Borneloppen, le supermarché aux puces pour enfants

Brocante, magasin de 2e main, vente entre particuliers… Le vêtement s’inscrit depuis longtemps dans une dynamique d’économie circulaire. Le concept de Borneloppen donne à la récup’ dans le secteur textile une autre dimension.

Des femmes au ventre plus ou moins rond arpentent les rayons du magasin Borneloppen. Tintement des cintres qui s'entrechoquent, gazouillis de bébés enfouis dans les poussettes. Un enfant, puis un autre, se précipite vers l'espace de jeux autour duquel ont été installés des fauteuils permettant, par exemple, "aux mamans d'allaiter", explique Cassandre Jouret, la gérante de ce magasin situé à Fléron, sur les hauteurs de Liège. "Où puis-je trouver des vêtements de taille 116 pour garçon ?", lui demande une cliente. "Attendez ! Je vais vous expliquer comment ça fonctionne", lui répond la gérante en l'accompagnant dans les rayons.

Le concept de ce "supermarché aux puces pour enfants" vient du Danemark. "Ce lieu est un mix entre le magasin de deuxième main, la brocante et la vente entre particuliers", desquels le Borneloppen emprunte les meilleurs côtés, entame Cassandre Jouret. "C'est assez simple", poursuit-elle. Le client loue une étagère – trois tablettes et une tringle – via le site internet (ou en magasin) et répertorie les articles ainsi que leur prix de vente. "Ensuite, il installe son étagère comme bon lui semble", précise la gérante du lieu. Elle met à leur disposition des cintres, des billes à y accrocher pour déterminer la taille du vêtement et des codes-barres autocollants.

Borneloppen, le supermarché aux puces pour enfants
©VVVY

Des dizaines de petits magasins

Si chaque étagère fonctionne comme un petit magasin en soi, une fois installée, le vendeur ne doit plus faire acte de présence. "Nous nous occupons de la réalisation des ventes, qu'ils peuvent suivre en direct via leur espace personnel sur le site internet", précise Cassandre Jouret. "On ne doit pas se tracasser de la vente. C'est un vrai atout", souligne Hélène, habituée, hors Covid, des brocantes. "D'un point de vue logistique et du temps qu'on y passe, c'est moins lourd pour nous. Et puis, on ne doit pas se lever à 6 heures du matin et patienter toute la journée dans le froid", plaisante-t-elle. De plus "à la différence d'un magasin de 2e main classique, nous sommes moins exigeants sur ce qui peut ou non être vendu", complète Cassandre Jouret. Le but étant qu'il y en ait pour tous les goûts, "tant que les vêtements ne sont ni odorants, ni tachés ni ne nuisent à l'image du magasin", précise-t-elle.

En contrepartie, en plus de la location de l’étagère pour un temps déterminé, le vendeur paie une commission de 15 % sur chaque pièce vendue.

Des étagères sont ainsi accolées les unes aux autres sur une surface de 600 m2. "Actuellement, le magasin est rempli à 80 % environ", note Cassandre Jouret. S'il l'était au maximum de ses capacités à son lancement mi-juin, les inondations qui ont particulièrement touché la province de Liège, ont rendu son accès plus difficile.

Borneloppen, le supermarché aux puces pour enfants
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À la naissance, un fameux “budget bébé”

"À la naissance d'un enfant, on a besoin d'énormément de matériel", souligne Cassandre Jouret. "C'est un budget !", appuie Muriel, tout juste grand-mère. "Le bébé grandit vite alors, acheter des vêtements à 20 euros pièce pour qu'il les porte deux semaines…", ajoute Jessica, enceinte de son premier enfant. "Ici, ce n'est pas cher", complète-t-elle.

L'argument économique est évident. Un pantalon à 1,50 euro, un t-shirt à 3 euros, seule la fast fashion propose des prix aussi avantageux… Sauf qu'ici, on donne une deuxième vie à ces vêtements, qu'ils soient issus de la fast fashion ou que ce soit des pièces de marques. L'important, c'est qu'ils ne finissent pas à la poubelle ou au fond d'une caisse dans le grenier et qu'ils servent à d'autres. "Ma fille croulait sous des vêtements qu'elle ne mettait plus. À l'arrivée de mon deuxième, j'ai eu besoin de faire de la place dans les armoires", motive Hélène, venue vider son étagère des quelques pièces invendues. "Je suis maman de jumelles alors, des vêtements, j'en ai un paquet", explique Sylvia, en plein réassort de son mini-magasin. "Les pièces se sont bien vendues lors des deux premières semaines", dit-elle. Alors, elle rempile pour un quinzaine supplémentaire.

Borneloppen, le supermarché aux puces pour enfants
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Et des questions existentielles

Sylvia s'est mise à penser "récup" à la naissance de ses filles. Pour d'évidentes questions économiques mais aussi "par souci écologique". "La question de ce qu'on va laisser à nos enfants se fait plus urgente encore avec l'arrivée d'un enfant", affirme Cassandre Jouret. Pour elle, la grossesse a été le point de bascule. "D'un point de vue personnel, je voulais que mon enfant ait une maman épanouie dans son travail", se souvient-elle. "Mais plus largement, je voulais donner du sens." Ce sens, elle est allée le chercher dans son implication dans l'économie circulaire et locale et dans sa volonté de participer à une "transition positive". Alors qu'elle travaillait pour des entreprises qui "compensent leur impact négatif par des actions bénéfiques pour la planète", elle a choisi d'agir à la source "en rendant l'impact du commerce positif".

"La vente et l'achat en deuxième main font partie des solutions à notre portée pour la préservation de notre environnement", insiste Hélène, institutrice en classes de maternelles. "Avec les panneaux photovoltaïques, le tri des déchets… cela fait partie d'une démarche plus large", complète Denis, son époux. Sur leur ticket de caisse, ils pourront d'ailleurs constater l'impact environnemental de leurs achats. "Pour 29 euros, 1 kg de CO2 – soit 6,2 km en voiture – et 303 litres d'eau – soit 50 chasses de toilette – ont été préservés", peut-on y lire.

Changement d’échelle

Démocratiser l'accès. "Il y a du choix !", remarque Muriel, dont c'est la première visite. En effet, du chauffe-biberon à la poussette en passant par une large gamme de vêtements, "tout est rassemblé en un même lieu", vante Cassandre Jouret, gérante du magasin. Le concept du Borneloppen, bien que se revendiquant local, "fait du deuxième main à grande échelle", motive-t-elle. Un changement d'échelle nécessaire, si l'on veut qu'il participe à un changement des comportements. Dans la même logique que l'on "construit des pistes cyclables pour pousser les gens à prendre leur vélo… l'idée est de mettre en place des réseaux et des espaces pour amener les gens à vendre et à se fournir en deuxième main", analyse Cassandre Jouret. On crée ainsi une opportunité de "diminuer l'effort du vendeur et le coût pour l'acheteur". De tels lieux, pense-t-elle, participent à "démocratiser l'accès à la deuxième main", puisqu'on y entre comme dans n'importe quel magasin.

Du local, ici et ailleurs. Assistée par les concepteurs danois lors du lancement de sa franchise, elle dispose en outre des outils techniques développés pour l'ensemble des enseignes. Des magasins Borneloppen, il en existe aujourd'hui onze, dont neuf au Danemark, un en Islande et, le dernier venu en Belgique. "Afin de coller aux préceptes de l'économie locale, l'ambition n'est pas de grandir, mais bien d'ouvrir d'autres magasins ailleurs dans le pays", conclut Cassandre Jouret.