Le panel d'experts constitué à l'initiative du mouvement "Youth For Climate", fin janvier, a rendu ses principales conclusions mardi.

"Seul un changement de système permettra de contrer le réchauffement climatique", selon la vingtaine de spécialistes qui ont pris part à la rédaction du rapport, sous l'égide du professeur et ancien vice-président du Giec, Jean-Pascal van Ypersele, et du maître architecte flamand, Leo Van Broeck. Épais d'une centaine de pages, ce rapport est le fruit d'un travail de dix semaines, effectué par une vingtaine d'experts issus du monde académique et de divers autres domaines sur base volontaire. Outre une analyse systémique, il met en exergue une dizaine de mesures concrètes, regroupées en 27 recommandations, pour une politique climatique et de développement durable forte.

Selon les experts, la politique climatique ne peut se limiter à une politique de la nature, ni se résumer à réduire uniquement les émissions de CO2. "Elle doit être axée autour du triptyque climat, écosystèmes et social", indiquent-ils, tout en encourageant "chaque niveau de pouvoir à prendre ses responsabilités de manière ambitieuse".

Parmi les dix mesures épinglées, ils ressuscitent la loi spéciale climat, enterrée il y a quelques mois, et invitent les politiques à se concentrer sur une transition accélérée vers la neutralité climatique de l'énergie et de l'industrie. "Les combustibles fossiles doivent disparaître du mix énergétique (...). La demande énergétique totale doit également fortement diminuer". En Belgique, les secteurs de la pétrochimie, du raffinage, de l'acier et du ciment sont responsables de la majeure partie des émissions de CO2 de l'industrie. Celle-ci doit "opérer une transition à grande échelle afin de rendre ses procédés et produits plus respectueux de l'environnement", suggèrent-ils.

Ils soulignent également la nécessité de mettre en place une transition en matière d'affectation des sols, d'aménagement du territoire et d'infrastructure. "Cela exige de repenser en profondeur les politiques du logement, de la mobilité ainsi que de la production et de la transformation des denrées alimentaires". Selon eux, il est essentiel de "cesser immédiatement d'empiéter sur les espaces ouverts".

"A ce jour, les objectifs et mesures envisagés par la Belgique d'ici 2030 sont totalement insuffisants"

Les experts valorisent aussi l'économie locale et circulaire ainsi qu'une consommation impliquant moins de gaspillage afin de respecter les limites planétaires en tant que normes de production et de consommation.

Ils appellent par ailleurs le Premier ministre et les ministres-présidents à jouer un rôle de coordination en matière de politique climatique, et proposent la création d'un conseil d'experts indépendant capable d'évaluer les politiques mises en œuvre.

Enfin, ils recommandent une adhésion active de la société civile.

"Chacune de ces recommandations est urgente", a insisté le professeur van Ypersele, lors de la présentation du rapport. "Il est possible d'éviter un réchauffement accéléré de la planète et l'effondrement des écosystèmes. Mais c'est maintenant ou jamais".

A ce jour, "les objectifs et mesures envisagés par la Belgique d'ici 2030 sont totalement insuffisants pour atteindre l'objectif de neutralité carbone en 2040, qui est nécessaire si l'on veut respecter la mise en œuvre correcte de l'Accord de Paris. Si l'on suit la trajectoire actuelle, l'effort annuel moyen après 2030 devrait être brutalement multiplié par 11", a-t-il mis en garde.

Les figures de proue du mouvement Youth For Climate, Anuna De Wever et Adélaïde Charlier, ont salué le travail des experts. "Nous espérons que ce rapport servira de référence aux politiques sous la prochaine législature. La balle est désormais dans leur camp", ont-elles conclu.