Le Fonds mondial pour la nature (WWF) a annoncé le lancement d'une enquête « indépendante » chargée d'examiner les allégations d'exactions commises par des gardes forestiers financés et équipés par l'organisation.

 Ces accusations ont été rapportées par le site BuzzFeed. Selon l'enquête du site d'information, publiée lundi et qui porte sur les pratiques antibraconnage dans six pays, le WWF aurait financé « des forces paramilitaires brutales » qui « ont torturé et tué des gens » en Asie et en Afrique. « Le personnel de terrain de l'association en Asie et en Afrique a organisé des missions de lutte contre le braconnage avec des troupes de choc connues pour leur brutalité, et a approuvé une proposition visant à tuer des intrus rédigée par un directeur de parc qui a présidé à l'assassinat de dizaines de personnes », ajoute BuzzFeed.

Le site, qui a enquêté pendant un an et réalisé plus d'une centaine d'entretiens, affirme que le WWF a fourni aux « forces paramilitaires des salaires, une formation et des équipements - y compris des couteaux, des jumelles de vision nocturne, du matériel anti-émeute et des matraques - et financé des raids sur des villages ». L'organisation aurait notamment contribué à l'achat d'armes auprès de l'armée centrafricaine.

Réagissant dans un communiqué, le WWF a indiqué qu'il prenait « toutes les allégations au sérieux » et qu'il ordonnait la création d'un « examen indépendant chargé de passer en revue les cas mentionnés » par BuzzFeed, à qui il demande de partager toutes ses preuves.

« Nous avons des politiques rigoureuses conçues pour garantir que nous et nos partenaires protégeons les droits et le bien-être des peuples autochtones et des communautés locales dans les lieux où nous travaillons », a souligné l'ONG, s'engageant à prendre des mesures rapides si des faits sont confirmés.

Les premières accusations en 2017

« Comme tout le monde, je suis évidemment choqué par les faits qui sont avancés », commente de son côté Antoine Lebrun, le directeur général du WWF-Belgique.

En 2017, l'ONG avait déjà été accusée de violations des droits humains « systématiques et généralisés » envers les populations de Pygmées au Cameroun, en République démocratique du Congo et en Centrafrique. « Mais ici, il y a beaucoup d'accusations qui sont nouvelles et dont j'entends parler pour la première fois. Je n'ai pas les informations pour me prononcer sur leur véracité, mais vu le nombre de documents joints à l'enquête de BuzzFeed, on peut supposer qu'il y a des faits derrière qui sont réels. Il faudra voir ce qui s'est passé concrètement et si tous ces faits sont confirmés », poursuit notre interlocuteur.

La réalité du terrain

Sur le terrain, éclaire encore M. Lebrun, travailler dans des aires naturelles protégées présente toujours des risques. « Dans de nombreux endroits dans le monde, on doit faire face à des braconniers qui ont des moyens militaires pour s'emparer des défenses d'éléphant ou des cornes de rhinocéros, par exemple. Donc forcément, les Rangers sont aussi équipés en fonction des risques auxquels ils sont exposés. »

Si le WWF assiste les autorités locales, il n'est jamais en charge de l'exécution de missions de maintien de l'ordre, ajoute-t-il, car celles-ci relèvent de la compétence des autorités nationales. «Chaque pays peut avoir son système de gestion, mais dans les cas les plus fréquents, ce sont des fonctionnaires d’État qui ont un statut similaire à celui de policier. Nous, nous sommes toujours dans ce que l'on appelle une mission de co-management. C’est-à-dire que nous apportons les fonds pour la protection de l'aire protégée et que l'on fait de l'appui technique - sous la forme de formation pour des monitorings d'espèces, par exemple. Nous pouvons aussi financer l'achat de certains équipements. Cela peut-être des vêtements, des motos, des voitures, du matériel de communication, comme c'est le cas au Cambodge que je connais bien, mais jamais des armes évidemment. S'il se vérifie que de l'argent a été utilisé pour acheter des armes à des groupes armés pas très recommandables en République centrafricaine, c'est tout à fait en dehors des règles du WWF et des sanctions devront être prises. C'est n'est absolument pas normal. »

Bien que certains contrôles soient effectués, précise encore Antoine Lebrun, il est impossible de surveiller tous les jours ce qui se passe sur le terrain. « On ne peut jamais exclure qu'un projet local ne respecte pas les règles. »