Après les jeunes, ce sont les mamans qui font entendre leur voix en faveur d’un changement durable de paradigme, vers une société respectueuse du vivant.

« Les scientifiques ont alerté à maintes reprises sur le danger à poursuivre dans la même voie ; les jeunes sont descendus dans la rue pour demander de préserver la planète… Maintenant, c’est notre tour », entame Caroline Lesire. Le tour des mères, des grands-mères « qui en ont assez ». Assez que la parole des uns et des autres pour un changement de système ne soit entendue. « Nous n’irons pas les yeux fermés vers la fin annoncée : celle d’une catastrophe environnementale et sociétale », renchérit la fondatrice belge des Mères au front, mouvement aux revendications écologistes et féministes venu du Québec.

Sa déclinaison belge voit le jour alors que la crise sanitaire mondiale du Covid a soulevé les graves dysfonctionnements existants dans les relations entre l’homme et le reste du vivant. Le confinement, qui en a été le corollaire, « a eu un effet loupe sur la vulnérabilité de nos familles, de nos sociétés, sur les inégalités ; il a renforcé la précarité et les violences intra-familiales», dénonce Caroline Lesire qui ajoute : « Les études montrent, par la charge qui pèse sur leurs épaules, que ce sont les mères qui souffrent le plus du confinement. »

A la lumière de ce double constat, les Mères au front ont jugé opportun de remettre au centre du débat la question environnementale et féministe. « Nous ne voulons plus taire ces injustices », poursuit Caroline Lesire.

La force de l'imagination

Dénoncer, certes. Mais au-delà, le mouvement revendique une « force de proposition » qui permettrait de « remettre l’imagination au pouvoir », et d’ « aller à l’encontre du catastrophisme pour favoriser la mise en action vers une société viable pour toutes et tous ». Or, il est difficile aujourd’hui « de se projeter dans un monde qui va bien ». Et puisque « les mains suivent les yeux », elles appellent à regarder le positif pour donner confiance et changer les choses en mieux.

Les mères, les grands-mères… et toutes celles et ceux qui le veulent

Un changement de paradigme passe nécessairement, dit-elle, par l’abandon du système patriarcal dominant. « Il faut pouvoir éduquer nos garçons à être maternants», plaide-t-elle. « Mais la société ne facilite pas cela, tout comme elle ne permet pas aux femmes, prises dans des considérations logistiques, de participer pleinement au débat public. »

Et d’appeler à un « mouvement inclusif rassemblant tous ceux qui se préoccupent pour l’avenir », en dépit de son nom plus ou moins restrictif. « C’est paradoxal et peut sembler hyper-clivant… mais nous voulons renverser le propos : plus que de la mère au sens propre, c’est de l’archétype de la mère que l’on parle. Nous souhaitons fédérer la société autour d’une figure aimante et maternante », explique Caroline Lesire. « Tout le monde en connaît une, ne serait-ce que la Terre mère. »

Ni fleurs ni cadeau…

Les Mères mènent donc la marche, mues par l’amour des générations à venir et en quête de « mesures concrètes pour protéger l’avenir des enfants et la vie sur terre ».

Ses membres ont choisi le jour de la fête des mères pour mener leur première action. Dirigée vers la société civile, elles exhortent les mères à afficher sur leur fenêtre un cœur vert sur lequel elles et leurs enfants écrivent leur rêve. « C’est une manière de montrer notre confiance en eux, en les générations qui suivent, en leur capacité d’action ». Plus encore, ces mères déclarent « ne vouloir ni fleurs ni cadeau… mais un changement de paradigme pour que nos enfants puissent vivre sur une planète où il fait bon vivre ».

A cette première action symbolique s’ajouteront des revendications politiques concrètes. Le temps de laisser mûrir encore la réflexion…