La Fabrique Circuit Court, le chaînon manquant pour les petits producteurs

La Fabrique Circuit Court réunit des ateliers de transformation coopératifs, des ateliers indépendants et des espaces logistiques. Le tout dédié au circuit court alimentaire. Un maillon essentiel pour les petits producteurs-artisans.

Ça a été un peu lent au démarrage, le temps que chacun trouve ses marques, mais finalement ça s’est bien passé”, commente, satisfait, Julian Kinard, bottes aux pieds, tablier noué à la taille et charlotte enfoncée sur la tête. Pour le lancement du Petit Abattoir coopératif, cinquante têtes ont été abattues. “La capacité devrait monter jusqu’à 500”, poursuit cet éleveur de poulets bio.

Des outils adaptés aux petits producteurs

Julian Kinard est l’un des quatorze éleveurs de volailles à désormais piloter cet abattoir tout juste sorti de terre dans un parc d’activités de Suarlée-Namur. “C’est le point de départ de la Fabrique Circuit Court”, retrace Benoît Dave. “Après la fermeture de l’abattoir d’Andenne, les petits éleveurs de la région cherchaient une alternative au grand abattoir situé à Bertrix, et qui soit adaptée aux élevages de petite taille et en plein air”, poursuit le co-directeur de la coopérative de producteurs et de consommateurs Paysans-Artisans. “Ce n’est pas dans nos gênes… mais on s’est lancé !”, Benoît Dave y décelant un nouveau moyen pour Paysans-Artisans d’accompagner le développement des filières et des producteurs.

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© VVVy


Une série d’activités sont ensuite venues s’y greffer, au gré des demandes et des besoins remontés du terrain par les producteurs, pour former la Fabrique Circuit Court, un pôle d’entreprises orientées circuit court alimentaire.

Dans ce hangar de quelque 3 600 m2, seront regroupés des ateliers de transformation coopératifs, des ateliers indépendants et des espaces logistiques. Le tout dédié au circuit court. L’objectif est limpide : “Donner aux producteurs primaires (maraîchage, produits laitiers, élevage) qui s’inscrivent dans une dynamique artisanale, des outils de transformation spécifiques et adaptés”, par opposition à ceux développés pour la production industrielle et dans lequel les petits producteurs ne trouvent pas leur place.

Un habitat groupé d’entreprises

La Fabrique Circuit Court rassemble ainsi en un seul lieu neuf pôles d’activité : trois ateliers coopératifs (un abattoir à volailles, une légumerie et une bocalerie-conserverie, toutes constituées en coopératives et pilotées par les acteurs qui sont directement concernés), cinq ateliers indépendants (une miellerie, un presseur de jus de fruit, un producteur de crème glacée artisanale, un atelier de découpe de viande et un traiteur) et Ethiquable, un distributeur de produits bio issus du commerce équitable. Au total, une trentaine d’acteurs-partenaires seront actifs sur le site d’ici la fin de l’année.

“La fabrique Circuit Court fonctionne sur le modèle d’un habitat groupé d’entreprises, explique Benoît Dave. Les occupants du site – regroupés en coopérative – gèrent les communs et sont garants de la continuité du projet ; ils mutualisent l’investissement et les outils et créent entre eux des synergies”. De nouveaux produits pourraient ainsi être entièrement conçus ici. C’est notamment le cas du vol-au-vent : Abattage, découpe de la volaille, nettoyage et découpage des champignons et du céleri, mise en bocal. La chaîne de production est ainsi complétée par l’essentiel maillon de la transformation, jusqu’ici manquant. Ce faisant, l’objectif est aussi d’assurer de nouveaux débouchés aux producteurs.

“Pour faire émerger un nouveau modèle agricole et alimentaire en circuit court, la commercialisation est un premier pas”, pense Thérèse-Marie Bouchat, codirectrice de la coopérative Paysans-Artisans, qui commercialise en direct les produits des producteurs. “Il faut aussi construire des filières complètes avec des producteurs, des transformateurs et des outils logistiques de distribution”, complète Benoît Dave . En ce sens, la fabrique Circuit Court constitue le chaînons manquant puisqu’elle permet aux producteurs et aux artisans-transformateurs de transformer les produits primaires eux-mêmes. “J’ai un regard sur le travail depuis le jour 1 du poussin jusqu’à l’emballage et suis ainsi certain que le produit final est de qualité, qu’il respecte les normes d’hygiène et le bien-être animal”, motive Julian Kinard.

Un point de bascule

“On assiste depuis une dizaine d’années à un point de bascule”, observe Benoît Dave. Celui qui voit se faire pressante la demande des consommateurs pour plus de transparence sur l’origine des produits qu’ils consomment et pour davantage de qualité. Soucis auxquels répondent les acteurs de la Fabrique Circuit Court. Les citoyens ont d’ailleurs été sollicités pour le financement de la Fabrique, pour compléter le capital des partenaires et les subventions publiques (Hall Relais, W.Alter, le ministère wallon de l’Emploi ainsi que celui de l’Environnement et du Bien-Être animal).

Le tout sera opérationnel début 2022. “On y intégrera ensuite une chocolaterie, un torréfacteur et un hub logistique de distribution d’un grossiste en circuit court”, anticipe Benoît Dave. “Et il y a encore plein d’autres outils à imaginer !”

De multiples acteurs pour plus d’inclusion

En tant que pôle d’animation territorial, la Fabrique Circuit Court est un acteur de mise à l’emploi.

C’est notamment en ce sens que la Coopérative Fabrique Circuit Court a créé un “groupement d’employeurs” permettant aux entreprises présentes sur le site de se partager le temps de travail de quatre ouvriers salariés et de leurs compétences en fonction des besoins soumis par les différents acteurs présents sur le site. “Les tâches seront variées : ils participeront à l’abattage des volailles, au lavage des bocaux, au nettoyage des entrepôts, à la préparation des commandes…”, détaille Benoît Dave, codirecteur de Paysans-Artisans et membre de la coopérative. Leur flexibilité est un atout indéniable, rendant “le modèle économique plus agile”.

Des femmes en formation à la Légumerie

Ces travailleurs voyageront entre les différents pôles d’activité et rencontreront, à la Légumerie, les ouvrières de l’entreprise d’insertion par le travail Forma, qui en est l’opérateur principal. Ces femmes actuellement formées au nettoyage et à la petite restauration – une filière de conserverie pourrait naître de ce nouveau partenariat – seront responsables du nettoyage, de l’épluchage et de la découpe des légumes, tant pour satisfaire les besoins de l’ASBL qu’à destination des cuisines de collectivité.

En effet, “nous visons à fournir un repas par semaine à toutes les collectivités de Namur”, ambitionne Thérèse-Marie Bouchat, codirectrice de Paysans-Artisans. C’est une manière de mettre le pied dans la porte : en amont, on développe l’offre des produits artisanaux et on soutient les producteurs – principalement les maraîchers – en ouvrant des débouchés pour leurs produits. En aval, fournir les cuisines de collectivité permet d’élargir la base sociale de ceux qui consomment ces produits, tout le monde ne poussant pas la porte des magasins”.

Du personnel malentendant à la Bocalerie

Enfin, des personnes porteuses de handicap de trois institutions namuroises travailleront à la Bocalerie, partageant l’atelier avec les ouvriers du groupement d’employeurs et les artisans-transformateurs qui réalisent leurs conserves. “La Bocalerie est une activité adaptée à un public malentendant, motive Thérèse-Marie Bouchat. Le rythme peut par ailleurs y être adapté”. Enfin, ce souci d’inclusion “participe à redonner du sens au travail”, ponctue Benoît Dave. Un objectif que Paysans-Artisans poursuit dans chacune de ses initiatives.