Inspiré de l’émission radio et télé “Les Belges du bout du monde” présentée par Adrien Joveneau à la RTBF, le concours des Trophée des Belges du bout du monde vise à récompenser nos compatriotes expatriés qui font briller la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’étranger. Les lecteurs de La Libre et les auditeurs de la RTBF sont invités à voter pour leur candidat préféré parmi neuf finalistes dans trois catégories : nature/écologie, solidarité et culture/art de vivre. Les trois lauréats finaux – un pour chaque catégorie – seront choisis par le public et un jury. Vous pouvez donc voter dès ce samedi 26 septembre via un formulaire spécial sur notre site lalibre.be.

CATEGORIE SOLIDARiTE

Le berger devenu chirurgien : Mitiku Belachew (Ethiopie)

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Un parcours de vie qui vaudrait un livre. Et Mitiku Belachew a d’ailleurs écrit son autobiographie, dont la version anglaise (après une française) est prête à être imprimée. Cet homme de désormais 68 ans a passé son enfance comme berger dans un petit village des montagnes d’Éthiopie, et n’a commencé à aller à l’école qu’à 12 ans pour au final devenir un chirurgien de pointe, travaillant en Belgique. Il fut ainsi le premier au monde à réaliser la pose de l’anneau gastrique par laparoscopie. Désormais, il est à la retraite et partage son temps entre l’Éthiopie et la Belgique. Mais il est loin de se reposer !

Opérations délicates

Il a mis sur pied une ASBL avec des amis chirurgiens, et il se déplace dans les hôpitaux d’Éthiopie pour mener les opérations spécialisées et surtout former les équipes locales à le faire. Il aussi fondé une école dans son village, là où il n’y en avait pas quand il était petit. “Cela me plaît d’aider les autres, d’utiliser mon cœur et mes mains, de partager mes connaissances et mes techniques, c’est très gratifiant. C’est gratuit mais pas tant que ça, parce que ça me conserve !”µ


Un orphelinat pour Clara: Sandra Rousseau (Cambodge)

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Lorsque cette biologiste namuroise se rend en 1992 au Cambodge pour Médecins sans frontière, elle découvre les conditions de vie des enfants, dont certains sont vendus par des parents endettés, pour être exploités sous toutes les formes possibles. Elle retrouve ce Cambodge de cauchemar lorsqu’elle revient en 2002 pour adopter sa fille Clara. “Je voulais faire quelque chose pour les petites filles comme Clara, pour éviter qu’elles ne partent dans les réseaux de prostitution ou d’autres. Depuis 1992, je voulais sortir les enfants et les femmes des bordels.”

Scolarisation et accueil

Le responsable de l’orphelinat où se trouvait Clara suggère alors à Sandra Rousseau de créer sa propre structure. “Ptea Clara” (La maison de Clara, en khmer) sera inaugurée en 2009. Le premier objectif est d’aider les familles à scolariser leurs enfants et le deuxième, d’accueillir une cinquantaine d’enfants confiés, abandonnés ou en danger dans leur famille. Ptea Clara a aussi ouvert une crèche, afin de permettre aux mères d’aller travailler : “nous menons aussi un travail auprès de la communauté.”


Sur tous les fronts : Michèle-Zeneb Ouattara (Côte d'Ivoire)

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Michèle-Zeneb Ouattara est sur tous les fronts : éducation, culture, sport, santé, agriculture, commerce, artisanat, justice… Pour elle, l’un ne va pas sans l’autre. Débarquée il y a près de 45 ans en Côté d’Ivoire, cette professeur de mathématiques a fondé en 2006 la Fideps, la Fédération Internationale pour le Développement, la Paix et la Solidarité, l’objectif de promouvoir la solidarité entre les organisations qui se préoccupent du développement et de la paix. Elle partage son temps entre Abidjan et la “brousse”.

Coopérative, usine, marché, école….

Dans la forêt, elle a créé une coopérative et construit une usine de broyage de cacao financée par les planteurs locaux, elle est en train de bâtir à ses frais, une auberge écologique. Elle a encore d’autres projets sur place : développer un petit marché local, fonder une école des sciences de la terre. Et tout cela à 76 ans ! “C’est mon côté perfectionniste : je veux que les gens vivent bien, dans un endroit agréable, ça me donne de l’énergie pour me battre pour que ça arrive. Et c’est pas simple ! Je m’accroche, parce que quand on commence quelque chose, il faut aller au bout !”


CATEGORIE NATURE

Le coup de pouce Mékong Plus : Bernard Kervyn (Vietnam et Cambodge)

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Bernard Kervyn est l’âme de Mékong Plus, l’ASBL qu’il a fondée il y a un quart de siècle. Cet économiste a commencé “avec un budget de 4 000 euros”, collectés “auprès de la famille et des copains”. À présent, l’ONG est active dans plus de 1 000 villages au Vietnam et Cambodge. Elle pratique le microcrédit, qui permet par exemple à une famille de créer un potager ou de commencer à élever des poulets… Un petit coup de pouce qui permet de sortir de la pauvreté.

Difficultés économiques

Mékong Plus propose aussi du soutien scolaire, des initiatives pour encourager les petits fermiers à une agriculture moins polluante… Le Vietnam est des pays au monde les plus menacés par le réchauffement climatique et la hausse du niveau des mers. Cela entraîne la salinisation des eaux, qui peut pousser les fermiers à abandonner la culture du riz, pour celle de la crevette, très polluante. Au niveau économique, le pays souffre aussi fortement de la pandémie et l’association a donc lancé la fabrication de masques en tissus, afin de procurer une source de revenus alternative aux bénéficiaires.


Le monde du silence  : Pierre Lejeune (France, Corse)

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Pierre Lejeune est un amoureux de la nature. “Vivre en Corse, c’est vivre dans la nature, la vraie, encore préservé”, dit-il, car “cette montagne dans la mer” est peu peuplée, sans réellement d’industrie. En tant que biologiste marin, Pierre Lejeune passe une grande partie du temps sous l’eau, “cet autre monde”. “On change complètement d’univers ; on peut approcher les animaux de très près. On oublie le brouhaha de la surface. C’est le plus grand des dépaysements.” Mais Pierre Lejeune est un amoureux de la nature avec une mission : étudier ce qui la menace.

Changement climatique

Cette zone est en effet l’un des rares endroits très adaptés pour étudier les impacts du changement climatique, notamment sur le plancton océanique, “nourriture de tout ce qui vit en mer, de la baleine à la crevette” et que Pierre Lejeune voit se modifier. Les résultats sont analysés sur place, à la Stareso, station de recherche. Un petit morceau de Belgique puisque c’est l’Université de Liège qui l’a fait construire en 1967, avant que la station ne devienne corse. Son directeur, lui, est toujours belge : c’est Pierre Lejeune.

Zazou dans son nid d'aigle  : Elizabeth Umé (Maroc)

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Elizabeth Umé vit elle aussi au milieu d’une nature sauvage, dans le sud marocain, dans la région d’Agadir. “On est entourés par tous les éléments, il y a la montagne derrière, on travaille avec le vent, on a la mer en face. Des choses super fortes et qui apportent une énergie super belle.” Elle est aussi très attachée à la population locale berbère (“très proches de la nature”), dont est d’ailleurs issu son compagnon. Originaire de la région liégeoise, Elizabeth, dite Zazou, venait sur ces plages à 15 ans faire du surf et rêvait d’ouvrir son auberge. Et c’est ce qu’elle a fait !

Spot de parapente

Elle dirige le Nid d’Aigle, auberge de charme et spot de parapente. C’est en effet un lieu idéal pour ce sport. Le pic de la saison a lieu en ce moment, mais les touristes européens ne viendront pas cette année, en raison du Covid. Zazou s’attend donc à fermer provisoirement. La jeune femme se console en se disant qu’elle pourra pour une fois voler elle-même en parapente. Les autres années, elle travaille et doit d’habitude se contenter de voir ses clients décoller, à cette période idéale pour le vol libre.


CATEGORIE CULTURE

Au service des artistes : Jean-Claude Frisque (Burkina Faso)

© Vision associée

Charmé par le pays découvert en 1999 lors d’un reportage, Jean-Claude réside à Ouagadougou depuis 2002 où il travaille comme réalisateur, producteur et photographe. Par son métier, il tente de mettre en lumière ce pays et ses habitants, et en particulier ses artistes. “Je veux mettre mon savoir-faire au service du développement du pays. Et le développement, ça passe aussi par la culture.” Il réalise notamment des clips pour les chanteurs locaux. Parmi eux : le rappeur Smokey, cofondateur du Balai citoyen, mouvement politique populaire burkinabé, et dont Jean-Claude a mis en image l’une des dernières chansons, consacrée au Covid.

“Riche de sa créativité”

Le réalisateur est très attaché à ce pays, notamment pour les contacts humains. “Le pays est riche de ses rapports humains et de sa créativité. Il y a énormément d’artistes, d’artisanat ici…” Jean-Claude Frisque est déterminé à rester au Burkina Faso, même si celui-ci souffre fortement du terrorisme. “De nombreuses parties du pays sont en zones rouges, et près d’un million de personnes sont déplacées.”


"La création ultime"  : Benoît Debert (France, Bretagne)

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Un coup de foudre”. C’est ainsi que Benoît Debert décrit sa découverte, à 15 ans, du métier de luthier, alors qu’il vient faire réparer son violon dans une lutherie en Belgique. “La lutherie, c’est un travail des matières ; le bois, le vernis… On fait aussi le réglage de l’instrument… Qui est quelque chose de vivant ! Il faut le chouchouter, le bichonner.” Cependant lorsqu’il ouvre sa première boutique à Bruxelles, la rentabilité n’est pas au rendez-vous, vu le grand nombre de luthiers.

D'une planche brute à un instrument qui chante

Au même moment, l’épouse de Benoît regrette sa Bretagne natale. “C’était le bon moment pour partir à l’aventure”. Depuis environ 4 ans, il est donc installé dans les environs de Saint-Brieuc. Ici, inutile de dire que la concurrence n’est pas la même qu’à Bruxelles ! Il fait surtout des réparations et de l’entretien, pour des amateurs de musique. Quant à la fabrication, un luthier construit au grand maximum dix instruments par an ; il arrive à Benoît d'en fabriquer deux chaque année. “Passer d’une planche brute à un instrument qui sonne, qui vit, qui va chanter, de mon point de vue, c’est la création ultime.”


"Un métier d'une noblesse incroyable" : Olivier Paul-Morandini (Italie)

© Arnaud Bachelard

Olivier Paul-Morandini est un homme engagé. Il a d’abord milité pour la mise en place du numéro d’urgence 112 en Europe, et est à présent à l’origine d’un collectif citoyen de plus de mille domaines viticoes à travers l’Europe, qui milite pour la transparence dans le vin bio. Lui-même a quitté Bruxelles pour devenir producteur de vin bio en Toscane, sur la terre de ses ancêtres.

“Particularismes”

Pour lui l’alimentation et le vin est une partie fondamentale de la culture, “surtout en Italie”, et en particulier là où il se trouve, une région “de particularismes”. Dans cette région pauvre, la fierté des populations est en quelque sorte d’avoir un produit plus savoureux que celui du voisin. Que ce soit des anchois, du vin ou des tomates. D’autant qu’“ici, ça pousse facilement et ça pousse bon”. Lui-même, pour son vin, mise plus sur la qualité que la quantité. “Être vigneron, c’est la construction d’un goût, on va cultiver un certain type de sol, d’une certaine manière, on transforme la matière première (il y a mille manières de faire du vin)... C’est une activité d’une richesse et d’une noblesse incroyable.”