Des challenges pour relever le défi climatique à l'université

Le Green Office de l’ULiège essaie de stimuler les étudiants pour qu’ils agissent en faveur d’une société plus durable, en leur proposant des défis tout au long de l’année. Les communautés universitaires se mobilisent progressivement autour des enjeux climatiques.

Les voitures sont garées anarchiquement autour du rond-point à l'entrée du site universitaire du Sart Tilman et dans les rues adjacentes. "Il n'y a pas assez de parkings vélos", explique Cécile van de Weerdt. L'habitude des déplacements en deux roues semble encore peu partagée par les 25 000 étudiants et 5 000 membres du personnel de l'Université de Liège. "La mobilité est un des aspects sur lesquels on doit travailler", poursuit la coordinatrice du Green Office (GO) de l'ULiège.

Depuis ce bureau situé dans un bâtiment au bardage de bois, Cécile van de Weerdt et une vingtaine d'étudiants réfléchissent quotidiennement à la manière d'inscrire l'université dans une transition durable. "Il existe un intérêt des étudiants pour la cause climatique et une volonté d'agir pour limiter leur impact… mais un questionnement sur la manière d'y parvenir", reconnaît d'emblée Mme van de Weerdt.

"Le Green Office a vu le jour juste avant le premier confinement", retrace-t-elle. Un an et demi plus tard, ses membres peaufinent les grandes lignes d'actions qu'ils comptent mettre en place lors de cette année académique. Elles se déclineront en cinq projets (choisis par la communauté étudiante) et autant de thématiques : la gestion des déchets, l'alimentation en circuit court, l'accès à l'eau, le numérique et les éco-pack facilitant la consommation durable.

Des défis au quotidien

Pour relier ces projets entre eux, le Green Office a imaginé une série de challenges qu'il proposera aux étudiants tout au long de l'année. Des propositions d'actions concrètes qui concernent les habitudes alimentaires, le recyclage des objets, la gestion des déchets, la consommation d'énergie, d'eau, de plastiques, etc. Autant de pistes qui sont adaptées à la vie et aux comportements des étudiants. Ainsi, "on tenait absolument à ce que les challenges répondent à des critères économiques et pratiques ; qu'ils soient facilement réalisables et économiquement accessibles", précise Cécile van de Weerdt. "L'objectif est d'amener chacun à diminuer son empreinte carbone individuelle de moitié grâce à de nouvelles habitudes de consommation", explique Charline, tout juste diplômée d'Histoire et jobiste au GO.

Après avoir calculé son empreinte carbone, l'étudiant a le loisir de s'inscrire aux challenges qui lui sont proposés via une plateforme numérique collaborative. Il y en a trente sur l'année et ils ont été réfléchis par les étudiants, encadrés par un expert scientifique. "Le défi est placé dans un contexte, on en explique la raison d'être, les enjeux et l'impact chiffré de telle ou telle action, explique Anthony. On donne aussi aux étudiants des trucs et astuces et des solutions alternatives pour les accompagner dans leur réalisation : si on les met au défi de consommer des produits alimentaires locaux ou d'acheter leurs vêtements en deuxième main, on leur donnera des adresses de magasins", poursuit-il.

“C’est aussi une manière d’inscrire la démarche dans un contexte plus large et de créer du lien avec les acteurs locaux du développement durable”

, motive Cécile van de Weerdt.

Après les avoir réalisés et "validés" sur la plateforme en ligne, l'étudiant constate la quantité de carbone économisée sur son compteur individuel. "Le compteur collectif permet quant à lui de constater l'impact que l'on peut avoir en tant que groupe", ajoute Judith, étudiante en faculté de Lettres. Ensemble, les challenges visent ainsi une réduction progressive des émissions individuelles annuelles des étudiants d'environ 12 à 6 tonnes de CO2, en adéquation avec les objectifs de l'accord de Paris pour le climat.

À l'horizon 2030, "le rêve" est que chaque membre de la communauté de l'ULiège s'implique dans la diminution de son empreinte carbone individuelle en la réduisant de moitié. "C'est un programme d'engagement fort", commente Cécile van de Weerdt. L'objectif étant effectivement d'emmener le plus grand nombre d'étudiants dans le sillage des "pionniers du GO". S'ils sont actuellement 1 300 à s'être inscrits sur la plateforme, le GO espère atteindre cette année 2500 participants, soit 10 % de la population de l'ULiège. Pour ce faire, il mise notamment sur l'aspect ludique des défis, avec cadeaux (écoresponsables ou sous forme de montants reversés à des ONG locales) à la clé. "Les récompenses, c'est un incitant – que les étudiants peuvent prendre ou non. Cela permet de toucher un public qui, autrement, ne serait pas nécessairement sensible à la cause", explique Charline.

Actions immédiates pour effets longue durée

S'il est essentiel "d'inscrire les actions dans le concret" et d'être en mesure de constater leur impact immédiatement, l'objectif est d'ancrer durablement un changement dans les habitudes de consommation. L'arrivée sur un campus universitaire semble être le moment idéal pour insuffler de nouvelles habitudes. "On est plus autonome et faisons davantage de choix pour et par nous-mêmes", motive Judith.

"Attention, on n'est pas dans le dogmatisme", se défend Cécile van de Weerdt. "On tente de donner des explications et de pondérer l'impact de telle ou telle action, on donne des balises pour que chacun puisse réfléchir par lui-même, faire ses propres choix et agir avec discernement", explique Anthony. "C'est aussi cela, l'esprit critique prôné par l'université", appuie la coordinatrice du GO.

“Les étudiants incarnent le changement”

En descendant dans la rue, la jeunesse a porté – et incarné — la mobilisation en faveur de la justice climatique et d’une transition vers un monde durable. Il n’est dès lors pas étonnant de retrouver ces mouvements au sein du monde universitaire, en Belgique et à l’étranger, sous différentes formes.

"Le Green Office de Harvard existe depuis 10 ans, avec des résultats remarquables !", soulève Cécile van de Weerdt, coordinatrice du GO de l'ULiège.

"Les étudiants incarnent le changement qu'ils veulent voir advenir, ils sont une force de changement et portent le projet à bout de bras en portant des valeurs collectives et de respect de la planète", insiste Mme van de Weerdt. Actuellement, ils sont une vingtaine – dont 12 jobistes – à l'Université de Liège, issus de facultés et d'années d'étude différentes, à s'impliquer régulièrement. "En agissant, nous voulons créer un cercle vertueux et emmener le plus de monde avec nous, motive Charline. Il n'est plus possible de ne pas prendre en compte les enjeux climatiques."

Lauréat du concours Onu campus, le G0 de l'ULiège profite d'un accompagnement de quatre mois pour créer une boîte à outils qui permettra de répliquer le programme des challenges ailleurs et ce faisant, de toucher davantage d'étudiants. "Les 500 000 étudiants belges, pour commencer", ambitionne Mme van de Weerdt.

"Il y a une volonté commune des acteurs de l'enseignement supérieur inscrits dans la démarche, de partager leur expérience et leurs outils", constate-t-elle. Et d'ainsi créer une "communauté d'étudiants" réunis autour de ces enjeux. "C'est stimulant de constater qu'on n'est pas seul", insistent les membres du GO.

Celui-ci, bien que s'adressant aux étudiants, n'entend pas agir en vase clos. Changer la nature de la demande, c'est aussi peser sur l'offre. "Par nos actions, nous visons à ce que le monde politique et économique se saisisse de ces enjeux et amplifie le mouvement", espère Charline. Les étudiants de l'ULiège entendent ainsi "participer au changement culturel".

A Bruxelles

L’ULB et l'UCLouvain en transition

Le campus du Solbosch de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) accueille depuis le 11 octobre deux nouveaux services favorisant la transition en faveur d'une société durable.

Le restaurant La Turbean, géré par l'asbl As Bean, propose chaque jour "un plat unique à prix abordable valorisant les légumes de saison et les protéines végétales, tout en soutenant une production locale et écologique".

L'Espace Vélo, cogéré par les asbl Ateliers Roue Libre et Ateliers de la Rue Voot, organise des ateliers participatifs de mécanique vélo, un moyen pour les cyclistes d'effectuer des réparations "à un prix abordable". Ces initiatives entendent "concilier durabilité et accessibilité financière", souligne l'ULB.

De con côté, l'UCLouvain a inscrit la transition au cœur de son plan stratégique Horizon 600 et propose, entre autres, un Mooc d'introduction aux enjeux du développement durable et de la transition écologique tout en donnant une plus grande visibilité aux cours et aux programmes sur ce sujet.