"Le voyage fut très enrichissant, bien au-delà de l’objectif de départ”, témoigne Naomi Mondeville, étudiante de 19 ans en Bac Educateur à Virton. Avec six autres jeunes et trois animateurs, elle est partie il y a deux ans au Québec pour y découvrir les pratiques écologiques dans un espace urbain. “Nous avons visité différents endroits, plusieurs projets et rencontré d’autres jeunes. Cette expérience nous a permis de créer des liens et de prendre goût au voyage”, raconte l’étudiante, qui a, au retour, créé, avec les autres, un potager dans la maison des jeunes d’Aubange. “C’est quelque chose de simple, mais nous sommes aussi revenus avec une réflexion sur l’écologie à partager avec d’autres jeunes.”

Politique de jeunesse

Ce projet, comme celui de 5 000 autres jeunes chaque année, a été financé par le Bureau International Jeunesse (BIJ). En 2020, près de 3 000 jeunes ont participé à quelque 200 projets accompagnés par le BIJ. Un chiffre en-dessous de la moyenne... “Mais ce n’est pas un échec dans le contexte actuel. Nous sommes même très fiers de ce résultat”, note Laurence Hermand, directrice du BIJ. Car, même s’ils ont été restreints dans leurs contacts et leurs déplacements, il est évident que les jeunes ont eu besoin de s’engager, de se mobiliser, d’être en projet, de relever des défis. Une étude réalisée par Jean-François Guillaume, docteur en sociologie et professeur à l’Université de Liège, montre d’ailleurs qu’une des clés pour que les jeunes surmontent la crise actuelle et sortent de leur isolement est de se sentir utiles et de réaliser des actions concrètes. Et c’est ce que leur propose le BIJ, notamment via le salon Horizons (lire ci-dessous).

Créé en 1986, le BIJ est un service public de Wallonie-Bruxelles International cogéré par la Fédération Wallonie-Bruxelles et mis en place pour gérer différents programmes internationaux d’éducation non formelle destinés aux jeunes francophones entre 16 et 35 ans de Wallonie et de Bruxelles. L’action du BIJ se situe dans le cadre des objectifs généraux de la politique de jeunesse menée sur le plan international par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Région wallonne. Parmi ces objectifs : favoriser la mobilité internationale des jeunes, développer des relations avec des jeunes d’autres pays pour une meilleure connaissance de leur société et de leur culture respectives, développer un sens critique, contribuer à la formation des jeunes dans des secteurs porteurs d’avenir et faciliter leur accès à l’emploi,...

Un financement

Le BIJ gère différents programmes de financement dont les objectifs varient, comme Eurodyssée (qui permet aux jeunes diplômés de 18 à 35 ans d’effectuer un stage professionnel en Europe), Tremplin Job (qui offre aux jeunes des opportunités de vivre une expérience en milieu professionnel dans un autre pays), Axes Sud (qui soutient les projets d’échange avec des jeunes africains autour d’un projet élaboré et réalisé en commun où ils apprennent à se connaître, à découvrir leurs similarités et leurs différences et à échanger sur des questions qui les intéressent).

Dans certains cas, des offres sont proposées aux jeunes, dans d’autres ce sont eux qui initient un projet, et ce dans un cadre bien défini. “Ils doivent le présenter, chercher des partenaires, établir un budget,… Le BIJ considère que la mobilité n’est pas une fin en soi, mais un outil d’apprentissage, d’épanouissement personnel, d’acquisition de savoir-faire mais aussi et surtout de savoir-être pour une insertion sociale et professionnelle. La première étape de l’apprentissage est le fait de se débrouiller pour construire le projet. Nous avons des équipes pour accompagner les jeunes dans cette étape, mais nous estimons que celle-ci est aussi importante que le projet lui-même. Nous avons une base de données avec tous les projets qui ont été réalisés et où l’on peut trouver des associations qui accueillent régulièrement des jeunes. Par exemple, chaque année, nous avons des jeunes qui partent travailler chez Oxfam à Londres”, raconte Laurence Hermand

Le BIJ apporte quant à lui un essentiel financement. Celui-ci peut couvrir le transport, l’hébergement, la nourriture,… “Cela peut aller de 300 euros à 200 000 euros pour les gros projets”, précise Laurence Hermand. Le budget annuel du BIJ est d’environ 4 millions d’euros. Insuffisant pour soutenir l’ensemble des projets de qualité déposés. “Nous acceptons en moyenne 55 % des projets qui nous sont soumis. Certains sont refusés parce qu’ils sont mal préparés, que le partenaire n’est pas fiable,… Mais 30 % restent sur le carreau faute de financement.”

© BIJ

S’adapter à la crise

Pendant la crise, le BIJ a dû s’adapter et proposer des activités en Belgique. “Nous avons constaté énormément de solidarité et avons eu de nombreuses demandes de jeunes désireux de se rendre utiles envers ceux qui sont dans des situations plus vulnérables, de s’engager dans des projets intergénérationnels aussi”, note Laurence Hermand. A l’image de Fatiha Chentouf, qui a créé le Magic School Bus l’été dernier. “Ce bus de la Stib est un espace d’échanges et d’expression dans lequel les enfants reprennent le goût d’apprendre. pendant deux mois, il a sillonné les quartiers fragilisés de Bruxelles. Nous avons mené aussi différentes actions. Dans le cadre d’une activité en radio, par exemple, les enfants ont été amenés à contacter des politiques pour évoquer la crise. Sophie Wilmès (alors Première ministre et actuelle ministre fédérale des Affaires Etrangères, NdlR) est venue répondre aux questions des enfants”, raconte la jeune femme, administratrice d’une maison de jeunes à Bruxelles et pour laquelle ce bus était “un rêve d’enfant”. “On aimerait continuer l’aventure et faire venir des États-Unis un bus scolaire jaune.”

Habituellement, le BIJ ne finance que deux projets en Belgique : Bel’J, un programme de volontariat entre les trois communautés et Mini Mob, réservé à des jeunes qui ont moins d’opportunités.

Cette année pourtant, le BIJ a financé 250 projets en Belgique, à l’instar de Citoyens en action, qui permet de financier un projet solidaire ou environnemental au niveau des collectivités locales ou régionales. “Cela démontre combien les jeunes sont créatifs, ont envie de participer à la société, de la construire. Ce ne sont pas les citoyens de demain, mais bien ceux d’aujourd’hui! Ils sont des moteurs de la transition extraordinaires.”

Quel impact pour les jeunes ?

Que peuvent retirer les jeunes de ces expériences ? Le BIJ a développé, pour ce faire, un outil d’autoévaluation. “Le but est de mettre en valeur les compétences acquises ou développées, d’un point de vue personnel, professionnel ainsi que les soft skills développées (autonomie, adaptation, ouverture culturelle,…) Nous avons 10 000 autoévaluations et toutes sont positives, note Laurence Hermand. C’est important de faire prendre conscience au jeune qu’il a telle ou telle compétence. Cela augmente sa confiance en lui. Il peut aussi la défendre auprès d’un employeur. Sur un CV, l’expérience internationale est toujours un plus.”

© BIJ

Horizons, un salon au nom évocateur… de perspectives

Dans cette période particulière et vécue difficilement par de nombreux jeunes, il faut leur donner des perspectives”, estime Laurence Hermand, directrice du Bureau International Jeunesse (BIJ). “Nous sentons bien leurs besoins. Tous les jours, des jeunes nous appellent.” De ce constat est née l’idée d’un salon qui aurait pour mission de “leur ouvrir des horizons”. Il n’en a pas fallu davantage pour s’accorder sur son nom : Salon Horizons !

“Le rôle du BIJ est encore plus important durant cette période de crise sanitaire. La mobilité offre toujours des expériences riches. J’ai moi-même fait l’expérience d’un voyage au Québec quand j’étais jeune et je pense qu’il a en partie contribué à façonner la personne que je suis aujourd’hui”, a raconté Valérie Glatigny, la Ministre de la Jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles, lors de la présentation du salon. “Celui ci est aussi l’occasion de saluer les actions portées par des jeunes”, a-t-elle souligné.

A chacun son avatar

Organisé par le BIJ en virtuel du 20 au 22 avril, ce salon est une première. Il regroupe différents acteurs (Actiris, Forem, Awex, Wep,…) autour de la mobilité internationale, mais aussi locale. “Nous avons réuni 46 partenaires”, précise Laurence Hermand.

Le salon se veut interactif. Chaque visiteur est tout d’abord invité à créer son avatar qu’il mènera là où se situent ses intérêts et ce qu’il a envie de faire : stage, volontariat, immersion linguistique,…

Le salon proposera huit thématiques : volontariat et langues, stages professionnels, rencontres entre jeunes, artistes et entrepreneurs, engagement citoyen, programmes européens, programmes de mobilité et travail de jeunesse. Chaque thématique est accessible dans une “salle” qui lui est réservée et vers lequel l’avatar doit se diriger. Des petits espaces sont aussi prévus pour des rencontres individuelles. Les visiteurs pourront ainsi entrer en contact avec des partenaires publics et associatifs, des conseillers,… ou prendre place dans une agora ou un auditoire pour participer à des débats.

Durant les trois journées, ce sont plus de 240 activités qui leur seront proposées. Parmi celle-ci, des séances d’information (sur les possibilités de financement par exemple), des séances thématiques (comment rédiger un CV, comment évaluer les retombées des projets, quelles sont les bonnes pratiques pour valoriser ses compétences, comment accompagner des jeunes dans leur projet,…), des témoignages de jeunes, des tables rondes,… “Nous accueillerons notamment des personnes du Québec. Un salon virtuel ne remplace pas vraiment le présentiel mais il permet aussi d’être plus facile d’accès à des partenaires étrangers”, note Laurence Hermand.

Les jeunes qui le désirent peuvent encore partir cet été. “Si les conditions sanitaires le permettent, précise toutefois Laurence Hermand. Certains peuvent même déposer leur projet le 1er juin et partir le 1er juillet. Nous avons une autonomie qui nous permet une réactivité importante. Tous nos collègues européens nous envient…”

Renseignements et inscriptions : www.salon-horizons.eventbrite.be