Environnement

La décarbonation de l'économie pourrait avoir des conséquences sociales néfastes importantes si elle reposait sur un changement massif d'usage des sols, avertit jeudi Pierre­-Marie Aubert, coordinateur de l'initiative Agriculture européenne à l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). 

Le groupe d'experts de l'ONU pour le climat (Giec) avance en effet cette solution dans son rapport spécial grâce notamment à la reforestation à grande échelle. "Ainsi, trois des quatre scénarios 'archétypaux' proposés (...), reposent sur un développement poussé des bioénergies, sur de la reforestation à grande échelle, ainsi que sur des projets de 'Bioenergy Carbon Capture and Storage' (BECCS), projets technologiques actuellement non matures consistant à boiser de vastes espaces avec des essences forestières à croissance rapide, afin d'en exploiter la biomasse, de la brûler pour produire de l'énergie et de capter le CO2 émis au moment de la combustion pour le cristalliser sous forme stable", souligne l'Iddri.

La pression induite sur l'espace par de tels changements d'usages de terres aurait des conséquences "en termes d'accès au foncier, ainsi qu'environnementales, comme par exemple les risques liés à une intensification dramatique des pratiques agricoles et donc à un recours accru aux pesticides et fertilisants de synthèse, polluant en retour terre, air et atmosphère", estime M. Aubert.

Le rapport, établi par 107 scientifiques de 52 pays et approuvé par les délégations des 195 pays membres du Giec, avertit justement que les scénarios nécessitant d'importantes conversions de terres pour lutter contre le réchauffement pourraient avoir "des effets secondaires indésirables".

M. Aubert souligne encore l'extrême vulnérabilité des terres aux changements climatiques en cours et à venir, mettant particulièrement en péril les 40% de la population mondiale qui vivent sur des zones arides, où les effets attendus "sont les plus négatifs, notamment en termes de rendements agricoles et d'occurrence des événements extrêmes". Cette fraction de la population, en régions souvent peu développées, est "peu ou mal préparée à en subir les conséquences", insiste le coordinateur du think tank.