Les Nations unies ont publié ce vendredi un état des lieux des contributions nationales à l'accord de Paris. Pour rappel, dans le cadre de celui-ci, les pays signataires se sont engagés à actualiser et à communiquer tous les cinq ans les politiques et mesures qu’ils entendent mettre en œuvre au niveau national pour concrétiser l’objectif de ce traité, à savoir limiter la hausse de la température mondiale à 1,5°C.

Chaque Etat est ainsi invité à déterminer lui-même les actions qu’il s’engage à prendre dans une perspective de progression continue. Une formule dynamique basée sur le volontarisme qui vise à éviter de retomber dans les blocages du passé et à respecter les susceptibilités liées aux questions de souveraineté nationale.

Ces nouveaux engagements doivent être déposés aux Nations unies dans le cadre de la COP 26 qui devrait se tenir à Glasgow en novembre prochain. Un sommet climat qui a dû être reporté d’une année en raison de la pandémie de Covid-19.

Ces dernières semaines, les déclarations de bonnes intentions se sont multipliées dans la bouche de plusieurs acteurs majeurs : Union européenne, Chine, Japon, Etats-Unis… Mais celles-ci sont encore loin d’être toutes transposées dans des stratégies ambitieuses et opérationnelles.

Un énorme retard

"En 2021, ça passe ou ça casse pour l'urgence climatique mondiale. La science est claire, pour limiter la hausse des températures à 1,5°C, nous devons réduire les émissions de 45% d'ici à 2030 par rapport à 2010", a déclaré le secrétaire général de l'Onu, Antonio Guterres, soulignant qu’en l’état actuel des choses on était loin du compte.

Seuls 75 pays (dont les membres de l'UE) ont jusqu’à présent effectivement formellement notifié de nouveaux engagements, représentant seulement 30% des émissions mondiales. Selon l'ONU, l'impact combiné de ces nouvelles contributions constituerait moins de 1% de baisse des émissions d'ici à 2030 (comparé à 2010). Très loin des 45% nécessaires pour rester sous les 1,5°C comme l'ont estimé les experts du Giec.

"Les émetteurs les plus importants doivent présenter des objectifs de réduction des émissions bien plus ambitieux pour 2030 dans leurs contributions nationales bien avant la conférence climat de Glasgow", a insisté Antonio Guterres.

Tous les regards sont tournés vers la Chine, qui s'est engagée à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2060 mais n'a pas encore déposé de nouvelle contribution nationale (la CDN dans le jargon des experts) sur la table de l’Onu. Idem pour les États-Unis, dont le nouveau président Joe Biden, qui a fait du climat une de ses priorités, vient de revenir dans l'accord de Paris. Pékin dévoilera plus précisément son nouveau plan quinquennal le 5 mars, tandis qu’une annonce américaine est attendue le 22 avril à l’occasion d’un sommet climat organisé par la Maison-Blanche.

Selon une analyse réalisée par le réseau Climate Action Tracker, parmi les grandes économies qui ont soumis de nouveaux objectifs en 2020, seuls le Royaume-Uni, l'UE, l'Argentine, le Chili, la Norvège, le Kenya et l'Ukraine ont réellement relevé leur ambition. Le Japon, la Corée du Sud, la Russie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse et l'Australie ont tous présenté des plans qui n'améliorent pas fondamentalement l’objectif qu’ils s’étaient fixé en 2015. Quant au Brésil, il n'a pas fixé d'objectif de réduction des émissions pour 2030, ni prévu d'endiguer la hausse des taux de déforestation. La Russie, l’Australie et le Mexique figurent également au rang des cancres climatiques.