Le folk éco-responsable de Saratoga

null

Gilles Toussaint

En tournée en Belgique cette semaine, le duo québécois s'illustre par son engagement écologique tout en douceur.


Leur nom ne vous est sans doute pas encore familier, mais en quelques mois à peine Saratoga s'est fait une jolie place sur la scène musicale québécoise. Fondé en 2015 par Chantal Archambault et son compagnon Michel-Olivier Gasse, le groupe est de passage en Belgique cette semaine. Il se produira au Rideau Rouge à Lasne jeudi soir, à L'Atelier C à Liège le lendemain, avant de clôturer cette mini-tournée par un concert privé à Ittre ce week-end.

Saratoga ce sont des textes joliment ciselés portés par un folk doux-amer. « La vocation du projet, c'était la simplicité. On voulait s'imposer le moins de contraintes possibles pour aller apporter la musique dans les maisons, explique Chantal Archambault, chanteuse et guitariste du duo. On a joué dans des salons, dans des cafés, dans des salles de petits villages qui ne sont pas nécessairement destinées à des spectacles en temps normal. »

Une démarche qui permet de créer une forme d'intimité et un lien particulier avec le public que « Gas », qui est aussi un « excellent conteur », aime titiller entre les morceaux. Le bouche à oreille a fait le reste.

Des tournées « zéro déchet »

Sans être militants, les titres de Saratoga - comme « Les grands remous » -­ sont empreints d'une certaine dimension contemplative, un appel à vivre pleinement les choses. « On ne veut pas être moralisateurs, souligne Chantal Archambault, ces chansons sont aussi des rappels à nous-mêmes. Mais la réalité c'est que nous sommes tous pris dans ces remous, coincés par nos modes de vie qui ne sont pas tenables. Tout va tellement vite que les gens ne prennent plus le temps de faire les choses et de mettre de la beauté dans ce qu'ils construisent. Ce qu'on veut faire passer c'est que l'on peut transcender certains trucs qui ne fonctionnent pas dans nos sociétés. »


Cet état d'esprit, le duo essaie aussi de le concrétiser lors de ses tournées qu'il veut les plus éco-responsables possibles. « Cela se traduit de façon très simple : quand on envoie nos attentes, on signale que l'on aimerait des produits avec le moins d'emballages possibles, des produits locaux. On ne veut pas de bouteilles d'eau, par exemple. On va s'arrêter pour manger plutôt que de prendre des trucs à emporter. Sur la route, on emmène nos propres bouteilles, nos tasses que l'on peut réutiliser. Ce ne sont pas des exigences de diva, mais juste une dynamique constructive pour amener les gens à réfléchir à leur façon de procéder et de consommer», poursuit notre interlocutrice.

Pour leurs déplacements, ils préfèrent un petit véhicule compact au traditionnel et encombrant pick-up. Une voiture qui est « pleine à craquer » une fois que la contrebasse y a pris place, sourit Chantal. Les itinéraires de tournée sont également étudiés pour éviter les kilomètres inutiles.

Autre démarche originale, le petit souvenir promotionnel proposé au public à la sortie d'un concert ne prend pas la forme du traditionnel t-shirt ou du petit sac fabriqué en Chine - « on n'a plus besoin de ça, tout le monde en a déjà trop » - mais d'un mouchoir lavable que la chanteuse fabrique elle-même en utilisant des tissus neuf ou recyclés. « C'est un objet utile dans plusieurs contextes, pour essuyer la bouche d'un enfant par exemple ». En outre, le groupe verse également une quote-part sur la vente de chacun de ses albums à une association qui milite pour la protection de la forêt boréale.

« On n'est pas parfaits », insiste Chantal Archambault , en sirotant son chocolat chaud. « On n'est pas fermés, on fait des compromis avec ce que cela induit de contradictions. Je ne vais pas refuser ce chocolat parce qu'on me l'apporte dans un emballage. Et si nous marquons notre préférence pour des repas végétariens, on ne veut pas mettre des gens mal à l'aise s'ils ont cuisiné de la viande ».

Leur démarche, observe-t-elle, est plutôt bien accueillie par les organisateurs de leurs concerts. « Ce n'est pas un effort pour eux, c'est juste que personne ne leur formulait ce genre de demande auparavant. On essaie d'initier ce mouvement et on sent que tout le monde embraie peu à peu, parce que finalement c'est logique. Cela demande peu d'énergie et à la limite ça coûte moins cher. »

Avec une dizaine d'autres groupes, Saratoga vient ainsi de s'associer au mouvement Artistes Citoyens en Tournée qui a pour objectif de promouvoir ces pratiques éco-responsables dans le milieu des spectacles. Tout en douceur.





null

Sur le même sujet