Onze experts internationaux déclarent que "le changement climatique accroît le risque de conflits armés". La Libre a recueilli la réaction de François Gemenne, spécialiste des questions géopolitiques et environnementales et professeur à l’Université Libre de Bruxelles.

La revue Nature a publié ce mercredi une synthèse du rapport de ces spécialistes, parmi lesquels on retrouve des chercheurs de l’UAntwerpen. On y lit que le climat a influencé entre 3 et 20% des risques de conflits armés au sein d'un pays au cours de ces vingt dernières années.

En effet, si le réchauffement climatique est souvent abordé comme un événement à venir, ses conséquences conflictuelles sont déjà visibles dans certaines régions du monde. "Les conflits autour du lac Tchad sont liés à assèchement de celui-ci. Depuis plusieurs années, des populations qui dépendaient de l’eau de ce lac migrent vers d’autres terres et entrent en conflit avec d’autres populations qui cherchent, elles, à défendre leurs terres", explique François Gemenne. Des groupes de rebelles se greffent alors sur ces conflits. Le deal étant souvent la protection de vos terres contre de nouvelles recrues.

Selon les explications de Jean-François Maystadt de l'UAntwerpen à la revue Nature, même en cas de respect de l’objectif fixé par l’Accord de Paris – maintenir le réchauffement à 2 degrés par rapport à l'ère préindustrielle – le climat influencerait de 13% le risque de conflit.

Cependant, le rapport souligne que d’autres facteurs comme le développement socio-économique, les faibles capacités étatiques ou les inégalités ont clairement un impact plus important sur le risque de conflit. De son côté, le professeur de l’ULB estime qu’il est "extrêmement difficile de quantifier le risque car les différents facteurs sont profondément liés les uns aux autres et s’influencent mutuellement".

La relation de causalité entre le climat et les conflits armés ne date pourtant pas de cette semaine. Dans le domaine de la recherche, la littérature évoquait déjà ce lien entre le dérèglement climatique et les conflits en 1991. Les premières études se sont concentrées sur les impacts des mouvements de réfugiés sur l'environnement. D'autres, plus récentes, se sont principalement intéressées aux impacts des changements environnementaux sur les flux migratoires.

"Depuis l’attribution conjointe du prix Nobel de la paix à Al Gore et au GIEC en 2007, des experts de la Défense s’y intéressent et ont compris que le changement climatique affectait les questions de défense et de sécurité", rajoute François Gemenne. Selon lui, "nos facultés d’anticipation vont déterminer notre capacité à éviter ce risque de conflits". Il insiste sur la dangerosité de la "représentation de ces conflits comme une fatalité irréversible".

Pour François Gemenne, "on est encore dans une phase de prise de conscience. On comprend que la question du dérèglement climatique n'engendre pas seulement une transformation de l’environnement et de l’écosystème, mais également une profonde transformation de société".