Le Parlement européen a rehaussé la barre posée par la Commission européenne. Cette dernière avait proposé, le 17 septembre dernier, que l’Union européenne réduise non pas de 40 %, comme c’est actuellement prévu, mais "d’au moins" 55 % ses émissions de gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2030 (par rapport au niveau de 1990). Selon la Commission, cette étape est un passage obligatoire si l’Union veut atteindre la neutralité carbone vingt ans plus tard, en 2050. Réunis en séance plénière à Bruxelles, les députés européens se sont, eux, prononcés, ce mercredi, pour que l’effort européen soit de 60 % de réduction des GES.

Cet amendement à la position du Parlement sur la loi climat a été adopté à une courte majorité : 352 votes pour 326 pour et 18 abstentions. Les Socialistes et Démocrates, les Verts, la Gauche unitaire européenne et les libéraux-centristes de Renew Europe ont voté pour cet objectif - même si dans le dernier groupe, les Open VLD Guy Verhofstadt et Hilde Vautmans ont voté contre.

Estimant, comme les Conservateurs et réformistes européens, (le groupe de la N-VA) que l’objectif de 60 % aurait un impact économique trop important, le Parti populaire européen (PPE, centre droit et droite) a voté contre l’amendement. Dans les rangs belges du PPE, les CD&V Cindy Franssen et Kris Peeters ont suivi l’avis du groupe, tandis que le CDH Benoît Lutgen s’est abstenu et que l’eurodéputé germanophone Pascal Arimont a voté pour.

"Personne n’a clairement expliqué comment les 60 % pourraient être atteints", a déploré l’eurodéputé Peter Liese, s’exprimant au nom du PPE, première force politique du Parlement. Le conservateur allemand a dénoncé un "vote tactique" qui vise à mettre la pression sur le Conseil (les États membres) qui doit encore arrêter sa position de négociation avec le Parlement européen.

Les eurodéputés doivent encore se prononcer, jeudi, sur l’ensemble de la loi climat proposée par la Commission. Les équilibres politiques ne devraient guère varier. Si ce n’est que le PPE, bien que jugeant "irréaliste" l’objectif d’une réduction de 60 %, optera cette fois pour l’abstention plutôt que pour l’opposition, a précisé Peter Liese.

Les États membres doivent encore arrêter leur position

En fixant un objectif plus élevé que celui proposé par la Commission, le Parlement européen va-t-il entraîner ou braquer le Conseil ? Le nouveau gouvernement belge souscrit à l’objectif d’une réduction de 55 % des émissions, mais certains États membres, ceux d’Europe centrale et orientale en particulier, le trouvent déjà trop ambitieux. En revanche, la Finlande et le Danemark seraient disposés à aller plus loin. Les Vingt-sept vont tenter de trouver une position commune lors du sommet européen des 15 et 16 octobre prochains. Plus vite dit que fait.