"Fumée blanche", annonce-t-elle via communiqué, en milieu de journée. Pour la première fois, la Belgique, via la voix de son Premier ministre Alexander De Croo, prendra donc position en fin de semaine au sommet européen des chefs d'Etat et de gouvernement, en faveur de cette hausse des ambitions climatiques de l'UE telle que proposée par la Commission européenne.


Le cabinet Khattabi parle d'une collaboration "constructive" avec les autres niveaux de pouvoir, même si la ministre flamande compétente Zuhal Demir (N-VA) a, le même jour, tempéré l'enthousiasme de la ministre écologiste. Cette dernière parle sur Twitter de "désinformation" dans le chef de la ministre fédérale, soulignant que des conditions "importantes et strictes" devront être remplies pour que la Belgique soutienne formellement le nouvel objectif 2030.


Ce fait n'est pas contredit du côté de la ministre Khattabi, qui elle-même indique via communiqué que la Belgique mettra en avant "des points d'attention importants", comme le fait que "l'objectif doit être réparti entre les Etats membres sur une base équitable, de solidarité et tenant compte du coût-efficacité".

Des sources proches du gouvernement flamand confirment que c'est bien cela que vise la ministre Zuhal Demir: la Flandre ne veut soutenir l'ambition 2030 à -55% que s'il y a une "flexibilité internationale" et que l'effort est réparti en tenant compte des réalités locales de "coût-efficacité". Pour le moment, ces deux choses ne sont pas encore citées dans le projet de conclusions du sommet de jeudi et vendredi, où Charles Michel espère recueillir l'adhésion des 27 à l'objectif de -55%.

Actuellement, l'UE est engagée sur un objectif de -40% d'émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030. Elle veut revoir cette ambition à la hausse, dans le cadre du "Green Deal", élément central de la politique de la nouvelle Commission. Le Parlement européen s'est quant à lui prononcé en faveur d'une diminution de 60% des émissions d'ici à 2030, tandis que de nombreuses ONG pointent qu'il faudrait en réalité viser -65% pour avoir des chances de respecter les principes de l'Accord de Paris, qui fête cette semaine son 5e anniversaire.

L'objectif actuel (contraignant) de -40% (par rapport à 1990) est réparti entre Etats sur base du PIB par habitant, pour que les pays les plus riches contribuent davantage à l'effort que ceux ayant moins de moyens. Ce calcul a abouti à un objectif minimal 2030 de -35% pour la Belgique, par rapport à ses émissions de 2005.

Pour la Flandre, ce calcul basé sur le PIB par habitant ne peut pas continuer. "Pour le moment, dans le projet de conclusions, on ne parle de nouveau que de solidarité, et on risque de se retrouver dans le même scénario", critique-t-on au cabinet Demir. "Un effort d'un milliard d'euros aurait par exemple plus d'effet en Roumanie ou en Pologne que chez nous". Pour ce qui est de la flexibilité internationale, la Flandre veut garder la possibilité d'acheter des droits d'émission à l'étranger, et souhaite même étendre ce système.

Si les ambitions 2030 sont revues à la hausse, comme ce sera probablement le cas, le gouvernement flamand annonce déjà la couleur: il ne changera pas son propre objectif, mais souhaite que ce soit le fédéral qui se charge des efforts supplémentaires, via des baisses de TVA ciblées et une rénovation des bâtiments publics.