À vélo, le touriste réinvente le voyage: "L’avantage de ces itinéraires cyclistes, c’est qu’ils sont tous relativement abordables"

La pratique du vélo, de loisir ou utilitaire, est en forte croissance, poussée par la crise du Covid-19. Et s’il était aussi un moyen de voyager ? En selle sur l’EuroVelo 5, l’un des nombreux itinéraires traversant la Belgique.

Les dix-sept routes thématiques de l’EuroVelo étendent leur toile sur 90 000 kilomètres, traversant pas moins de quarante-deux pays du continent européen, du Nord au Sud et d’Est en Ouest.

L’EuroVelo 5 démarre dans le sud-est du Royaume-Uni, à Canterbury, pour rallier le sud de l’Italie, traversant ainsi sept pays, dont la Belgique. Quelque 3 200 kilomètres à parcourir, à l’image des pèlerins qui, il y a plus de mille ans, marchaient de l’Angleterre jusqu’à Rome avant de poursuivre vers Jérusalem en bateau. La “Via Romea Francigena” -c’est ainsi qu’on la nomme – permet de relier des institutions modernes et anciennes, serpente entre les cathédrales, les églises, les monuments et les musées…

À vélo, le touriste réinvente le voyage: "L’avantage de ces itinéraires cyclistes, c’est qu’ils sont tous relativement abordables"
©GUILLAUME JC


“L’avantage de ces itinéraires cyclistes, c’est qu’ils sont tous relativement abordables”, entame Charlotte Massagé, chargée de projets vélo tourisme chez Pro Velo – qui coordonne notamment les routes du réseau européen en Belgique -, la carte routière déployée sous les yeux, au cœur du parc du Cinquantenaire. L’itinéraire traverse en effet la capitale belge d’Ouest en Est avant de piquer vers le sud du pays, traversant les Ardennes.

Se mettre en selle

Si les routes balisées sont accessibles au plus grand nombre, il serait optimiste de s’y engager sans préparation ! “Cela passe par le matériel, le choix de l’itinéraire et… la pratique”, résume David Michel, mécanicien chez Pro Velo.


La première chose à faire – à l’évidence – est de choisir son vélo. “Le gravel (à mi-chemin entre vélo de course et tout terrain, NdlR) est plus sportif et impose de voyager léger, entame le mécanicien. Le vélo de voyage classique, muni d’un porte-bagages, permet au contraire de voyager avec plus de confort en ajoutant des sacs à l’arrière voire à l’avant du vélo.” En réalité, chaque pièce ou presque peut-être choisie en fonction du type de voyage et de performance recherchés : le cadre (plus ou moins lourd et résistant), les freins (à disque ou patin), les pneus (plus ou moins lisses et plus ou moins résistants aux crevaisons), les roues (taille et nombre de rayons), les pédales (avec ou sans clips pour fixer les chaussures, avec ou sans dents pour améliorer l’adhérence), le guidon, la potence (plus ou moins longue), la selle… Ceci sans compter le casse-tête de l’équipement !

“Une fois ces choix effectués, il est essentiel de rouler, rouler et rouler… afin de s’habituer au vélo, à la position, insiste David Michel. Et de réaliser un entretien complet avant le départ.”

Un réseau en pleine croissance

Ce matériel coûtant relativement cher, des acteurs le proposent désormais à la location. C’est le cas de la jeune ASBL Bike Packer, qui a vu le jour il y a quelques mois et dont l’idée remonte au confinement de mars 2020. Alors qu’elle s’en va régulièrement hors de Bruxelles pour rouler, et “retrouver (sa) liberté”, Olivia de Briey réalise que ses amis ne possèdent pas le matériel nécessaire pour l’accompagner. Elle et deux comparses mettent leurs expériences du voyage à vélo en commun et créent sur mesure des vélos destinés au voyage – du cadre en acier aux pédales en passant par la transmission et le guidon -, équipés de l’arsenal du parfait voyageur : sacoches adaptées au vélo – gravel ou classique – et selon les envies de confort ou de minimalisme ; kit de réparation et itinéraires testés et approuvés sous forme de fichiers GPX, lisibles par les logiciels de géolocalisation. “Nos itinéraires fonctionnent avec des points nœuds”, précise Olivia de Briey.

À vélo, le touriste réinvente le voyage: "L’avantage de ces itinéraires cyclistes, c’est qu’ils sont tous relativement abordables"
©GUILLAUME JC


Hormis cette offre sur mesure, les cyclistes peuvent désormais compter sur de nombreuses routes balisées, en Belgique et en Europe. C’est notamment le cas des Ravels en Wallonie, de la Balade verte en Région bruxelloise et des knootpunten en Flandre.

À côté de ces itinéraires s’est développée une offre importante en termes de logements, restauration et loisirs qui facilite indéniablement l’aventure des cyclistes. “Des labels existent, par pays ou par région”, précise Thaïs Baugniet, chargée de communication chez Pro Velo (“Bike friendly” à Bruxelles, “Bienvenue vélo” en Wallonie et “Where to stay” en Flandre). “Le réseau international ‘Warm shower’répertorie pour ceux qui choisissent le bivouac les lieux dans lesquels ils pourront bénéficier d’un espace pour planter leur tente, d’une chambre ou d’un canapé sur lequel passer la nuit, en plus d’une douche chaude”, complète Olivia de Briey. Ainsi, une communauté de cyclistes voyageurs nait-elle de ces échanges de services et de bons plans.

De plus, “un cyclotouriste dépense en moyenne davantage qu’un touriste en voiture”, soulève Olivia de Briey. “En conseillant des itinéraires de voyages en Belgique, et en indiquant les lieux touristiques et de loisirs à proximité, c’est aussi l’économie locale que l’on entend soutenir”, explique-t-elle.

“On découvre un autre monde”

Aujourd’hui, il est donc possible d’adapter son itinéraire en fonction de ses besoins, envies et capacités. “On peut par exemple choisir de parcourir 20 km ou 100 km en une journée, peu importe”, expose Mme de Briey. Et Thaïs Baugniet d’insister sur le fait qu’il “ne faut pas nécessairement être initié ou sportif pour entreprendre un voyage à vélo”. “Tout est modulable”, se réjouit la fondatrice de Bike Packer. Tant l’itinéraire que le rythme peuvent être adaptés au cycliste, offrant de nombreux atouts.

À vélo “on va moins vite que la voiture mais on est plus rapide que les piétons”, souligne-t-elle “Ce rythme permet à la fois une immersion dans les paysages – on a le temps d’observer, de sentir, d’entendre, mettant ainsi tous les sens en éveil – mais aussi de traverser en une journée des paysages extrêmement variés.”. “Alors qu’en voiture, on va le plus rapidement possible d’un point A à un point B, enfermé dans la bulle de l’habitacle, à vélo, on explore tout ce qui existe entre le départ et l’arrivée. Et c’est tout un monde que l’on découvre”, ajoute Charlotte Massagé. “En choisissant des chemins réservés aux cyclistes, on redécouvre autrement des endroits que l’on pensait bien connaître”, renchérit Olivia de Briey. Décidément, “le monde est plus beau à vélo !”, glisse tout sourire Charlotte Massagé.

S’il est question de découvrir un patrimoine culturel et naturel, le vélo est aussi un moyen pour aller à la rencontre des habitants des lieux traversés. “À vélo, on arrive sans bruit, on ne prend pas beaucoup de place, on respecte l’environnement, poursuit Charlotte Massagé, cela cadre bien dans des contextes locaux.” “On suscite la curiosité ou la pitié !”, s’amuse-t-elle encore. “Mais par-dessus tout, de la bienveillance et une certaine solidarité : on nous propose de l’eau, un café, un repas…” Autant de manières de créer du lien. “Le secret, c’est de planifier mais pas trop. C’est de se laisser porter par le voyage…”, estime-t-elle.

“La seule limite, c’est soi-même”, conclut Olivia de Briey. “Et si ça ne va plus, on met le vélo dans un train et on rentre !”

“Bike your travel”, la promo du voyage à vélo

Transition. Pro Velo s’est fixé pour mission de faciliter et renforcer la transition vers le vélo. Vélo utilitaire, “vélotaf” (pour se rendre au boulot) , de loisir ou de voyage, “les portes d’entrée sont multiples pour mettre le pied à l’étrier”, commente Thaïs Baugniet, chargée de communication de l’association. “Le tout est de semer des graines de cycliste.”

À vélo, le touriste réinvente le voyage: "L’avantage de ces itinéraires cyclistes, c’est qu’ils sont tous relativement abordables"
©GUILLAUME JC


Le voyage autrement. L’année écoulée, marquée par la crise du Covid, a vu le nombre de demandes de renseignements pour le voyage à vélo grimper en flèche, constate Pro Velo. “Le nombre de personnes qui envisagent le voyage autrement est en pleine croissance”, poursuit Mme Baugniet.

S’informer. Pro Velo accompagne donc cette demande en lançant sa campagne “Bike your travel”, comprenant une série d’événements liés au voyage à vélo et à sa préparation : expertise, témoignages, rencontres sur diverses thématiques comme les itinéraires, le matériel ou le budget. Autant d’activités organisées avec des organisations partenaires (Cycloo, Bike Packer…).