Un vent nouveau souffle sur le transport de marchandises

En important une partie de son café à la voile, Javry veut montrer qu’une autre manière de faire, respectueuse de l’environnement, est possible. Visant aussi davantage de durabilité, la start-up liégeoise Ecopoon propose de son côté des couverts comestibles.

Des paquets de café viennent d'arriver à l'entrepôt de Javry. De quoi renflouer les étagères et répandre leur odeur jusque dans les bureaux. Active depuis 2015, cette entreprise bruxelloise a trouvé un marché en pleine expansion : celui du café durable. "Assurer la traçabilité, connaître les producteurs, savoir comment ils travaillent et les rémunérer justement, c'était pour nous ce qui avait le plus de sens", résume Pierre-Yves Orban, responsable des produits chez Javry. Cette philosophie semble trouver son public, autant auprès des particuliers que des entreprises. Quelque six cent d'entre elles font aujourd'hui partie de l'aventure, motivées par le service complet proposé par Javry (livraison de café, location de machine et maintenance), mais aussi pour les valeurs qu'elle véhicule, pense M. Orban.

Un vent nouveau souffle sur le transport de marchandises
©Javry

Impact humain, ici et là-bas

La durabilité a plusieurs facettes. "Elle passe par l'engagement humain, explique M. Orban. Et donc par la relation avec les producteurs". Ainsi, le "sourceur" partenaire, Belco, démarche et rencontre les producteurs avec qui il nouera une collaboration. "On achète le café en direct chez les caféiculteurs, souvent réunis en coopérative pour assurer un certain volume", précise M. Orban. Et ce "au prix juste", en dehors de "la pression habituelle des négociants".

Alors que de coutume, le prix du café est dicté par le cours – très variable – de la Bourse, Javry a décidé de s'éloigner des lois du marché. Le prix est fixe et acceptable pour chacune des parties. "Cela assure une rémunération en adéquation avec les réalités et le niveau de vie de chaque producteur." Ceux-ci sont ainsi "certains d'écouler leur stock à des prix décents", poursuit M. Orban. "Une manière de soutenir la durabilité des filières en s'engageant par ailleurs avec eux dans le temps long, ce qui leur donne des garanties et leur permet de faire des investissements."

"On a à cœur d'avoir un impact humain positif ici aussi", poursuit Pierre-Yves Orban. Ainsi, la torréfaction est assurée par un artisan de Bièvre alors que l'étiquetage des paquets est pris en charge par Citeco, une entreprise de travail adapté de Schaerbeek, à deux pas de l'entrepôt de Javry.

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©Javry

Le vent et les vagues pour faire bouger les lignes

Sur le plan environnemental, Javry regorge de projets. Le café que l'entreprise commercialise est issu d'une agriculture raisonnée – pas toujours labellisée bio – dans le respect des sols. Le packaging est à 80 % biosourcé (à base de matériaux organiques), les livraisons de vrac se font avec des fûts réutilisables, des bacs en plastique ont remplacé les boîtes en carton à usage unique. "Nous veillons à limiter notre impact carbone dans la gestion de l'entreprise : le mobilier est de seconde main, nous favorisons la mobilité douce des employés…", complète Pierre-Yves Orban. Un bilan carbone est prévu dans un avenir proche. Il permettra de valider la pertinence des choix posés par Javry. "Et de les faire en conscience."

Au-delà de ces gestes, la réelle innovation réside dans le choix d'importer une partie de la marchandise… en voilier ! En février dernier, 22 tonnes de marchandises étaient acheminées à bord d'une "goélette retapée", dont deux tonnes de café pour Javry. Deux mois de traversée, depuis la Colombie jusqu'à Bordeaux. Certes, la route est longue et le timing variable. Mais "cela a permis un gain de 3,5 tonnes de carbone, soit l'équivalent de 18 000 kilomètres en voiture", commente M. Orban, alors que 15 % de l'impact carbone du café est dû à son transport.

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©Javry

Le bât blesse cependant dans le coût que représente l'acheminement à la voile : vingt fois plus élevé que s'il l'avait été par cargo. "C'est aujourd'hui trop cher !, concède-t-il. Les bateaux existants sont trop petits et inadaptés aux ports industriels." Les coûts pourraient toutefois "être limités à deux ou trois fois plus cher". À condition de changer d'échelle. La société TOWT, partenaire de Javry, est ainsi en pleine construction d'un voilier-cargo dont la capacité avoisinerait les 1 000 tonnes. Sa mise à l'eau en 2023 nourrit tous les espoirs de Pierre-Yves Orban. "Nous voulons faire bouger les lignes et montrer qu'une autre manière de faire est possible", plaide-t-il. L'ambition est affichée : d'ici à 2025, Javry entend importer 50 % de son café à la force des vagues et du vent. "C'est une solution d'avenir", martèle M. Orban. Preuve en est : même un peu plus cher – tous les coûts ne sont pas répercutés sur le prix de vente –, "le café venu à la voile trouve preneur !". "Les mentalités, les habitudes et les comportements changent", se réjouit M. Orban.

À l'avenir, verra-t-on du café durable et éthique dans toutes les entreprises ? C'est la volonté des fondateurs de Javry. Cela passera-t-il par l'élargissement de son périmètre d'action ? "Nous livrons à 200 km à la ronde autour du lieu de torréfaction. Si on avait des demandes plus éloignées, on ouvrirait des ateliers similaires – petits et facilement réplicables – ailleurs, pour garantir une torréfaction locale et préserver la fraîcheur du café."

Et si les couverts se mangeaient ?

Un vent nouveau souffle sur le transport de marchandises
©ECOPOON

Manger une glace avec une cuillère en biscuit ou remuer dans son café avec une touillette au goût de spéculoos. Puis, simplement croquer le couvert et l'avaler. C'est ce que propose Ecopoon, une start-up belge basée en région liégeoise. "L'idée est venue en constatant le nombre de couverts en plastique à usage unique jetés lors d'un festival, retrace Maxime Vanderheyden, cofondateur d'Ecopoon. Ils étaient censés être compostables… mais ne l'étaient en fait pas !"

Plutôt que de les jeter, "si on mangeait nos couverts ?", s'interroge alors le jeune homme. Le concept existe déjà en Inde et l'étudiant d'alors se lance dans son développement, avec Cyril Ernst, dans le cadre de leur projet entrepreneurial à HEC Liège. Quelques années plus tard – et un accompagnement par le Venture Lab – la mission fixée est de taille, puisqu'Ecopoon entend participer à la disparition des plastiques et bois à usage unique en les remplaçant par des couverts comestibles (cuillères classiques, apéritives et touillettes à café).

Utile, fun et local

"C'est d'abord utile, pointe M. Vanderheyden. Nos cuillères peuvent être utilisées avec des aliments chauds ou froids et ont des propriétés en termes de résistance, semblables à celles du plastique".

Par souci écologique, la farine de blé utilisée dans la recette est produite au Moulin de Val Dieu, à une dizaine de kilomètres de l'atelier de transformation d'Ecopoon. "Il est important pour nous de travailler en circuit court et d'avoir un ancrage local fort", motive le jeune entrepreneur. L'ambition est par ailleurs de remplacer une partie de cette farine par de la drêche de bière, un résidu ou coproduit, et donc d'inscrire la recette dans l'économie circulaire. À cet égard, "la farine d'insecte est aussi un produit intéressant… Mais peut-être est-ce un peu tôt pour le consommateur !"

Un consommateur déjà prêt à changer ses habitudes ? "On vante le côté gourmand et fun, pour que les gestes bons pour l'environnement ne soient plus vus comme un effort, une contrainte", avance-t-il.

Le défi est immense, tant les volumes de plastiques consommés à l'échelle mondiale sont colossaux. Une demande qu'Ecopoon ne pourrait, bien entendu, absorber seul. Raison pour laquelle ses cofondateurs souhaitent essaimer leur expertise, modèle et machines de production développées sur mesure, toujours en se souciant de l'ancrage local du projet. "On ne veut pas d'une grosse usine en Belgique depuis laquelle on exporterait", explique M. Vanderheyden. Il mise plutôt sur l'émergence de franchises ou de co-investissements, qui se fourniraient localement.