Les votes de la plénière se déroulant en grande partie de manière virtuelle, les résultats du vote final des eurodéputés sur la proposition de "loi climat" de la Commission n'ont été annoncés que le lendemain, jeudi. Le texte du Parlement a été adopté par 392 voix pour, 161 contre et 142 abstentions.

Il inclut un objectif de réduction d'au moins 60% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 (par rapport aux niveaux de 1990), alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait proposé mi-septembre 55%.

Inquiet de l'impact sur l'emploi, le PPE (droite), plaidait pour ne pas aller au-delà du chiffre de la Commission, et avait appelé à l'abstention. La faisabilité d'un objectif de réduction de 60% inquiétait également des eurodéputés dans d'autres familles politiques. "Dans son discours sur l'État de l'Union, la présidente de la Commission a proposé de revoir l'objectif initial (de -40%, NDLR) à -55%, après une étude d'impact favorable qui indique qu'une telle réduction est faisable sur le plan économique", commente l'Open Vld Hilde Vautmans (Renew). "Je ne vois pas pourquoi tout d'un coup passer à 60% (...) Il faut rester réaliste: 5% en plus, c'est énorme".

Le groupe Renew se targue pourtant, jeudi, d'avoir dès le départ soutenu l'amendement demandant d'établir l'objectif 2030 à -60%.

Du côté de certaines ONG, on estime en revanche que -60%, ce n'est pas assez. "Pour que l'UE contribue correctement à l'effort global de limitation de la température à 1,5°C (par rapport à la période pré-industrielle, conformément à l'accord de Paris, NDLR), on aurait besoin d'une réduction des GES d'au moins 65%" d'ici 2030, rappelle Wendel Trio, directeur du Climate Action Network Europe.

L'organisation fait partie d'un groupe de 27 lobbies, entreprises et associations qui ont signé jeudi une lettre exigeant "une ambition 2030 plus élevée" sur la question climatique. Le message de ces acteurs: il faut prévoir suffisamment de soutien financier pour accompagner la décarbonation des économies et secteurs les plus vulnérables ou les moins avancés, et profiter de la sortie de crise du coronavirus pour pousser la transition vers un low-carbon pourvoyeur d'emplois d'avenir.

Le social-démocrate Frans Timmermans, en charge du Pacte vert à la Commission, a salué le vote des députés européens. "Avec son vote sur la loi climat, le Parlement européen envoie un message fort sur le besoin d'être ambitieux dans la résolution de la crise climatique", a-t-il écrit sur Twitter.

"La nouvelle législation vise à inscrire dans un cadre contraignant la promesse politique d'atteindre la neutralité climatique en Europe d'ici 2050", a expliqué le Parlement dans un communiqué.

Dans un premier temps, les États membres devront se prononcer sur la proposition de l'exécutif avant d'engager des négociations avec le Parlement. "Une fois que le Conseil aura défini sa position, nous devrions être en mesure de transformer rapidement en texte de loi la neutralité climatique à l'horizon 2050", a affirmé M. Timmermans.

Le texte validé par le Parlement ne fait pas que placer l'ambition 2030 à -60% de GES. Il propose aussi de fixer un objectif 2040, après une étude d'impact, et que chaque État membre s'engage individuellement à atteindre la neutralité carbone pour 2050, et pas seulement l'UE dans son ensemble. Au-delà de 2050, l'UE et les États membres devraient tendre vers une balance négative, donc absorber davantage de GES que ce qu'ils n'en émettent, ajoutent les eurodéputés.

L'engagement de la neutralité carbone de chaque État pour 2050 est notamment pointée du doigt par la N-VA. En début de semaine, l'eurodéputé Johan Van Overtveldt avait encore répété que cela niait selon lui la diversité des régions et États, la Flandre étant par exemple densément peuplée et hébergeant des clusters à haute intensité en énergie.