Pommes, choux, carottes ou poireaux… Si les colis alimentaires de CollectMet regorgent de fruits et légumes du marché invendus, ils sont surtout pleins de vitamines, de sourires et d’humanité.

Le projet, qui a vu le jour en 2018 avec l’ambition de réduire le gaspillage alimentaire, a dû repenser son fonctionnement avec l’arrivée du Covid-19. Pour relier primeurs et bénéficiaires confinés, les coursiers ont usé leurs pédaliers.

“Faire le lien entre les marchands et les foyers en détresse”

Depuis plus de deux ans, les bénévoles de CollectMet collectent tous les dimanches les fruits et légumes invendus du marché des Abattoirs d’Anderlecht. Les trois à quatre tonnes de produits ainsi récupérés sont alors triées et assemblées en colis individuels qui sont distribués le lendemain aux personnes vulnérables.

© GUILLAUME JC

Mais avec le confinement, cette vulnérabilité n’a fait que s’aggraver et des problèmes logistiques se sont posés. CollectMet a innové pour y remédier. “En mars, avec l’arrêt du marché et la quarantaine généralisée, nous avons mis en place un système de livraisons à vélo pour remettre les produits directement chez les personnes afin qu’elles ne prennent pas de risque”, explique Victoria De Brabandere, coordinatrice du projet. De Bruxelles jusqu’à Villevoorde, les bénévoles à vélo avalent les kilomètres pour effectuer 200 livraisons auprès de 600 personnes en deux jours.

Cette mise en relation n’est pas sans impliquer certaines précautions. À l’obligation du port du masque et de la distanciation physique, s’ajoute “le dépôt des bacs pleins et la récupération des vides sur le pas de la porte afin d’éviter tout contact”, précise Abdel, 23 ans, un de ces coursiers bénévoles.

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Le confinement a aussi rimé avec la fin des excédents. Les primeurs ayant cessé leurs ventes, CollectMet a développé un partenariat avec Reo Veiling. Passerelle entre agriculteurs et acheteurs, cette coopérative a fourni au projet des fruits et légumes invendus de producteurs de Flandre pendant les périodes de fermeture du marché.

Depuis sa réouverture, les activités initiales de collecte et de distribution alimentaire au marché des Abattoirs reprennent progressivement. Mais en raison d’une demande croissante, les livraisons à vélo tout comme les surplus offerts par la coopérative flamande ont été maintenus.

Solidarité, fraternité, utilité

CollectetMet, c’est nous et vous. Un groupe de personnes, jeunes et moins jeunes, au-delà des convictions et de tout contexte – avec un grand cœur”, est-il précisé sur la page Facebook du projet.

En chiffres, cela représente une trentaine de volontaires réguliers à laquelle s’ajoutent une cinquantaine d’occasionnels. Identifiables par leur tee-shirt vert pistache, ils sont mus par la même volonté de se rendre utiles. “CollectMet vient de l’initiative de bénévoles de CultureGhem qui ont pris conscience que les quantités énormes de déchets après le marché pouvaient être récupérées pour la bonne cause”, indique Victoria De Brabandere.

Derrière la crise sanitaire, la crise économique a provoqué l’arrivée de nouveaux profils de bénévoles lors de la campagne de recrutement lancée mi-août : “Beaucoup de gens se sont retrouvés au chômage temporaire, et ils sont donc venus donner un coup de main. Notre but est de créer du lien social avec les bénéficiaires mais aussi entre bénévoles”. Et le résultat est au rendez-vous.


Nous travaillons dans l’amour”, aime répéter Elvis, bénévole depuis deux ans. “Ici, il n’y a pas de hiérarchie, nous sommes comme les membres d’une même famille”, précise-t-il sourire aux lèvres.

Le sourire justement, c’est aussi ce que les bénévoles recherchent en s’engageant à CollectMet : “Lorsque l’on fait une livraison, voir la joie sur les visages est vraiment gratifiant. Pour moi c’est très important d’aider son prochain”, confie Abdel. Indissociable des dons alimentaires, le don de soi des bénévoles surmonte même les barrières linguistiques. Rares sont les bénéficiaires qui parlent français, anglais ou flamand.

Pédagogie environnementale et solidaire

Créée en 2012, CultureGhem est avant tout un lieu - l’Abattoir de Cureghem - situé dans un quartier marginal et populaire. Ses deux fondateurs, Eva De Baerdemaeker et Yannick Roels, s’étaient donné comme objectif de faire de cette “NO-GO zone” une “MUST-GO zone, de par sa richesse et sa pétillance”. Au fil des ans, l’association s’est illustrée avec plusieurs initiatives. Kookmet, Ketmet, Loket et, depuis 2018, CollectMet… Bien plus qu’un suffixe commun, chaque projet partage les mêmes valeurs de solidarité, où chacun peut venir cuisiner, danser, chanter où tout simplement jouer ensemble. CultureGhem mise aussi sur la mutualisation des connaissances à travers un travail de pédagogie environnementale et sociale.

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Depuis cet été, CollectMet a consolidé cet objectif avec ses activités Open Kitchen. Chaque mercredi, une petite dizaine de participants issus de tous horizons apprend à cuisiner des invendus. Chacun vient avec ses recettes, montre ses talents et fait découvrir sa culture aux autres participants. “L’idée est de sublimer ce qui a été abîmé ou oublié”, conclut Victoria De Brabandere avec enthousiasme.