. "On n'est pas dans la coquille vide, il n'y a même plus de coquille...", déplore un expert membre de la délégation belge, qui évoquait dans la matinée "une situation plutôt de blocage" des négociations à Madrid. Les marchés du carbone visent à permettre à un État A d'acheter des crédits carbone découlant d'un projet de réduction d'émissions de CO2 dans un pays B et de les utiliser pour atteindre ses propres objectifs climatiques. Les États les plus ambitieux et l'Union européenne veulent mettre en place une architecture solide qui évite les doubles comptages (qui verraient à la fois le pays A et le pays B comptabiliser les crédits carbone liés à un même projet, ce que défend presque seul contre tous le Brésil), garantit la transparence et permet in fine d'augmenter les efforts, et leur efficacité, de réduction des émissions de CO2. Certains pays demandent également que les crédits liés au mécanisme du protocole de Kyoto puissent être reportés dans le nouveau système, ce que refusent catégoriquement les pays les plus vulnérables aux changements climatiques. "Tout ce que l'on redoutait est là mais avec des tentatives d'atténuer les défauts", poursuit l'expert membre de la délégation belge, au sujet du brouillon sur l'article 6. D'aucuns s'attendent à ce que les négociations se prolongent encore plusieurs heures à Madrid, où le ministre bruxellois Alain Maron est le dernier représentant de rang ministériel de la Belgique encore présent.