Généralement, les parcs d’affaires sont plutôt austères et bétonnés. Parkings et buildings prennent la place du vivant et de la nature. La surprise est dès lors de taille, à l’entrée de l’Axis Parc de Mont-Saint-Guibert. Au pied des bâtiments vitrés, une pelouse a laissé place à un champ de fleurs. Amarantes, Cosmos, Dahlia, Zinnia, Agastaches et Tournesols y balancent au rythme du vent. « J’aime bien le côté disruptif consistant à amener la nature dans un tel environnement », commente Gwendoline Viatour.

Depuis un peu plus d’un an, l’AxisParc met des terres à sa disposition. La jeune entrepreneuse cherchait un lieu pour lancer son activité d’éco-fleuricultrice ; le parc d’affaire en disposait d’un.Le projet de Gwendoline Viatour correspondait en outre à la volonté des quelque 200 entreprises installées sur le site d’approfondir leur démarche de diminution des émissions de CO2 tout en augmentant la biodiversité dans cette zone.

Devant la mini-forêt constituée dans le cadre de l’opération « plant your tree » de l’Alliance Centre Brabant Wallon, deux bandes de culture accueillent désormais des fleurs à cueillir d’une part, et un pré fleuri de l’autre. Abeilles et papillons y butinent gaiement. « Ces fleurs sont cultivées dans l'amour et le respect de la nature : sans produit chimique, en respectant le sol et les réserves en eau. Elles sont favorables à la biodiversité locale », résume Gwendoline Viatour. Des fleurs locales, 100% éco-responsable, mellifères et pour la plupart comestibles, donc. Voilà qui tranche avec le modèle mondialisé dominant.

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Court-circuiter le système

En lançant « Il était une fleur, bouquets de belles histoires », c’est bien ce modèle qu’entend « court-circuiter » cette bioingénieur de formation, et ainsi, dit-elle, « raconter une autre histoire de fleurs ». Car actuellement, la consommation de fleurs suit les règles de la mondialisation. « Celles que l’on trouve sur le marché viennent majoritairement de loin - Afrique, Amérique du Sud - ou sont cultivées dans des serres surchauffées sans respect des saisons, souvent aux Pays-Bas. »
« Avoir des roses en février, c’est une aberration ! », cite-t-elle en exemple. L’impact environnemental de telles pratiques est désastreux, non seulement de par leur transport, mais aussi les pesticides, fongicides et autres produits chimiques utilisés pour leur culture. Ceux-ci détruisent la biodiversité locale et polluent les sols. « Alors que les fleurs sont les symboles de la nature, les cultiver la détruit », soulève Gwendoline Viatour.

Et de soulever, par ailleurs, que ces méthodes de production « nuisent à la santé des personnes qui les manipulent, que ce soient les travailleurs et travailleuses locales ou les fleuristes ».

L’enjeu est par ailleurs éthique. « Les conditions de travail dans les pays du Sud ne sont souvent pas optimales. Il y a dès lors un enjeu éthique… sans compter le fait que ces cultures destinées à nos pays bénéficient de systèmes d’irrigation au détriment des ressources des populations locales, comme c’est notamment le cas au Kenya », appuie l’éco-fleuricultrice.

Celle qui fut porte-parole du WWF propose dès lors un modèle à contre-pied de celui-là et qui s’inscrit pleinement dans le développement d’une économie sociale et solidaire dont l’impact pour la société est positif. « J’exerce une activité qui me nourrit, fait du bien et participe à résoudre un problème de société », résume-t-elle.

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Un ancrage local

« Le défi est de monter une entreprise qui fonctionne en circuits courts sur tous ses aspects », explique Gwendoline Viatour. Les fleurs sont cultivées à Mont-Saint-Guibert et vendues localement, aux entreprises et employés de l’Axis Parc et aux particuliers des environs. Pour approfondir son ancrage local, l’éco-floricultrice a noué plusieurs partenariats avec des entrepreneurs du coin, animés par la même philosophie. HortaLisa, Les fleurs de Mag ou Paulette a des fleurs, trois éco-floricultrices de la région, fournissent ou composent certains bouquets dans l’objectif de garantir une offre variée et en quantités suffisantes aux entreprises. Ce faisant, Gwendoline Viatour tente « d’exploiter le potentiel du territoire dans lequel le projet est implanté ».

À deux pas du champ travaillent les 4000 salariés des quelque 200 entreprises installées dans le zoning. Autant de clients potentiels mais aussi de personnes à sensibiliser. « La fleur est le symbole de la beauté de la nature. Elle en est la meilleure ambassadrice », commente à cet égard Gwendoline Viatour, qui observe de nombreuses marques de curiosité pour son initiative. Un partenariat avec Incredible Company devrait l’aider à nouer, au travers d’ateliers et animations, des liens plus durables avec les employés du parc.

Sous la couveuse néo-louvaniste de Créa-Job, « Il était une fleur » a encore un an et demi pour tester son projet et consolider son modèle. Si les signaux sont au vert, il reste encore à Gwendoline Viatour la lourde tâche d’augmenter le nombre d’abonnés à ses bouquets.

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Le ‘Slow Flower’

À côté du slow food, slow design ou slow fashion, on retrouve le « slow flower ». Dans la même mouvance que ce qui se fait pour l’usage raisonnable des ressources dans l’alimentation, le design ou la mode, ce mouvement entend laisser le temps aux fleurs de pousser selon les saisons. Il favorise les circuits-courts, respecte la biodiversité et la favorise même en offrant aux abeilles, papillons et autres insectes de la nourriture de qualité. Le Slow flower, c’est aussi une philosophie qui invite à contempler chaque fleur et prendre le temps d’en apprécier toutes les nuances. Gwendoline Viatour a co-fondé le Slow Flower Belgium, qui promeut cette philosophie.