L’atelier Digital capital est probablement l’un des programmes phares de Maks, tant il illustre à lui seul la philosophie du projet : celle de l’empowerment, ou le développement des compétences d’un public afin de l’amener vers davantage d’autonomie. Réservé à la tranche 15-18 ans, ce programme vise à former les jeunes au codage. Mais pas seulement. A l’issue de l’atelier, ils auront en effet les compétences leur permettant, à leur tour, d’enseigner aux enfants de 8 à 11 ans, devenant de ce fait des passeurs de savoirs. « Ils sont payés pour les cours qu’ils donnent. C’est un job d’étudiant qui leur inculque la valeur de l’argent, celui que l’on gagne en travaillant honnêtement. C’est une expérience professionnelle à valoriser sur un CV », précise Véronique De Leener. En outre, l’histoire a montré que ce programme fait chuter le décrochage scolaire et améliore les résultats de ceux qui le suivent.

L’ASBL s’est ainsi fixée la mission d’améliorer l’accès des jeunes du quartier à des emplois plus qualifiants, rencontrant par la même occasion le besoin important de profils TIC (Technologies de l'information et de la communication) et de professeurs sur le marché actuel. « S’ils travaillent chez nous au bout du compte, c’est une réussite ! S’ils vont ailleurs, c’est bien aussi », glisse la directrice de Maks.

Connaître les difficultés de sa communauté

« C’est une fierté de travailler sur plusieurs générations, de parcourir ce chemin avec les jeunes et de les voir finalement intégrer l’équipe », appuie Youssef Laakel, actuel responsable des cours pour adultes. C’est notamment le cas de Nabil Atchakhou. « C’est un exemple pour les jeunes du quartier », lance le responsable de la section adulte. « Il les aide à se projeter dans l’avenir, il leur montre qu’on peut réussir autrement qu’en dealant». Ces role models manquent encore, dit-il. Ils sont pourtant « essentiels » pour que les jeunes de ces quartiers « puissent s’y identifier et envisager un autre chemin ». Nabil Atchakhou a commencé à fréquenter les ateliers digitaux de Maks dès l’âge de 6 ans. « Et ça a sûrement joué dans ses choix », ose Youssef. Diplôme de professeur d’anglais en poche, il anime aujourd’hui des ateliers multimédias pour enfants et ados. « Mon parcours me donne d’autant plus de motivation », dit-il, conscient du rôle qu’il joue auprès des jeunes du quartier. La connaissance des réalités du terrain, des difficultés et des besoins de la population, confère à Youssef, Nabil et les autres animateurs issus du quartier, une « expertise » sans nulle autre pareille. « C’est probablement notre plus grand atout », pense Youssef Laakel.

© Hafsa by Maks

Ce quartier, il le connaît comme sa poche. « J’y suis né. J’y ai grandi », raconte-t-il. Son parcours n’est pas un long fleuve tranquille - « mon adolescence a été un peu chaotique », concède-t-il. « Scolarité compliquée dans des écoles qui n’en avaient que le nom, deal, belles voitures et argent facile… », égrène-t-il. Alors qu’après des études en mécanique automobile, il peine à « trouver sa place sur le marché de l’emploi », il entend parler de Maks. « Ils cherchaient quelqu’un pour un CDD de 2 ans. J’étais passionné d’informatique, j’ai tenté ma chance… et on me l’a donnée. Ce que j’ai aujourd’hui, je le dois à Maks, qui a cru en moi et m’a formé », explique l’animateur. C’était en 2002. Vingt ans plus tard, auréolé d’un prix de « Meilleur e-facilitateur européen », il continue à donner cours avec bienveillance à des élèves qui le lui rendent bien. « Les voir réussir, les voir fiers d’eux, c’est ma fierté à moi », ponctue-t-il.

Effet d'entraînement

Il y a par ailleurs à Anderlecht, une importante communauté Rom, qu’ils soient Bulgares, Roumains ou Syriens. Maks a dès lors développé un pôle qui leur est dédié et qui permet de coller au plus près de leurs réalités et besoins. Gabriella y est conseillère emploi et membre de cette communauté. A ce titre, elle joue un rôle clé auprès de pairs qui lui font confiance. « Je cherche pour ceux qui en ont la volonté un chemin : une formation, des cours de langue, un travail… pour les aider à sortir de la précarité », explique-t-elle. « Précarité, mendicité, prostitution, parfois », ajoute Mme de Leener. Le travail paie puisque la moitié d’entre eux (ils sont une centaine actuellement) trouvent effectivement un emploi à l’issue de cet accompagnement. « Et quand une personne réussit, d’autres ont tendance à vouloir l’imiter », se réjouit Gabriella. « Cette réussite change l’opinion de la société sur notre communauté. »

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