Planète

Bruxelles, championne du climat. Pas de la mobilité

Bruxelles, cette ville verte et pure où la plupart des travailleurs se rendent à vélo dans le bâtiment passif de leur employeur, avant d’aller faire un petit jogging en forêt et de déjeuner dans le parc voisin. Une réalité ? Pas vraiment Mais nous sommes sur la bonne voie, estime la Commission européenne qui dévoilait la semaine passée la liste des quatre villes finalistes pour le titre de Capitale européenne de l’environnement en 2015.

Face à Bristol, Glasgow et Ljubljana (lire ci-contre), la capitale de l’Europe pourrait donc être récompensée pour les efforts accomplis et encouragée à en faire davantage à la grande joie de la ministre régionale de l’Environnement, Evelyne Huytebroeck (Ecolo). "Pendant un an, la capitale européenne de l’environnement est une ville que l’on vient visiter, qui défend un concept, et qui se construit une belle image de marque avec des retombées économiques". Magnifique ! Mais qui nous a choisi ? Et sur base de quels critères ? "Le prix a été lancé il y a quatre ans et a déjà récompensé des villes comme Stockholm, Hambourg, Copenhague ou Nantes", ajoute Evelyne Huytebroeck. "Un jury d’experts scientifiques issus de différents pays européens départage les pays candidats sur base de douze critères environnementaux afin d’identifier la ville la plus avancée et les efforts qui ont été réalisés." Parmi ces critères : le climat, la mobilité, les espaces verts, la biodiversité, la qualité de l’air, la gestion des déchets ou encore le traitement des eaux usées. Huit villes étaient candidates. Bruxelles arrive en tête en matière de gestions du climat, des déchets, et du management environnemental. "Nous avons démontré qu’en 8 ans, Bruxelles a fait un énorme bond en avant dans le développement des espaces verts, et surtout, des bâtiments passifs", ajoute la ministre. "On a diminué la consommation énergétique par habitant de 22 % depuis 2004 grâce aux primes "énergie", et à la nouvelle législation qui impose à tout bâtiment public en construction ou en rénovation de se conformer aux standards ‘Passifs’."

Le défi de la mobilité

Pour ce qui est de la mobilité, en revanche, pas de quoi rouler des mécaniques. "Cela reste notre principal défi", concède Evelyne Huytebroeck. "Mais on avance, même si beaucoup d’efforts sur la congestion du trafic doivent encore être réalisés". A ce titre, COBRACE, le Code bruxellois de l’air et de l’énergie qui vise entre autres à réduire le nombre de places de parking sous-terrains dans les bureaux de la capitale "est un vrai pas en avant", estime Piet Van Meerbeek, chargé de mission environnement auprès du Conseil bruxellois pour l’environnement (BRAL, ASBL). "Mais il doit encore être approuvé par le parlement bruxellois, et le mécanisme prendra beaucoup de temps à mettre en place puisque les entreprises ne seront soumises au Code que lorsqu’elles devront renouveler leurs permis d’environnement. Le plan régional de mobilité entré en vigueur en 2009 (Iris II) était très ambitieux. Il nourrissait l’objectif de réduire de 20 % le nombre de déplacements en voiture d’ici 2018. Mais il ne nous reste que cinq ans, et à part Cobrace, il n’y a pas grand-chose. La politique régionale de stationnement censée le concrétiser n’est pas à la hauteur. Avec une carte de riverain à 5 euros et une deuxième à 50 euros, nous sommes de loin les meilleur marché d’Europe."

Tout le monde semble au moins d’accord sur un point : Bruxelles est bien la capitale la plus fournie des 27 en espaces verts. Mais ici aussi, l’effet d’annonce doit être relativisé puisque la Forêt de Soignes représente à elle seule près de la moitié des espaces verts bruxellois qui sont nettement moins présents dans le centre et le nord de la ville. Aujourd’hui, 4 % des déplacements infra-bruxellois se font à vélo. C’est un progrès, on était à 1 % il y a dix ans. Mais quand on sait que 62 % de l’ensemble des déplacements dans Bruxelles font moins de cinq kilomètres, le potentiel est énorme. "Si l’on veut vraiment changer les choses", ajoute le chargé de mission du Bral, "il faut mettre en place un système de payage à l’entrée de Bruxelles, et une politique de stationnement plus sévère. Là on aura des résultats et une qualité d’air correcte".

En dépit de ses réserves, l’association reconnaît toutefois que des efforts ont été faits. Entre 1999 et 2010, la part d’utilisation de la voiture dans les transports est passée de 50 % à 32 % alors que les transports en commun ont gagné 11 %. Et si ce statut de "capitale de l’Environnement" peut encourager autorités, citoyens et associations à aller plus loin et plus vite, pourquoi ne pas remporter cette finale !

Ljubljana, de la chute du mur à l’ère environnementale

"Nous sommes devenus un peuple "voiture-dépendant" après la chute du régime en 1991. Les gens ont acheté des voitures, une, deux, voire plus C’est devenu un véritable "symbole capitaliste". Ljubljana a été rapidement engorgée, puisque chaque matin 140 000 véhicules pénètrent dans la ville et s’ajoutent aux voitures des 280 000 habitants " L’adjoint au maire de Ljubljana, le professeur Janez Kozelj, est aussi l’architecte urbaniste qui a mené la croisade pour transformer la ville. Depuis quatre ans, les choix en matière d’infrastructure urbaine ont radicalement changé, la voiture n’est plus au centre des aménagements. "Nous avons commencé par rénover la ville, les bâtiments, et toutes les infrastructures souterraines. Ensuite nous avons fermé une grande partie du centre-ville aux voitures d’un seul coup, augmenté la zone interdite aux véhicules de 550 %, et forcé la population à apprécier cette nouvelle qualité de vie, la reconquête des espaces publics."

Sur le célèbre triple pont du centre de Ljubljana, les voitures ont donc fait place aux vélos et aux piétons. La ville a dépensé trente-cinq millions d’euros pour construire sept nouveaux ponts uniquement accessibles aux piétons et aux vélos.

Entraînés par les 60000 étudiants qui fréquentent l’université dans la capitale slovène, les habitants ont changé leurs habitudes. En quelques mois, les vélos publics mis à disposition par les autorités communales ont connu un succès fou. Après un an de mise en service, 40000 personnes les utilisent ! "La première heure est gratuite, donc certains peuvent faire leurs courses au marché du centre, remettre le vélo à l’arrêt du bus sans dépenser un euro !", explique Zdenka Simonovic, la coordinatrice du plan mobilité. Elle gère aussi les relations avec les autres villes européennes qui appartiennent au programme "Civitas Elan", un programme qui finance des idées concrètes pour améliorer la mobilité durable dans plusieurs villes. "Civitas Elan a financé l’installation des panneaux électroniques qui indiquent l’heure exacte de l’arrivée du bus, c’est l’Europe également qui paie le salaire de notre coordinateur "Vélo" Mais ce qui nous aide réellement c’est la confrontation permanente avec d’autres villes européennes. Je rêve des rues prioritaires pour les cyclistes comme à Gand !", ajoute-t-elle.

A Ljubljana, les jeunes sont convaincus que la ville a fait le bon choix, comme Milan, un étudiant que nous rencontrons près de la gare : "Les problèmes existent encore, mais depuis qu’ils ont fermé le centre, la ville est beaucoup plus agréable. La plus grosse erreur a été commise en 1961 quand "le régime" a supprimé le tram pour le remplacer par des bus polluants, à l’époque cela s’appelait le progrès..." Les autobus roulent aujourd’hui au bio-diesel ou au méthane. "En 2020 nous espérons que 30 % des habitants se déplaceront à pied ou à vélo, que 40 % utiliseront les transports publics", ajoute l’architecte de la mairie, plein d’espoir. "Les hommes actifs dans la quarantaine et la cinquantaine sont les plus difficiles à convaincre. Ils aiment le confort de leur voiture et n’aiment pas le bus. Les jeunes et les femmes acceptent plus facilement de changer leurs habitudes", explique Zdenka Simonovic. Une attention toute particulière a été accordée aux personnes âgées, le plan de mobilité a bouleversé leur vie, car le bus ne peut plus entrer dans la vieille ville, au risque de les priver de leur marché quotidien. Pour y remédier, le maire a inventé, le Kavalir ! Ce qui signifie, cavalier, gentleman Le Kavalir est tout simplement une grande voiture de golf, peinte en vert pomme. En peu de temps, ce véhicule est devenu la coqueluche des anciens à Ljubljana. Le Kavalir sillonne le centre-ville gratuitement, et qui veut rejoindre l’arrêt du bus le plus proche lève la main pour monter dans le véhicule. A Ljubljana, la révolution verte est vraiment en marche, et la ville espère qu’en 2020, 70 % des habitants auront abandonné totalement l’usage de la voiture !