Des députés écologistes et socialistes allemands ont proposé mardi d'augmenter la TVA sur la viande de sept à 19%. En Belgique, la Fédération wallonne de l'Agriculture (FWA) et la Fédération unie de Groupements d'Éleveurs et d'Agriculteurs (FUGEA) ont indiqué jeudi craindre que la surtaxation n'encourage la consommation de viande importée. Le rapport spécial du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (Giec), publié jeudi, affirme justement que nos habitudes alimentaires, responsables de la surexploitation des terres et de la déforestation massive, contribueraient largement à la dégradation de notre planète. Changer ces habitudes passerait inévitablement par une réduction de notre consommation de viande.

L'initiative des députés allemandes a été saluée par le parti chrétien démocrate allemand (CDU), à condition que les fonds générés par la taxe aident au développement d'une agriculture plus durable. Le ministère allemand de l'Agriculture, lui, craint toutefois qu'une surtaxation encourage avant tout la consommation de viande importée et issue de productions non contrôlées au détriment des éleveurs allemands qui ne peuvent rivaliser avec les tarifs des producteurs hors Union Européenne.

En Belgique, la Fédération wallonne de l'Agriculture (FWA) et la Fédération unie de Groupements d'Éleveurs et d'Agriculteurs (FUGEA) partagent ces craintes. Pour Alain Masure, directeur de la FWA, augmenter la TVA sur la viande reviendrait à "tuer l'agriculture locale au profit des produits importés", a-t-il indiqué jeudi à l'agence Belga. Pour sa part, la FUGEA plaide pour que la priorité soit de permettre aux producteurs de produire une viande de qualité plus responsable et économiquement équitable, aussi bien pour les consommateurs que pour les producteurs.

Si l'agriculture industrielle est particulièrement pointée du doigt par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (Giec), la Fédération unie de groupements d'éleveurs et d'agriculteurs (Fugea) appelle à maintenir les praires permanentes et au raisonnement vers une consommation de viande locale. Dans sa lettre de juillet 2019, la plate-forme wallonne pour le Giec - dont fait partie le climatologue et ancien vice-président de ce groupe Jean-Pascal van Ypersele - estime aussi qu'il est essentiel de maintenir les écosystèmes agricoles qui stockent du carbone. En particulier, en Wallonie, il faut stopper la diminution des surfaces des prairies permanentes pâturées, qui constituent un puits significatif de CO2", expliquent les experts wallons.

La surface de prairies permanentes en Wallonie a baissé de plus de 11% en neuf ans, passant de 341.268 hectares en 2008 à 302.533 hectares en 2017.

"Un manque de soutien aux éleveurs locaux, liés au sol et en autonomie fourragère sur leur ferme se traduira inévitablement par une augmentation des pertes de prairies, effet inverse de celui recommandé par le Giec", souligne la Fugea.

Cette dernière et la plate-forme wallonne partagent également l'idée que des mesures doivent être prises au cas par cas.

Enfin, la fédération demande à "contextualiser les appels à diminuer notre consommation de viande. En Wallonie, du point de vue de la question climatique, la Fugea appelle avant tout au raisonnement vers une consommation de viande locale, liée à l'herbe et issue de fermes en autonomie fourragère".