Les Petits Riens, les mutuelles, les maisons médicales, les Ressourceries, Ethiquable ou NewB. Ce ne sont là que quelques exemples d’entreprises à finalité sociale comme il en existe des milliers en Wallonie et à Bruxelles, où le secteur pourvoit d’ailleurs un emploi sur huit. Commerce équitable, formation, insertion professionnelle, finance, mobilité, logement, écologie : "L’économie sociale est présente dans tous les secteurs d’activité", souligne Adrian Jehin, chargé de communication de ConcertES (la plate-forme de concertation des organisations représentatives de l’économie sociale en Région wallonne et à Bruxelles). Malgré son ancrage dans le tissu économique belge francophone, elle pèche encore par un manque de visibilité et de lisibilité.

L’économie sociale, qui se veut être un "modèle alternatif de transition", suit quatre fondamentaux : rendre service à la société, plutôt que de faire du profit à tout prix ; prendre des décisions collectivement, de manière horizontale ; réinjecter les bénéfices dans l’activité, pour plus d’impact ; la gestion et la prise de décision ne sont pas dirigées par une autre entreprise ou un pouvoir public. "Elle prône des valeurs de démocratie, de coopération, de solidarité, pour construire une société plus cohérente, harmonieuse et durable", ajoute Adrian Jehin.

Vers un changement de modèle

L’économie sociale contraste avec un modèle capitaliste qui "ne rencontre plus les aspirations de la majorité des citoyens belges", analyse Adrian Jehin. C’est en tout cas ce qui ressort d’un premier sondage réalisé par ConcertES et la Région wallonne auprès d’un échantillon de 1000 Belges vivant en Wallonie et à Bruxelles (3 % de marge d’erreur). En effet, on y observe que seuls 8 % des personnes interrogées trouvent que le modèle économique actuel est tout à fait satisfaisant, tandis qu’elles sont 54 % à le déplorer. Pour 55 % des Belges francophones, il est nécessaire de repenser le modèle économique actuel.

On l’a constaté lors du confinement, de nombreux Belges ont modifié leurs habitudes de consommation pour privilégier les biens et services locaux. Voilà qui illustre la volonté de changement évoquée et que confirment les chiffres, puisqu’un peu plus d’un Belge sur deux dit être attentif à la provenance des produits, 48 % privilégient les commerces de proximité et 42 % font attention à leur empreinte écologique.

"Bien qu’elle existe depuis plus d’un siècle, l’économie sociale n’est pour autant entrée que récemment dans nos modes de consommation", constate Adrian Jehin. Les résultats révèlent qu’un sondé sur deux avait déjà entendu parler de l’économie sociale. "Une connaissance transversale dans les catégories d’âge, avec une légère prépondérance dans les catégories socioprofessionnelles dites ‘supérieures’ (58 %)", précise-t-il. Parmi eux, 44 % lui attribuent une note d’excellence. Il est intéressant de souligner que 71 % des répondants voient en l’économie sociale un modèle innovant et plus de la moitié estime que ses biens et services sont bon marché. "Les personnes interrogées sont favorables aux principes de l’économie sociale, apprécient ses biens et services et aspirent à en consommer davantage, sous réserve d’une meilleure visibilité", résume Adrian Jehin.

Des biens et services peu identifiables

Le développement de sa visibilité est le vrai défi qui se pose à l’économie sociale, soulève l’étude. En effet, seuls 35 % des répondants reconnaissent facilement un service ou produit qui en est issu. La marge de progression est importante puisque quatre répondants sur cinq affirment qu’ils pourraient en consommer davantage si cette offre était plus visible (67 % pensent qu’elle devrait même disposer de son propre label). Dans le même ordre d’idées, 77 % affirment qu’un choix plus large de produits et services pourrait les inciter à consommer davantage.

On note d’ailleurs que 80 % des personnes qui ont déjà entendu parler de l’économie sociale trouvent que ses entreprises mériteraient d’être davantage connues et qu’il est important de sensibiliser les consommateurs. Le gouvernement wallon a d’ailleurs alloué une enveloppe supplémentaire de 2,5 millions d’euros au développement de la notoriété de l’économie sociale ainsi qu’au financement des coopératives.

"Les changements de comportements ne s’opèrent pas du jour au lendemain, mais on observe une tendance de fond" en faveur d’une transition de modèle. Elle ne sera possible qu’à la faveur d’un "changement de paradigme" : d’une économie de marché vers une économie de coopération, qui impliquerait indissociablement un nouveau cadre législatif et éducatif, pense Adrian Jehin.