Quelques astuces simples pour une verte rentrée

Dans la famille de Nadège De Bonte, rentrée rime au maximum avec durabilité. Et ça n’est pas forcément coûteux ou compliqué. Petite immersion à la fin des vacances pour quelques gestes malins à intégrer au quotidien.

Estelle Spoto

Reportage Estelle Spoto

Un été sous l’eau en 2021 et un autre asséché en 2022 auront sans doute convaincu beaucoup de citoyens de la nécessité de changer nos habitudes de consommation si nous ne voulons pas que les grandes vacances se transforment en cauchemar climatique récurrent.

Alors que septembre pointe le bout de son nez, comment s’y prendre pour insuffler plus de durabilité à la rentrée ? En la matière, Nadège De Bonte est une experte. Formée en communication et comme écoconseillère, elle a planché sur le sujet lors de ses années au sein de l’asbl Ecoconso, où la rentrée des classes zéro déchet a constitué sa première mission. Elle a pu analyser qu’écologie rimait plus que ce qu’on pouvait croire avec économies.

Des principes et des astuces qu’elle veille donc à appliquer au mieux dans sa propre famille, avec son compagnon Benjamin, sa fille Cerise, 7 ans, et son fils William, âgé de 3 ans.

Opter pour la qualité et la réutilisation

Deux éléments clés s'imposent tout en haut de la liste des préoccupations de la rentrée : le cartable et le plumier. "Dans le cas où on achète du neuf, il s'agit d'opter pour de la bonne qualité, afin qu'ils tiennent longtemps, explique cette qui exerce aujourd'hui la profession de doula (accompagnante pendant la grossesse, l'accouchement et la période post-natale). Un cartable, on peut le garder trois ans et ensuite le revendre s'il n'est pas trop abîmé. L'idée, c'est que ça circule. Celui de William, c'est un Samsonite qu'on a acheté en seconde main sur un site en ligne. On peut aussi dénicher des choses en brocante, comme le plumier à trois étages que voulait ma fille. Pour ce matériel-là, il faut aussi de trouver bon dosage entre 'la fièvre la Reine de neiges'et le neutre. Parce que d'un côté, après un an, l'enfant risque de ne plus être autant passionné par Anna et Elsa, mais d'un autre côté, si c'est trop neutre, ça lassera vite aussi. Le compromis, c'est sans doute du neutre que l'on peut customiser, avec des stickers par exemple."

Quelques astuces simples pour une verte rentrée
©Estelle Spoto

Pour remplir la trousse et le cartable, un réflexe incontournable : le tri. "On sort tout ce qu'il y a dans le cartable et on regarde ce qui est en bon état, explique la jeune maman. On récupère les gommes, les stylos à bille, on taille les crayons de couleur… Mais depuis la gratuité des frais scolaires, la liste des fournitures s'est de toute façon fortement rétrécie."

Autre arme secrète de Nadège : l'armoire à matériel de sa propre maman. "C'est un vrai magasin ! Ma maman récupère tout. Elle a encore mes crayons et classeurs de quand j'étais petite. Elle a gardé les trombones, les chemises, les punaises, les étiquettes, les housses pour les cahiers… Il y a là de quoi fournir toute une école ! Ma maman a hérité cette notion de stock et d'anti-gaspillage de sa propre mère. Ma grand-mère avait quatre enfants, quatre filles elle avait connu la guerre et faisait tout elle-même : la nourriture – elle préparait ses confitures, elle n'a jamais acheté de tarte-, la couture… Ses filles se passaient leurs vêtements. Tout était réutilisé, il n'y avait pas de déchets." Une sagesse des anciens pas si lointaine, mais qui a été sérieusement mise à mal par l'ère de la surconsommation et du tout jetable…

Quelques astuces simples pour une verte rentrée
©Estelle Spoto

Encourager les dynamiques collectives

Une rentrée verte, cela concerne évidemment aussi l’alimentation, à travers les pique-niques et les collations. La gourde, que l’on préfère en métal, voire en verre et protégée d’une housse pour les plus grands, s’est déjà bien implantée dans les pratiques, remplaçant avantageusement les petites bouteilles jetables.

Mais bien d'autres gestes simples peuvent être adoptés. Pour Nadège, qui a notamment participé à des stages du chantre de la sobriété heureuse Pierre Rabhi, le premier réflexe est d'opter pour le bio : "Dans mon parcours, j'ai été très sensibilisée à une alimentation saine et très touchée par la problématique des pesticides. Comment est-il possible de s'empoisonner au nom du profit et du rendement immédiat, de ne pas penser à la génération suivante, à l'impact sur les sols, sur la biodiversité ? Ce qui explique que, encore aujourd'hui, si je dois faire des choix, c'est le bio qui va passer en premier, quitte à ce que ce soit plus cher, quitte à ce que ça ne soit pas local ou pas de saison."

Conjugué au zéro déchet, ça donne des collations sous forme de fruits et de légumes, transportés dans une petite boîte. "Des tomates-cerises, des morceaux de concombre, de carotte, des myrtilles, du raisin… Pour éviter les quartiers de pomme tout noircis à l'heure du goûter, on a un petit truc : on pré-découpe avec un coupe-pomme en n'allant pas tout à fait jusqu'au fond, on glisse un élastique autour et on place dans un Tupperware adapté. De cette façon les quartiers restent bien frais et fermes." Et pour les tartines, on évite les films en plastique ou l'alu avec des pochettes lavables et réutilisables style Boc'n'Roll.

Les mutualisations via l'école sont aussi avantageuses, notamment à travers les collations collectives. "Les parents de chaque enfant s'occupent deux fois par an de la collation produits laitiers et biscuits pour toute la classe. Soit on achète en gros, soit on fait soi-même. Cela permet d'économiser beaucoup sur les déchets, mais aussi d'éviter les jalousies entre les enfants quand ils comparent ce qu'ils ont."

Les écoles peuvent également générer d'autres dynamiques collectives, comme des bourses pour les livres scolaires, ou des brocantes spéciales enfants, poursuit Nadège. "Dans l'école de ma fille, il y a même un bac où déposer et se servir en chaussures de gym, que l'on devrait sinon acheter chaque année alors qu'elles sont très peu portées."

Autre point durabilité de la rentrée : la mobilité. Chez Nadège, les écoles étant très proches du domicile familial, c'est au maximum à pied ou à vélo. "Ce n'est pas toujours possible dans la logistique de la journée, mais aller à l'école à vélo, c'est une facilité, un plaisir. Ca change toute la dynamique de la journée."

Dans la petite maison de Genval, les cartables sont remplis, les crayons taillés, les vélos parés. Vive la rentrée  !

Vers des cantines 100 % bio à Liège

La Ville de Liège s'est engagée à servir en 2024 des repas totalement bio dans ses crèches et ses écoles. Cette démarche s'inscrit dans le programme européen Urbact Biocanteen, auquel participent aussi les villes de Wroclaw (Pologne), Gavà (Espagne) et Mouans-Sartoux (France). Cette dernière, située près de Cannes, fait figure d'exemple à suivre puisqu'elle a révolutionné ses cantines dès la fin des années 90. "Mouans-Sartoux a sa propre régie agricole, avec ses propres champs et ses propres maraîchers, qui alimentent les cantines des trois écoles fondamentales, explique Julien Chapaux, écoconseiller chargé du projet pour la Ville de Liège. Il y a aussi des actions de sensibilisation dans les écoles, des référents en alimentation durable qui suivent les élèves de la 1ere à la 6e. Et l'impact ne concerne pas que les enfants : 80 % des parents ont déclaré avoir changé leur alimentation. Certaines personnes essaient même de s'installer à Mouans-Sartoux pour que leurs enfants puissent bénéficier de ces cantines ! Evidemment, c'est un modèle particulier. Mouans-Sartoux, ça représente 10 000 habitants. L'idée n'est pas de calquer les pratiques telles quelles, mais de s'en inspirer dans les villes partenaires."

À Liège, 61 établissements, soit plus de 10 000 enfants, reçoivent déjà des fruits, du poisson et des produits laitiers bio. La viande devrait suivre dans le courant de l'année. "Le plus compliqué, ce sont les légumes, poursuit Julien Chapaux, parce qu'il faut parvenir à rassembler des quantités très importantes, sans compter le problème de la transformation." Un obstacle qui devrait être surmonté grâce au hub logistique dédié au circuit court qui devrait sortir de terre fin 2024 sur le site du marché matinal de Bressoux-Droixhe (deux autres infrastructures de ce type sont prévues à Charleroi et Namur).

Dès ce mois de septembre, une application de commande de repas sera par ailleurs lancée dans les écoles de Liège, afin d’offrir aux cuisines une estimation plus exacte du nombre de repas à fournir et ainsi éviter le gaspillage.