Le vélo électrique solaire comme porte d’entrée vers les métiers en pénurie

Une dizaine d’ados tournaisiens ont profité du congé de Carnaval pour construire un vélo électrique propulsé à l’énergie solaire. Une manière de se familiariser aux disciplines techniques que sont la soudure, la mécanique et l’électricité. Et de créer un élan vers ces métiers, en pénurie en Région wallonne.

Ninon reste immobile, deux câbles fins entre les doigts. “C’est important que tu stabilises les fils pendant la soudure pour que les mailles de fer restent bien parallèles”, lui indique Constantin. C’est le geste final, celui qui permet de “relier le panneau solaire au booster, lui-même connecté à une batterie qui alimente le moteur du vélo et le fait avancer”, résume Ernesto. Dit comme ça, ça paraît simple. Dix adolescents (entre 11 et 14 ans) des maisons de jeunes Masure 14 et Porte ouverte à Tournai, encadrés par quatre animateurs, ont pourtant réalisé un travail d’ampleur en cinq jours : construire un vélo électrique solaire autonome en énergie.

“Pas besoin d’une Tesla pour être dans l’innovation”

Ils ne sont pas partis de zéro pour autant. “Il y a 20 ans d’ingénierie derrière ce modèle”, précise Philippe Baraduc, initiateur du projet Photon. “L’un des vélos est arrivé monté et a servi de modèle pour assembler celui qui nous a été fourni en pièces détachées”, poursuit-il.

Initialement cependant, le vélo n’a pas d’assistance électrique. D’où le “côté bricole”, s’amuse Thomas Marchal, l’un des animateurs. Il a, en effet, fallu opérer sur le cycle des modifications électriques et mécaniques : changer la roue du pédalier, ajouter une batterie et réaliser tous les câblages nécessaires, programmer le tableau de bord, souder des fils et la structure en acier sur laquelle repose le panneau solaire…

Conception de velos solaires par l'ASBL Spoutnik 45 et des jeunes de 2 maisons de jeunes de Tournai
Sur base d'un prototype existant, une dizaine d'ados ont assemblé un vélo solaire, ajoutant à un modèle standard, les éléments permettant de l'électrifier. ©Bernard Demoulin

“Chacun a pu travailler sur ce qui lui plaisait”, précise Thomas Marchal. Ninon, venue à ce stage “par pure erreur” – elle pensait que c’était un stage vidéo -, s’est prise de passion pour la soudure. “J’aime le côté minutieux, commente-t-elle tout en chauffant la gaine d’un fil thermorétractable. C’est surtout intéressant de comprendre le processus et de développer des connaissances qui pourraient être utiles. ” Des connaissances techniques et scientifiques, précise Philippe Baraduc, qui vise tant à sensibiliser à la physique par le biais de l’ingénierie solaire, l’électricité, et la mécanique qu’à l’énergie durable et à la mobilité douce. “Un système de circuit fermé permet l’autonomie énergétique”, illustre Ernesto, 12 ans, tout en manipulant une “réplique miniature de ce que fait le vélo, pour bien en comprendre le fonctionnement”.

“Pas besoin d’une Tesla pour être dans l’innovation ! ”, s’amuse l’initiateur du projet Photon. Des solutions mécaniques viennent ainsi répondre de manière sobre aux enjeux environnementaux et de mobilité. À titre d’exemple, “la batterie du vélo n’utilise que 1 % des matériaux nécessaires pour une batterie de voiture et elle est 100 fois moins lourde aussi”. L’appel à réfléchir à nos modes de déplacement est évident. Reste qu'” à Tournai en tout cas, l’infrastructure pour les vélos n’est pas assez développée”, soulève Ernesto.

“L’environnement préoccupe tout le monde, ici”

“Les jeunes nous prouvent qu’on a raison de les responsabiliser”, se réjouit Johakim Chajia, coordinateur de la maison de jeunes Masure 14. Outre la “satisfaction de tout faire soi-même sans avoir nécessairement de connaissances préalables, ce projet leur donne l’occasion de s’inscrire dans une perspective réjouissante, un futur plus enviable, poursuit-il. C’est pour eux un moyen d’agir concrètement” en faveur d’une mobilité douce et, ce faisant, sur l’impact environnemental des actes que l’on pose.

“La question environnementale est prégnante et certains jeunes expriment une sorte de fatalisme face à un monde politique qu’ils ne jugent pas à la hauteur”, observe M. Chajia. “On est tous préoccupés par l’environnement, ici”, confirme Ernesto. Ninon, “végétarienne et très écolo”, se réjouit de voir la thématique percoler dans des maisons de jeunes qu’elle fréquente depuis plusieurs années. “Cela montre que les choses changent et qu’on n’est plus seuls à s’en soucier”, dit-elle, ravie d’avoir trouvé une nouvelle manière de s’impliquer. “Ce qu’on a fait, ça sert à quelque chose”, rebondit Ernesto.

Conception de velos solaires par l'ASBL Spoutnik 45 et des jeunes de 2 maisons de jeunes de Tournai
Ninon et Romane accrochent la structure qui supportera le panneau photovoltaïque. ©Bernard Demoulin

Une tournée dans les écoles

Fier du travail accompli, il a désormais “envie de sensibiliser les autres jeunes”. Et ça tombe bien puisque le projet Photon, porté par l’ASBL Spoutnik dont l’objectif est d’assurer la promotion et la diffusion des sciences et techniques, se poursuivra au printemps par une tournée dans les écoles primaires et secondaires de la région. “Les jeunes y expliqueront ce qu’ils ont fait, comment fonctionne le vélo, l’énergie solaire… ”, indique Philippe Baraduc.

L’objectif est pédagogique puisqu'il concentre à lui seul “les enjeux essentiels de la mobilité et de l’énergie”. Mais pas seulement. Soutenu par la Région wallonne dans le cadre de son Plan de relance, il est une manière de sensibiliser les jeunes aux métiers et formations en pénurie que sont la mécanique vélo, la soudure et l’électricité, soit autant de disciplines mobilisées pour la construction du vélo. “En y ajoutant des bases de codage”, précise M. Baraduc.

Conception de velos solaires par l'ASBL Spoutnik 45 et des jeunes de 2 maisons de jeunes de Tournai
Conception de velos solaires par l'ASBL Spoutnik 45 et des jeunes de 2 maisons de jeunes de Tournai ©Bernard Demoulin

À la fin du stage, le vélo peut enfin quitter l’atelier, à grand renfort de bras – ils sont 4 pour mettre cet original tricycle au sol. Ernesto se pose sur l’assise, à quelques centimètres du sol, le corps penché vers l’arrière et les pieds en devant. Les mains, de part et d’autre des hanches, pour diriger l’engin. Au-dessus de la tête, le panneau solaire capte les quelques rayons lumineux. “L’assistance est de ouf ! ”, s’exclame-t-il après quelques tours de pédales.

“Ici, les jeunes font quelque chose pour l’écologie. C’est motivant et ça sert d’exemple pour l’ancienne… et la nouvelle génération”, ponctue Ninon, du haut de ses quinze ans.

Conception de velos solaires par l'ASBL Spoutnik 45 et des jeunes de 2 maisons de jeunes de Tournai
Une dizaine de jeunes de Tournai, encadrés par quatre animateurs, ont conçu un vélo solaire, dans le cadre du projet "Photon" porté par l'ASBL Spoutnik 45. ©Bernard Demoulin
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