Thomas Dupont est tout juste diplômé en architecture. Anne-Catherine Trinon est CEO d’Altavia-Act, une agence de communication. Leur point commun : l’envie de faire bouger les choses, de vivre dans un monde plus durable. L’un et l’autre participent au nouveau programme de l’association Corporate ReGeneration qui a pour objectif de donner accès à des jeunes à des projets au sein d’entreprises partenaires qui sont prêtes à se remettre en question. L’idée est née fin 2020 des réflexions convergentes de Vincent Truyens et Olivier Bouche.

Actif depuis une douzaine d’années dans le développement durable via le conseil aux entreprises et organisations qui souhaitent intégrer cette dimension dans leurs activités, Vincent Truyens donne également cours de RSE (responsabilité sociétale des entreprises) à la Louvain School of Management. Dans ce cadre, il est en contact régulier avec des jeunes. Olivier Bouche, lui, avait initié fin 2019 une expérience où pendant six semaines une cinquantaine de jeunes avaient traité des thématiques clés pour les entreprises : relations intergénérationnelles, harcèlement au travail… "Ils ont fourni du contenu qui a bluffé les entreprises. Olivier Bouche avait envie de reproduire l’exercice mais sur la thématique du durable", précise Vincent Truyens.

De la rue aux entreprises

Pour eux, travailler avec ce public est essentiel. "Ils étaient dans la rue pour le climat, mais aujourd’hui, avec la crise sanitaire, on ne les entend plus. Il faut porter leurs voix dans les entreprises car ce sont elles qui ont le pouvoir de changer les choses. Certaines souhaitent le faire mais ne savent pas toujours comment. D’autres sont à la recherche d’idées nouvelles pour aller plus loin dans une démarche qu’elles ont déjà entreprise", note Vincent Truyens. "Nous avions envie de créer un cadre pour que les jeunes et les entreprises puissent plus facilement se rencontrer."

La thématique retenue est l’économie régénérative. "C’est plus ambitieux que le durable. Nous posons le constat que les dégâts causés par le modèle actuel sont tels qu’être durable ne suffit plus. Nous sommes déjà trop loin. Il faut désormais réparer."

Corporate ReGeneration espère réunir minimum 40 jeunes et 20 entreprises tout en s’entourant de plusieurs sages "qui ont des choses à partager. Nous avons une vingtaine de jeunes pour l’instant et 4 entreprises partenaires", précise Vincent Truyens. Les participants, entre 18 et 30 ans, sont sélectionnés sur base de leur motivation à changer le monde et viennent d’horizons très différents : on y retrouve des étudiants, des jeunes diplômés à la recherche d’un emploi, des salariés, des entrepreneurs. Ils ont une formation d’ingénieur, de psychologue, d’architecte… "Nous avons tout de même une majorité qui vient d’écoles de gestion. Nous aimerions encore davantage de diversité parmi les participants pour qu’ils soient encore plus représentatifs des générations futures." Les entreprises retenues partagent avec eux le désir d’agir pour faire bouger les lignes.

En lien avec les décideurs

Pour un plus grand impact, les jeunes et les décideurs des entreprises (notamment des membres du comité de direction et des administrateurs) se réuniront au sein d’un "comité de régénération", quatre fois par an. "On constate parfois que certaines pistes intéressantes sont recalées au plus haut niveau de l’entreprise. Ici, à partir du moment où des patrons s’engagent les yeux dans les yeux face à des jeunes, cela devient plus difficile de faire marche arrière. Cela les responsabilise davantage en étant confrontés de manière directe à cette génération qui vient avec un point de vue extérieur. Les jeunes y vont sans filtre. Ils viennent appuyer là où ça fait mal. Ils sont aussi attentifs à la façon dont les entreprises réagissent. Il n’est pas question de faire du greenwashing. Ils ne veulent pas être manipulés ou servir d’alibi."

Les 40 jeunes seront affectés dans les entreprises par groupe de deux ou trois. Membres dudit comité de régénération, ils auront la tâche de suivre, avec leur mentor, deux projets menés par l’entreprise (et pour lesquels ils disposent des compétences particulières). Des projets à propos desquels ils auront en outre l’occasion d’échanger avec leurs pairs dans le cadre de l’ Ideas Regeneration Lab . "Tout le projet est expérimental. C’est un peu inédit. C’est un laboratoire. Nous allons pousser les concepts et les confronter au terrain ", remarque Vincent Truyens.

"Il est important de se confronter à une génération plus sensible au durable"

J’ai tout de suite dit oui au projet", raconte Anne-Catherine Trinon, CEO d’Altavia-Act, une agence de communication. Plusieurs éléments ont motivé cette décision. "Nous sommes dans un modèle de management participatif depuis dix ans. Nous travaillons déjà en intelligence collective. De plus, il est intéressant de collaborer avec des jeunes de différents horizons qui ont une autre vision des choses et n’ont pas de filtre hiérarchique. Il est important de se confronter à une génération plus sensible au durable et de donner la possibilité à des jeunes de pouvoir travailler sur des projets qui font grandir l’ensemble des collaborateurs de l’entreprise. Nous avons certes des jeunes au sein de notre entreprise. Mais, lors de la première discussion que nous avons eue avec les participants au projet, j’ai pu constater que ces derniers avaient posé des questions que nous n’avions jamais eues", explique Anne-Catherine Trinon. "Et puis, c’est aussi notre responsabilité de nous ouvrir à ce genre de projets."

En pleine réflexion

Altavia-Act est déjà en pleine réflexion quant à son impact sur l’environnement. "Nous nous formons à l’économie circulaire pour réfléchir à notre façon de communiquer pour être plus durables et pour pouvoir aussi accompagner nos clients. Nous avons commencé en mars 2020, mettant ainsi à profit le confinement." Une communication plus durable passe notamment par l’impression, thématique sur laquelle l’entreprise travaille déjà. "Nous imprimons pas mal de matériel. Quel type de supports peut-on utiliser demain ? Un de nos projets est aussi de créer une filière green autour de l’impression en mettant autour de la table nos partenaires (imprimeries, logistique…). Nous avons déjà bien avancé."

Les jeunes participants au programme Corporate ReGeneration se pencheront, eux, sur deux sujets : la circularité du matériel en point de vente et le green digital. "On utilise moins de papier avec la numérisation, mais il faut savoir qu’utiliser Internet consomme aussi", remarque Anne-Catherine Trinon.

Se remettre en question

Durant ses cours à la faculté d’architecture de Mons, Thomas Dupont s’intéressait déjà à la question de la durabilité. "Nous n’avions pas d’option sur cette thématique mais plusieurs cours. Avec d’autres étudiants, au fur et à mesure de notre parcours, nous avons essayé d’intégrer dans les projets que nous avions cette dimension durable, plus axée sur l’humain également." Participer au programme Corporate ReGeneration lui permet de se remettre en question par rapport au métier d’architecte. "Il n’est pas question pour moi de construire pour construire", explique ce jeune diplômé à la recherche de son premier emploi. "J’aimerais intégrer un collectif d’architectes sensibles à ces thématiques."

S’il pense "retirer une expérience du projet", Thomas Dupont estime également qu’il peut y apporter quelque chose. "Les jeunes peuvent être vraiment utiles car nous avons une vision différente. Face à l’avenir, nous ne pouvons pas rester les bras croisés et juste discuter. Nous devons agir. Dans ma formation, j’ai eu des cours de sociologie, d’urbanisme centré sur l’humain… Je pense que je peux apporter un autre angle. Nous sommes tous des jeunes d’horizons différents. C’est la force du projet. Nous ne devons pas avoir peur et penser que nous n’avons pas les compétences suffisantes."

En parallèle, les jeunes suivront des formations sur des thèmes comme le développement personnel, le développement durable, la RSE, les enjeux climatiques, les différents business models… Ces formations évolueront en fonction des besoins et des thématiques abordées. L’implication demandée aux participants est importante : ils devraient consacrer un an au projet et environ quatre heures par semaine, bénévolement.

L’association recherche encore des candidats et des partenaires. "Mais je suis optimiste car nous avons des retours enthousiastes", note Vincent Truyens. "On sent bien qu’il y a une prise de conscience." Avis aux amateurs…