Greta Thunberg a été accueillie comme une star par les quelque 3.400 personnes réunies ce vendredi. 

"Le coronavirus ? On en a moins peur que du réchauffement climatique". Les manifestants donnent le ton ce vendredi 6 mars au Carrefour de l'Europe. La journée est particulière pour les militants écologistes. Ces derniers s'apprêtent à accueillir l'égérie de leur lutte, Greta Thunberg. Alors, pour beaucoup, les inquiétudes quant au Covid-19 s'évaporent à l'idée de marcher dans les rues de Bruxelles avec leur "héroïne". Plus encore, certains manifestants considèrent que l'épidémie constitue une véritable "farce", en comparaison avec le dérèglement climatique. C'est le cas de Luc, 47 ans, venu spécialement d'Anvers pour cette nouvelle grève pour le climat. "Je ne porte pas ce masque parce que j'ai peur, ironise-t-il. C'est pour rigoler, il y a beaucoup plus de problèmes que juste le coronavirus". Mais l'homme est toutefois conscient que la propagation du virus en Belgique a un impact négatif sur la mobilisation de ce vendredi. "Cela joue, c'est certain, des personnes ont dû craindre les contaminations, admet Luc. Mais il y a également le fait que nous organisons ces marches depuis plus d'un an, certains sont peut-être fatigués"



Même son de cloche du côté d'Aurore, 24 ans. Cette auto-entrepreneuse n'hésite pas à faire part de sa déception. "Je pensais vraiment qu'il y aurait plus de monde, regrette-t-elle. La venue de Greta Thunberg me semblait être un énorme coup de com'. Je pensais que ça allait attirer les gens". Seule de son groupe d'amis à encore faire le déplacement, Aurore estime qu'il est malgré tout encore important de se mobiliser. "On est toujours dans le déni, estime la jeune femme. c'était pourtant l'occasion de marquer le coup avec les discussions sur le green deal".  

À quinze heures, pourtant, le Carrefour de l'Europe n'arrête plus de voir arriver les militants. La pluie est également au rendez-vous, mais ceux qui se sont fait attendre sont bien là, parapluies à la main. Selon la police, quelque 3.400 personnes sont réunies. Le désormais célèbre slogan "climate justice" et "plus chaud que le climat" résonnent sur la place. Le cortège se met en route, mais une question est sur toutes les lèvres: où est Greta ? 


Le phénomène Greta 

Si sa venue est "symbolique" pour beaucoup d'entre eux, elle n'en est pas moins importante. "C'est la star et j'espère que cela va continuer à faire venir les gens aujourd'hui", se réjouit Antoine, 24 ans. Le Bruxellois ne pouvait pas mieux dire. À l'arrivée de la militante suédoise, c'est la cohue. Revêtant son traditionnel manteau bordeaux, son bonnet blanc et sa tresse, Greta Thunberg se retrouve très vite encerclée par les manifestants et les journalistes. Tout le monde se pousse pour apercevoir la Suédoise qui, par sa petite taille, semble prise au piège de cette incroyable popularité. Une jeune fille tente de s'approcher de la célèbre militante, un panneau en son honneur à la main. "Thank you! You are my (s)hero", peut-on lire sur l'écriteau.

© M.R.


D'autres souhaitent quant à eux un cliché de l'écologiste. Mais il leur faut pour cela passer la barrière de journalistes qui se sont agglutinés devant Greta. "C'est quoi cette gonzesse, c'est le pape?", entend-on même dans la foule. Fatiguée, la Suédoise demande alors aux journalistes d'arrêter de la photographier afin que les militants et elle puissent continuer à avancer.  La police intervient et se déploit en "flèche" pour tenir un peu plus éloignée la presse qui est présente en nombre. Le ton monte un instant entre les journalistes et les forces de l'ordre. "Laissez-nous faire notre travail", se plaignent les photographes. Mais même si la tension persiste, le calme revient petit à petit.  

    

Enthousiasme et déception

Les militants ne semblent en rien décontenancés par cet intérêt univoque pour la Suédoise. "C'est elle le symbole du mouvement pour le climat", estime-t-on dans les rangs de la marche. Est-ce que cela va changer quelque chose? Sur ce point-là, les militants semblent moins enthousiastes. "Cela me décourage un peu de voir qu'un an plus tard, nous sommes encore dans la rue et rien n'a vraiment changé", explique une jeune fille. Mais pour la plupart, leur présence et celle de nombreux autres Belges prouvent que la mobilisation n'est pas prête de s'arrêter. "Nous avons quand même pu constater qu'avant qu'il y ait un mouvement climatique, il n'y avait pas de décision politique sur le sujet. On a quand même réussi à amener le réchauffement climatique sur la tables de négociation de nombreux pays", positive Merlin, 27 ans.  

Une chose est en tous cas sûre: le Green Deal, présenté par l'Union européenne ce mercredi 4 mars devant Greta Thunberg, n'a convaincu aucun des participants à la marche de ce vendredi. "Ce n'est pas du tout assez par rapport à l'ampleur des problèmes qu'on a, regrette Merlin. Il faut aller beaucoup plus loin que ce qui est mis en place aujourd'hui"

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