Pendant que la moitié de la population mondiale est confinée, les braconniers, eux, en profitent pour chasser des espèces protégées.

"Depuis que l'Afrique du sud a annoncé un lock-down le 23 mars dernier, nous avons un incident de braconnage à peu près tous les jours", déplore l'association Rhino 911 qui intervient par hélicoptère pour sauver des rhinocéros en danger. Au moins 9 rhinocéros ont ainsi été tués dans la province sud-africaine du Nord-Ouest depuis le début du confinement, notait l'association le 8 avril dernier.

Même constat du côté du Botswana, pays qui ne compte plus que 400 à 500 rhinocéros sauvages et qui risque de les perdre totalement en 2021. Dans ce pays, 6 rhinocéros avaient été tués en seulement quelques jours, après le début du confinement. Et il ne s'agit ici que des cas recensés ! 

Si le braconnage n'est pas une nouveauté dans ces pays, le fait que les criminels osent s'aventurer dans des lieux autrefois touristiques est bel et bien exceptionnel, note le New York Times qui consacre un article à cette problématique. "Il n'y a pas que les rangers qui protègent les animaux, les touristes aussi les protègent grâce à leur présence", souligne Tim Davenport, qui dirige les programmes de conservation des espèces en Afrique au sein de la Wildlife Conservation Society . Or, comme le tourisme est complètement paralysé à cause du coronavirus, cela laisse indirectement le champ libre aux braconniers.

La conservation (trop) dépendante du tourisme

En plus d'être présents dans certains lieux, les touristes financent également les fonds de conservation des animaux, en payant notamment les entrées aux parcs nationaux ou, plus ironiquement, en achetant un permis de chasse. A titre d'exemple, en Afrique du sud, 85% de l'argent alloué au service de protection des animaux provenaient des touristes, analyse le journal américain. Si certaines réserves sont moins dépendantes que d'autres du tourisme, aucune ne s'en passe totalement.

A partir de là, le calcul est plutôt simple : sans tourisme, pas d'argent et, sans argent, plus de difficultés à payer les salaires des rangers et des gardes privés qui risquent de perdre leur travail et de laisser les animaux sans surveillance.

Et la situation n'est pas près de s'arranger puisque les touristes ne reviendront peut-être pas avant 12 mois... Beaucoup de pays d'Afrique craignent donc pour leur faune sauvage . "C'est une grande source d'inquiétude", confirme John Scanlon, responsable de l'association African Parks, qui gère 17 parcs nationaux à travers 11 pays d'Afrique.

Une menace qui pèse sur tous les animaux sauvages

"Pour l'instant, ce ne sont que quelques incursions, mais je m'attends à une vague de braconnage si le lock-down se poursuit", déplore Lynne MacTavish, le chef des opérations à la réserve Mankwe Wildlife dans la province sud-africaine sur Nord-Ouest.

Et les rhinocéros (dont la corne se monnaie au marché noir jusqu'à 55.000 euros du kilo ) ne seront évidemment pas les seuls animaux en danger. Certains experts craignent que les espèces protégées deviennent des victimes collatérales de la pandémie.

"Nous craignons donc aussi une vague de braconnage dans la brousse. Les gens qui ont perdu leurs revenus risquent de se tourner vers la viande de brousse (ndlr : la viande d'animaux sauvages). Et on ne peut pas leur en vouloir, car ils ont faim", conclut Map Ives, le directeur de Rhino Conservation Botswana.

En plus d'une crise sanitaire et d'une crise économique, le continent africain risque donc de perdre une partie de sa faune.