Plant C, le maillon vert

Face à la crise climatique et de la biodiversité, il est urgent de bâtir la résilience des territoires ruraux. La start-up Plant C veut apporter sa pierre en organisant le financement de la replantation de haies, de vergers, de taillis ou de bois.

Reportage

C’est un projet qui est né d’une frustration importante”, résume Aricia Evlard. Le vent qui balaie la Hesbaye ce mercredi matin ne semble pas avoir de prise sur le dynamisme de la jeune femme.Employée par l’asbl Valbiom, celle-ci travaille depuis plusieurs années à la sensibilisation et à la concrétisation d’initiatives visant à utiliser la biomasse (bois, résidus agricoles…) de façon durable pour la production d’énergie et de matériaux. Un domaine qui la passionne visiblement mais qui la laisse aussi sur sa faim. “Je suis en contact avec de nombreux porteurs de projet – agriculteurs, maraîchers, forestiers, propriétaires fonciers…- et on observe clairement une évolution de la prise de conscience. Pas mal de ces personnes souhaitent franchir le pas, mais finalement le dossier cale au moment de passer à l’action, la plupart du temps en raison d’obstacles financiers ou réglementaires”, raconte-t-elle. Or, “l’horloge tourne”. La crise de la biodiversité, celle du climat et plus récemment la pandémie, illustrent à souhait la nécessité de rebâtir des territoires ruraux résilients où la nature retrouve une place prépondérante. Et pour cela, “il faut replanter !”

Nouer des partenariats

Avec son collègue Lucas Gossiaux et Romain Ribéraud, elle s’est donc interrogée sur la manière de faire sauter ce verrou et trouver les financements permettant de concrétiser les projets. “Plutôt que de nous tourner vers une énième intraveineuse publique, on s’est dit qu’on allait regarder du côté des entreprises car on se rend compte qu’elles sont de plus en plus nombreuses à vouloir soutenir des projets à portée sociale et environnementale. Chaque année, plusieurs millions d’euros servent ainsi à financer des projets à l’étranger alors qu’il faut aussi préparer notre pays à cette résilience. Les sécheresses arrivent de plus en plus tôt, elles sont de plus en plus longues et plus fortes. On sent davantage l’impact des tempêtes et le Covid a montré la nécessité de disposer de notre autonomie en production locale et durable.”

Ainsi est née Plant C. Forte des compétences de ses cofondateurs – biologiste, bioingénieur et géographe spécialisé dans le développement territorial -, cette start-up veut être le chaînon manquant entre les acteurs de terrain et les entreprises ou les citoyens qui souhaitent leur apporter un soutien financier dans leurs efforts de revégétalisation.

Notre rôle est d’accompagner de coordonner le projet avec le bénéficiaire en l’aidant à définir ce qu’il souhaite et en le mettant en relation avec des prestataires de services retenus en fonction de ses critères et des nôtres. Nous veillons particulièrement à travailler avec des professionnels de confiance car la plantation doit être nickel pour durer dans le temps et être prête à faire face à des conditions environnementales qui n’existaient pas avant”, souligne Aricia Evlard.

Parmi le panel des options possibles figurent la plantation de vergers haute tige, celle de haies champêtres ou fourragères ou encore celle de taillis à courte rotation ou de miscanthus pour la production d’énergie. En partenariat avec la Société royale forestière de Belgique, Plant C propose également d’accompagner des projets de reboisement.

Plant C, le maillon vert
©Plant C

Complémentaire aux initiatives publiques

Pour financer ceux-ci, la start-up se tourne vers des entreprises – de l’artisan indépendant à la PME – qui souhaitent compenser leur empreinte carbone ou soutenir des projets qui ont un impact local. À celles-ci, elle garantit la qualité et le sérieux du projet dans la durée. “On n’est pas une agence de com’Nous veillons à ce que ce ne soit pas du greenwashing, ce n’est dans l’intérêt ni du client, ni du bénéficiaire”, insiste notre interlocutrice. Les particuliers, pour leur part, ont la possibilité de soutenir à la hauteur de leurs moyens un projet qui leur tiendrait à cœur via un e-shop proposé sur le site de la start-up.

Le bénéficiaire, précise Aricia Evlard, doit toujours s’impliquer pécuniairement- le cofinancement fluctue entre 20 et 80% - et “nous veillons à ce qu’il ne bénéficie pas d’un surplus de financement” s’il fait appel à d’autres programmes d’aides publiques, par exemple. Plant C, précise-t-elle, ne se veut d’ailleurs pas concurrente mais complémentaire des initiatives publiques comme celle portée par le gouvernement wallon.

Une fois la plantation réalisée, un suivi est assuré pour veiller à sa pérennité ou apporter des conseils d’entretien. Les fondateurs de Plant C souhaitent également établir des liens durables entre donateurs et bénéficiaires, en organisant par exemple des rencontres à la ferme.

Lancée fin octobre dernier, l’entreprise - qui a remporté le concours “Osez”entreprendre” -a connu un démarrage qui dépasse largement les espoirs de ses fondateurs. “Cela renforce notre conviction que nous sommes dans le bon”, sourit Aricia Evlard.

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Les haies tissent un lien entre la nature, l’agriculteur et le voisinage

Nichée dans le village brabançon de Perwez, la Ferme du Ponceau rassemble deux générations d’agriculteurs. Avec son épouse et ses beaux-parents, Thibaut Desmet y exploite une bonne centaine d’hectares de cultures et de prairies sur lesquels il cultive betteraves, céréales, maïs, pois et autres, tout en élevant du bétail pour la production de viande et de produits laitiers vendus directement à la ferme. Un bétail qu’il veille à nourrir au maximum avec des aliments issus de l’exploitation. “Je suis un des premiers à cultiver du lin oléagineux pour engraisser mes bêtes en circuit court, s’enorgueillit-il. Cela m’évite de devoir l’acheter en France. Je cultive aussi de l’orge brassicole pour la brasserie Valduc et je suis également membre de la coopérative ‘En direct de mon élevage’ qui propose de la viande aux supermarchés sans passer par des intermédiaires.”Autant d’exemples qui illustrent sa philosophie de travail : proximité, diversité, qualité et transparence.

Plant C, le maillon vert
©Christel Lerebourg

Remettre de la vie dans les campagnes de Hesbaye

Son dernier projet pourtant, n’a rien à voir avec une nouvelle diversification. Thibaut a en effet choisi de faire appel aux services de Plant C pour réimplanter plus de 800 mètres de haies sur des parcelles à proximité de la ferme. Une démarche qu’il entreprend “pour remettre de la biodiversité dans les campagnes”, explique-t-il. “Moi, je proviens de Beauvechain où la base militaire n’a jamais accepté de remembrements des terres. On a conservé des petites parcelles avec des haies, des fossés… Quand on se balade là-bas, on voit de tout : du petit gibier, des chevreuils, des oiseaux… Ici, dans les plaines de Thorembais-Saint-Trond, on a tout arraché lors du remembrementil y a trente ans. Il n’y a plus de vie”.

Au départ il souhaitait installer des arbres fruitiers pour pouvoir proposer aux voisins de faire leur cueillette, mais l’entretien et la taille se sont avérés trop compliqués à gérer. Il s’est donc rabattu sur des haies pour lesquelles il souhaite faire appel à des essences diversifiées, notamment des petits fruits rouges dont pourront profiter les promeneurs. Ces haies offriront également un coupe-vent et de l’ombre à son bétailtrès exposé aux aléas de la météo dans ces plaines dénudées. “J’ai aussi envie d’avoir des plantes mariant différentes couleurs et qui fleurissent à différents moments pour l’aspect paysager”, complète-t-il. Et s’il a choisi de se tourner vers Plant C plutôt que de faire appel à d’autres programmes de replantation mis sur pied par les pouvoirs publics, c’est parce que “les agriculteurs reçoivent déjà beaucoup d’aides et que celles-ci sont souvent liées à des contraintes difficiles à tenir. Je préférais un projet que je peux gérer à ma façon.”

La plantation de haies ne sera réalisée qu’à la fin de cette année, mais Thibaut est ébahi par l’accueil très positif déjà récolté par son initiative. “J’ai des clients qui sont venus retirer un colis de viande à la ferme et qui voulaient me donner 20 € pour les plantations”, sourit-il, expliquant que les haies sont aussi un moyen de retisser du lien avec la population et d’expliquer son métier qui souffre trop souvent d’une perception négative. “On n’a rien à cacher mais on ne doit pas travailler avec des œillères. Si je veux de l’avenir pour mon garçon qui montre des envies de poursuivre la ferme, ce n’est pas en allant contre les citoyens que je vais lui assurer. Je veux être à leur écoute et avancer avec eux.”