En Autriche, une piste de neige "recyclée" s’est ouverte sous 15 °C.

Un ruban de neige blanche dans un paysage d’automne vert et brun : le lancement précoce de la saison de ski sur une piste de Kitzbühel, ce week-end, a fait naître un vif débat entre militants pour le climat et responsables de la célèbre station autrichienne.

Pour les passionnés de ski, et notamment les jeunes compétiteurs de la région, pouvoir skier dès le mois d’octobre est "une chance à ne pas manquer". Pour les défenseurs de l’environnement, c’est "juste grotesque à l’ère de l’urgence climatique".

La controverse a enflé jusqu’à l’ouverture : alors que les températures en montagne flirtaient avec les 15 degrés sous un soleil éclatant, les efforts allaient bon train, sur les pentes du Resterkogel, pour préparer la piste de 700 mètres de long et 60 mètres de large composée de neige recyclée et déposée sur l’herbe, à 1 800 mètres d’altitude.

Pas question d’utiliser les canons à neige, le temps n’étant pas assez froid : la station a recours à la technique du snowfarming qui consiste à stocker l’or blanc d’une saison sur l’autre. La neige est amassée durant l’hiver à proximité des pistes puis protégée par une bâche isolante jusqu’à l’année suivante où elle peut être réutilisée. De nombreuses stations des Alpes autrichiennes, suisses et françaises, ont recours à cette alternative pour assurer des débuts de saison de plus en plus incertains.

Station culte

"On économise de l’eau et de l’énergie puisque c’est de la neige que nous n’avons pas à produire. Sur 38 500 m3 stockés l’hiver dernier, nous avons limité la fonte à 13 % durant l’été", fait valoir Josef Burger, gestionnaire de la station.

Pour la cinquième année d’affilée, la piste du Resterkogel est la première de Kitzbühel à ouvrir dès octobre. Hors les glaciers autrichiens, où la saison a déjà commencé, c’est aussi la première du pays. La demande des skieurs est forte, assure la station, théâtre annuel de la plus mythique descente de la Coupe du monde de ski alpin.

Dimanche, sous un voile de nuages et une température de 12°C, Ina Postma, une touriste néerlandaise a profité de ce lancement précoce avec son fils "un très bon skieur qui voulait être là dès le premier jour". Ce dernier reconnaît que la neige est "difficile car il fait chaud".

"Ce tourisme de ski au forceps n’est pas celui dont le Tyrol a besoin", se sont irrités à la veille de l’ouverture des représentants locaux du parti des Verts.

Écologie et économie

"Ce ne sont pas des températures pour skier. C’est dramatique au regard des débats sur le climat de continuer à faire n’importe quoi avec l’énergie fossile", a renchéri Josef Scheinast, un porte-parole des Verts de la région de Salzbourg. Il met notamment en cause le bilan carbone des engins de chantiers intervenus pour préparer la piste.

Josef Burger, le chef de la station, rejette une critique "qui manque d’objectivité" : "Je peux entendre qu’une piste blanche au milieu de l’herbe ne plaise pas, mais ce que nous faisons est pertinent écologiquement et économiquement". L’enneigement du Resterkogel a reçu l’approbation des autorités de protection de la nature, défend-il.

Pour l’organisation WWF, c’est "tout le tourisme d’hiver qui est à repenser" dans le pays. Il faut "renouer avec les origines des sports d’hiver connectés à la nature et sans mauvaise conscience". La controverse pourrait s’amplifier alors que les Verts d’Autriche ont enregistré une poussée aux récentes législatives et discutent avec les conservateurs de Sebastian Kurz, vainqueur du scrutin, d’une entrée au gouvernement.

Ancré dans la culture autrichienne, le ski est pourvoyeur de 99 000 emplois dans le pays, qui est la destination numéro un des sports d’hiver en Europe. (AFP)