Planète Le footballeur Eric Abidal est à nouveau cadre de l’équipe de France, et son retour chez les Bleus a été salué par tous, y compris après son premier match le 14 août contre les Diables. Beaucoup le voyaient déjà à la retraite. En mars 2012, l’international français, souffrant d’un cancer, a subi une greffe du foie. Mais il est de retour sur les terrains (depuis avril à Barcelone et désormais à Monaco), au meilleur de sa forme. Cet événement n’étonne aucun des participants belges aux “Cordées de la Solidarité”, à Chamonix depuis la semaine dernière. Leur objectif est de réaliser, avant le 12 septembre, l’ascension du Mont-Blanc.

Parmi eux, il y a 4 greffés, qui pratiquent le sport intensivement. Exemple : Alain Dabe, sportif de haut niveau, qui, depuis sa greffe du pancréas, a couru plusieurs marathons et réalisé l’ascension de trois sommets majeurs. Le Mont-Blanc sera pour lui une formalité. “Ça ne me fait pas peur ! J’ai fait le Mont Rose (4 600 m) il y a peu…” Un de ses compagnons de cordée sera Laurent Visart, greffé du rein, et adepte du surf, y compris en plein hiver, “avec une eau à 4 degrés”. Gilles Simoens, transplanté du foie, fait, lui, 8 heures de cyclisme par semaine, “par goût”.

“Réserve” cardiaque et musculaire

“Il est vrai que ces greffés ont été “triés” pour être capables de ce défi, mais le but d’une greffe, c’est de retrouver une vie normale”, souligne le Pr Pirenne, chirurgien transplanteur à la UZLeuven, et qui fera partie des “Cordées”. Ils se sont entraînés : deux-trois heures de jogging par semaine, une nourriture saine… Mais comme n’importe qui préparant une telle ascension. Le sport, c’est important pour tout le monde, mais encore plus pour une personne greffée. Faire de l’activité physique aide à récupérer plus rapidement d’une greffe. Après une chirurgie lourde, si on fait de la course, de la marche, du vélo, on récupère mieux. Après une greffe, si le patient reste sédentaire, il peut risquer un excès de poids, l’hypertension artérielle…”. Mais la condition physique est aussi un atout au moment de la transplantation. “Lorsque la condition physique d’un patient est bonne, il supporte l’opération d’autant plus facilement. On dit d’ailleurs aux patients en attente de greffes d’essayer de maintenir leur condition physique un maximum.”

Les performances d’Alain Dabe ou le retour gagnant d’Abidal n’étonnent guère les médecins. Il existe des précédents de patients greffés restés sportifs de haut niveau. Comme Chris Klug, snowboarder médaillé olympique après une greffe du foie, ou Kevin Jordan, base-balleur américain.

Quant à Abidal, “au départ, il était déjà en très grande forme, observe le Pr Abramowicz, médecin transplanteur à l’ULB et membre des “Cordées”. Il avait de la “réserve” cardiaque, musculaire. Quand vous avez une bonne condition musculaire, cardio-vasculaire, et que le corps doit subir des actes médico-chirurgicaux, vous récupérez plus rapidement. En outre, il est jeune !”. Le sport aide aussi  à adopter une attitude positive et à être plus conscient des enjeux d’une bonne hygiène de vie.

A Laurent Visart, la “solidité” de sa condition physique a par exemple permis de mieux supporter “l’entaille sérieuse” de l’intervention. Le sport l’avait aussi déjà habitué à une hygiène de vie stricte. A présent, il ne se refuse aucun effort sportif, mais reste vigilant : “En tant que greffé, on a une immunité plus basse, et donc, il faut tout de suite se soigner pour éviter les infections. Il faut être prudent avec l’hygiène de vie, l’alimentation, l’hydratation. Il m’est arrivé, en faisant du sport, de ne pas boire assez, et j’ai eu une infection urinaire. On doit, à vie, prendre des médicaments anti-rejet (immunosuppresseurs). Et ils ont des effets secondaires, comme de l’ostéoporose, une perte musculaire… Mais avec le sport, ils sont presque réduits à néant.” Le sport limite les effets toxiques de ces médicaments qui influent sur le glucose ou la pression, confirme le Pr Pirenne. “Quant à savoir si le sport améliore l’immunité, les données à ce sujet sont controversées.”

Etude sur des greffés en ascension

Mais il est prouvé que le greffé peut retrouver une condition physique optimale. Le Pr Pirenne a pu le démontrer à travers une étude, lorsqu’il a escaladé le Kilimandjaro avec 6 greffés hépatiques, en 2003. Les paramètres des participants ont été contrôlés : résistance à l’altitude, réponses cardio-vasculaires… Conclusion : aucune différence entre les greffés et le groupe de contrôle. “Il y a d’ailleurs davantage de sport qu’auparavant dans les programmes de revalidation après une greffe. Pour les greffés du cœur, c’était déjà évident, mais moins pour les greffes abdominales.”

“Après ma greffe du cœur, j’ai recommencé le sport, raconte Victor Van Campenhout, vice-président de l’association des greffés cardiaques et pulmonaires. Grâce aux deux, j’ai rajeuni de 20 ans !”.