Le plateau de Herve offre de splendides horizons dégagés, des étendues vertes à perte de vue, dont la petite école communale maternelle et primaire de Montzen (dans la commune de Plombières) entend prendre soin. Celle-ci se loge en contrebas de la maison communale. Dans la cour de récréation, un vent léger balaie quelques feuilles. A contrario, aucun déchet ne jonche le sol. “On a fait du bon boulot”, commente Jeanne, élève en 1ère primaire haute comme trois pommes. “Du très bon boulot”, renchérit Lou, de quatre ans son aînée. Les deux fillettes font partie d’une “team” de 12 élèves dont la mission est de porter des actions en faveur de la propreté à l’école. “La cour était très sale, il y avait des nids de mouchoirs à cause du vent", se souvient Joachim.

Prévention, tri et propreté

L’école communale de Montzen fait partie des 125 établissements à être accompagnés par l’ASBL Be WaPP (Ensemble pour une Wallonie plus propre) dans le cadre du projet de label “École plus propre”, lancé il y a trois ans. “Nous proposons des outils et une méthodologie qui permettent aux écoles d’améliorer la propreté, le tri et la prévention des déchets, non seulement en leur sein mais aussi aux abords de celles-ci”, explique Mélanie Dussart, chargée de projets éducatifs. Dans ce cadre, “elles bénéficient d’un accompagnement personnalisé et d’un suivi sur le terrain effectué par des animateurs de Good Planet ou des intercommunales de gestion des déchets afin de mettre en place des actions et missions concrètes, adaptées à l’âge des élèves”. En plus de cela, les écoles sélectionnées peuvent bénéficier d’une bourse de 1 000 euros pour améliorer les infrastructures liées à la gestion de déchets.

© FLEMAL JEAN-LUC

Certes, les établissements scolaires mènent régulièrement des actions pour favoriser la propreté, mais “elles sont souvent ponctuelles, abandonnées rapidement ou le fruit de la motivation d’un seul enseignant”, constate Mélanie Dussart. Be WaPP intervient donc pour concrétiser les idées, les rendre durables dans le temps et faire en sorte que ces initiatives se muent en projet d’établissement, porté par l’ensemble des acteurs de la communauté scolaire.

La première étape consiste en un audit, “une manière d’identifier les problèmes de propreté et de cibler des actions pour y faire face”, détaille Mme Dussart. “Au départ, on a fait le double constat de la saleté dans la cour et d’une méconnaissance du tri chez les enfants”, observe Christophe London, l’enseignant en charge du projet. Constats qui ont orienté le plan d’action pour rencontrer les trois grands objectifs fixés par la team : rendre la cour plus propre, réduire la quantité de déchets à évacuer via “la sensibilisation des enfants et de leurs parents à un mode de consommation raisonné et plus respectueux de l’environnement” et, enfin, “optimiser le tri de ces déchets”.

Dans les couloirs, les slogans en faveur de ce tri s’affichent sur les murs et rappellent l’importance d’adopter ces petits gestes quotidiens. Il a fallu ensuite “rendre le tri plus aisé”, poursuit Christophe London. Comme a chaque récréation de 10 heures, deux élèves vêtus d’un gilet jaune sortent les poubelles dans la cour. Des feuilles plastifiées permettent à ces “agents de la propreté” d’aiguiller leurs camarades en cas de doute. “C’est une bonne idée. C’est important de diminuer la pollution”, réagit Réa, élève de 4e. Les déchets organiques – trognons de pomme, pelures de mandarines… – seront jetés dans le compost et permettront de faire pousser les légumes du petit potager de l’école. À visées éducatives, il permet de cerner les enjeux plus vastes de “l’alimentation saine et de l’économie circulaire”, commente Christophe London.

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Dans le réfectoire, désormais, un élève par table est responsable du tri des déchets. Des affiches figurant les erreurs récurrentes permettent de moins se tromper. Et puisque “la prévention est aussi à la base de la démarche”, d’autres panneaux incitent les élèves à apporter leur propre gourde plutôt que de consommer bouteilles en plastique et berlingots, à se munir d’une boîte à tartine plutôt que de papier aluminium.

Parmi les initiatives zéro déchet, la team a mis en place des “vendredis poubelles fermées”, lors desquels il est demandé aux enfants une collation “maison” sans emballage plastique. “Cela va de pair avec un carnet de recettes destiné aux parents afin de leur donner, à eux aussi, des outils”, précise M. London. Ainsi, élèves, enseignants, direction, parents s’impliquent dans une démarche qui dépasse parfois les grilles de l’école.

À Plombières, l’échevine de l’environnement a participé à la première réunion de la team. La bourgmestre Marie Stassen est quant à elle sensible à “un projet qui s’intègre dans une démarche globale menée par les autorités communales : celle d’adapter les signalétiques des déchets à toutes les collectivités (écoles, homes, bibliothèque), de créer un réseau entre elles”. Par ailleurs, ajoute-t-elle, un maraîcher bio s’installera d’ici peu derrière l’école avec pour mission de fournir des légumes pour les potages des établissements scolaires de la commune et les fruits pour les collations.

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Les élèves acteurs du changement

S’il est “plus simple aujourd’hui qu’hier de sensibiliser des élèves déjà bien conscients” des enjeux environnementaux, il reste nécessaire, selon M. London, de “faire vivre le projet tous les jours”. Cela passe par l’implication de tous. La team est ainsi constituée de deux élèves par année, de la 1ère à la 6e primaire. Composante essentielle pour recueillir l’adhésion de tous, ainsi que pour assurer la relève par les plus jeunes, une fois les grands partis. “J’aime tout dans ce projet : les réunions, les missions…”, s’amuse d’ailleurs Chloé. “On a beaucoup appris : comment trier, comment diminuer les déchets”, raconte Léna du haut de ses 7 ans.

À la fin de l’année scolaire, une nouvelle évaluation des actions permettra de voir si ce qui a été mis en place a permis d’améliorer les choses. “Ce sera une réussite quand trier et limiter les déchets sera devenu une habitude”, estime M. London.

“Dans la lignée du mouvement climat, les jeunes, quel que soit leur âge, ont envie de mettre leur pierre à l’édifice. Améliorer la gestion des déchets dans leur école, c’est une des manières de s’impliquer pour l’environnement”, observe Mélanie Dussart. Lucas, en 6e primaire, lui emboîte le pas : “Il y a trop de pollution, la terre va mal… nous luttons contre le réchauffement climatique”, clame-t-il avec enthousiasme. Cette implication, Arnaud la juge évidente car “beaucoup de choses se passent et nos parents nous en parlent”. “Les rendre acteurs est motivant et donne du sens”, poursuit Christophe London. Les élèves sont ainsi “moteurs de la réflexion et du changement. Ils font part de leurs idées, les appliquent et en voient les résultats concrets”, souligne Mme Dussart.

Et les changements, après un an et demi de projet n’ont pas tardé à se faire sentir. “On ne joue plus dans la crasse”, constate Arnaud. M. London confirme d’ailleurs que “les déchets dans la cour tout autant que la quantité de déchets jetés ont drastiquement diminué”.

De la responsabilité qui leur est donnée comme des résultats obtenus, les élèves en sont “fiers”, dit Gilles. Signe de réussite, “traiter les déchets, ce n’est plus une corvée mais une fierté”, se réjouit Christophe London.

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Diminuer la production des déchets

L’ASBL BeWaPP a été fondée par Fost Plus, responsable du tri en région wallonne, Comeos (représentant des commerces) et la Fevia (fédération de l’industrie alimentaire), soit les acteurs qui mettent des produits emballés sur le marché et qui sont dès lors responsables d’une partie de leur traitement. La mission de Be WaPP est de lutter contre la malpropreté dans l’espace public. Mais comme le souligne opportunément Christophe London, enseignant à l’école communale de Plombières, “le déchet qui ne pollue pas est celui qu’on ne produit pas”. Plutôt que de gérer les déchets en aval et de responsabiliser le citoyen en amont, la question ne serait-elle dès lors pas de changer les pratiques à la source, à savoir celles des producteurs ? “La question mérite d’être posée, concède Mélanie Dussart. Be WaPP tente de faire entendre sa voix en ce sens”. Selon elle, “les choses évoluent du côté des producteurs”, attachés à diminuer leur emprunte carbone.